La mobilisation militaire américaine dans la région a alimenté les craintes d’une frappe militaire contre l’Iran, malgré les déclarations simultanées de Washington exprimant son désir de « dialogue » avec Téhéran. Ce désir semble toutefois être ignoré par la République islamique, forte de son expérience de la guerre des 12 jours et des troubles internes qu’elle perçoit comme une continuation de cette guerre et un « complot israélo-américain ». L’Iran se prépare donc au pire.
Des sources américaines indiquent que le porte-avions USS Abraham Lincoln poursuit sa route vers la région, où il rejoindra prochainement le CENTCOM, accompagné d’au moins trois autres navires opérant sous son commandement : le porte-avions USS Theodore Roosevelt en mer Rouge, le destroyer lance-missiles USS Mitchell dans le golfe d’Oman et le destroyer USS McVeigh dans le golfe Persique.
Le porte-avions USS Abraham Lincoln a été déployé au Moyen-Orient suite à une vague des protestations en Iran et aux menaces du président américain Donald Trump de lancer une frappe militaire contre la République islamique si celle-ci ne cessait pas ce qu’il a qualifié de « d’exécutions des protestataires ».
Les déclarations des responsables américains indiquent jusqu’à présent que le renforcement militaire américain vise à accroître la capacité opérationnelle et à intensifier la pression sur l’Iran, plutôt qu’à signaler une frappe militaire imminente.
Dans sa dernière déclaration à ce sujet, Trump a affirmé : « Nous surveillons l’Iran… Une importante flotte se dirige vers cette région… Une force majeure se dirige vers l’Iran. Je préférerais qu’il ne se passe rien, mais nous les surveillons de très près. »
De son côté, le vice-président J.D. Vance a confirmé que les renforts et le déploiement militaires américains près de l’Iran ont pour but de maintenir la capacité opérationnelle et de protéger les forces américaines, et non nécessairement d’engager le combat.
Et d’ajouter: « Nous voulons simplement nous assurer d’avoir une option. Nous avons une force importante dans la région, et du personnel qui pourrait être exposé à des risques. »
Parallèlement, Washington a intensifié ses mesures économiques contre Téhéran, annonçant vendredi des sanctions contre neuf navires et leurs propriétaires, constituant la « flotte de l’ombre » iranienne, en référence aux navires utilisés par l’Iran pour contourner les sanctions et exporter du pétrole.
L’ensemble des positions et actions récentes des États-Unis à l’égard de l’Iran, les déclarations contradictoires de Trump notamment ses menaces envers Téhéran combinées à sa volonté d’engager des négociations, ainsi que les manœuvres militaires et les pressions économiques, s’inscrivent dans une politique délibérée d’« ambiguïté stratégique ».
Cette politique vise à créer un environnement flexible et complexe où les décisions finales de Washington restent incertaines.
Une telle approche permet à Trump de poursuivre simultanément plusieurs objectifs : maintenir la pression maximale sur Téhéran, adresser un message de dissuasion aux acteurs régionaux et, simultanément, maintenir la voie diplomatique ouverte de manière conditionnelle et contrôlée.
Cependant, les répercussions de cette stratégie ne se limitent pas aux relations bilatérales entre Téhéran et Washington.
L’alternance constante entre menaces et appels à la diplomatie accroît l’incertitude dans toute la région et exacerbe les inquiétudes internationales quant à l’escalade des tensions et au risque d’erreur d’appréciation.
Une « menace existentielle pour l’Iran
L’Iran, de son côté, considère la situation actuelle comme une « menace existentielle » et renforce donc ses mesures de sécurité pour atténuer les risques, tout en augmentant son niveau d’alerte, sa surveillance et son niveau de préparation.
Cette situation intervient alors que la République islamique, qui a subi il y a six mois une guerre brutale de douze jours, perçoit désormais les récents troubles internes, consécutifs aux manifestations contre la situation économique, comme le « treizième jour de la guerre », y voyant la poursuite de la confrontation menée par les États-Unis et ‘Israël’ pour obtenir sa capitulation.
Dans ce contexte, Ibrahim Mottaki, professeur de sciences politiques à l’Université de Téhéran, a écrit dans le journal Etemad que « les États-Unis et de nombreux pays européens cherchent à forger une nouvelle alliance pour faire face à l’Iran ».
Une grande partie des écrits et de l’activité diplomatique des pays européens indique que le monde occidental a inscrit à son agenda l’option tactique de contenir, de restreindre, voire de confronter l’Iran. Dans ces circonstances, il semble naturel que des signes de crise et d’escalade des menaces contre l’Iran apparaissent, affectant l’ordre régional.
Un haut responsable iranien a récemment averti, par l’intermédiaire de Reuters, que son pays considérerait toute attaque comme une guerre totale, augmentant ainsi le coût de toute agression potentielle contre l’Iran.
Dans un contexte similaire, le journal Farhikhtegan, proche du président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, a écrit au sujet de la réponse de Téhéran aux menaces américaines : « Selon la logique de la légitime défense, toute attaque militaire sur le territoire iranien constitue une déclaration de guerre de l’ensemble du front occidental-sioniste. Dans ces conditions, l’Iran ne se contente pas de répondre à la source.»
Les territoires occupés, principale base d’opérations ennemies, ainsi que tous les centres militaires, bases aériennes et installations navales américains dans la région, constituent des cibles légitimes et atteignables.
De plus, au-delà des objectifs militaires, le flux de pétrole dans le golfe Persique et la sécurité énergétique mondiale, atouts précieux pour l’Iran, figurent également parmi ses cibles.
Toute action militaire contre l’Iran perturberait immédiatement la stabilité du marché de l’énergie. Si la sécurité nationale iranienne est menacée, rien ne justifie de garantir la sécurité des flux énergétiques en provenance de pays ayant mis leur territoire à la disposition de l’agresseur ou soutenu cette agression.
Selon les chiffres officiels du gouvernement iranien, plus de 3 000 personnes ont été tuées lors d’émeutes et d’actes terroristes survenus dans des villes et villages iraniens début janvier.
Les manifestations pacifiques contre la cherté de la vie et la dévaluation du rial qui avaient commencé fin décembre ont dégénéré le 8 janvier en une violence inédite et des émeutes soutenues par l’étranger.
Ces violences ont causé d’importants dégâts aux biens publics et privés, avec la destruction généralisée de commerces, d’institutions gouvernementales et d’infrastructures de services publics.
Les autorités iraniennes ont affirmé que les services de renseignement américains et israéliens étaient directement impliqués, en termes de financement, formation et soutien médiatique aux émeutiers et aux terroristes armés qui sévissaient dans les rues.
