Des milliers de personnes ont manifesté pour le sixième jour consécutif dans la capitale albanaise, Tirana, pour protester contre un projet d’une société liée à la famille du président américain Donald Trump visant à construire un complexe hôtelier de luxe dans une réserve naturelle sur une ile albanaise, propriété de l’Etat.
Samedi, des manifestants ont brandi des drapeaux albanais dans le centre-ville, portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Ivanka, reviens dans ton pays » et « L’Albanie n’est pas à vendre », et se sont rassemblés devant le siège du gouvernement où ils ont également exigé la démission du Premier ministre Edi Rama. Il est accusé par les manifestants de « privilégier les investisseurs au détriment des intérêts du pays », tandis que lui-même accuse des « puissances étrangères » d’être à l’origine de ces manifestations.
« Il n’y a pas de projet, et il n’y a pas lieu de s’inquiéter tant qu’il n’y a pas de projet », a déclaré Rama vendredi lors d’une visite au Monténégro pour un sommet européen, tout en soulignant que « les meilleurs experts » du monde sont consultés et que l’objectif est de « créer quelque chose d’unique ».
Il a expliqué : « Il n’y a pas encore de projet approuvé », ajoutant : « Premièrement, nous devons obtenir un projet, puis l’examiner, puis en discuter, mais nous ne pouvons pas discuter de quelque chose qui n’existe pas. »
Les manifestants dénoncent ce qu’ils décrivent comme la destruction systématique de pans entiers de la réserve naturelle dans la région côtière de Vjosa‑Narta, située à environ 150 kilomètres au sud-ouest de la capitale Tirana, laquelle comprend aussi l’île de Sazan.
Cette région abrite des flamants roses, des phoques et des sites de nidification de tortues marines au sud.
Le projet a été dévoilé il y a deux ans et soulève de nombreuses questions, notamment concernant l’acquisition des titres de propriété des terrains sur lesquels plusieurs hôtels pourraient être construits.
Il devrait coûter 1,4 milliard d’euros (environ 1,6 milliard de dollars), et être mené par Affinity Partners, une société appartenant à Jared Kushner, le gendre du président américain.
Bien qu’aucun bâtiment n’ait encore été construit, l’idée a été lancée à travers des photos publiées sur le compte Instagram de Jared Kushner, des visites d’Ivanka Trump en Albanie avec des investisseurs l’hiver dernier, et des déclarations récentes de la fille du président américain dans un podcast faisant la promotion de ce « joyau » de la mer Adriatique.
Ces derniers jours, la diffusion de vidéos montrant des travaux préparatoires sur la côte et des bulldozers sur la plage a relancé les protestations des opposants au projet.
D’aucuns observateurs soupçonnent les réelles motivations de la volonté de s’acquérir l’île de Sazan qui dispose d’une position géographique stratégique, entre la mer adriatique et la mer ionienne, à 56 miles de la péninsule italienne. Son contrôle permet celui du détroit d’Otrante, un point d’étranglement entre l’Albanie et l’Italie qui est le seul débouché maritime de la mer adriatique a la méditerranée.
De plus, cette île dispose de quelque 3600 bunkers capables de résister aux frappes nucléaires ainsi que 10 miles de tunnels souterrains qui relient le centre de commandement aux entrepôts des munitions et de quais pour les sous-marins en eaux profondes. Ils ont été construits par l’Union soviétique qui occupait cette île.
Source : Médias
