Par Mohammad Khajoui*
En pleine escalade entre l’Iran et les États-Unis dans le détroit d’Ormuz et la mer d’Oman, et parallèlement à un cessez-le-feu régional fragile, la tournée du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a insufflé un nouvel élan aux consultations diplomatiques, sans toutefois dissiper le pessimisme ambiant.
Islamabad, médiatrice entre Téhéran et Washington, a été l’étape cruciale. Araghchi y a rencontré les hauts dirigeants pakistanais, dont le Premier ministre Shehbaz Sharif et le chef de l’armée, le général Asim Munir, dont les liens étroits avec Donald Trump confèrent au Pakistan un rôle pivot. Bien que ce canal n’ait pas encore abouti, son échec n’est pas acté.
Téhéran a fermement démenti toute rencontre avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, précisant qu’Araghchi a remis à Islamabad un « programme global » pour « mettre fin totalement à la guerre », destiné à être transmis aux Américains.
Cependant, peu après, Trump a annulé la visite de Witkoff et Kushner au Pakistan, signe d’un possible mécontentement face au contenu de la proposition.
Araghchi a poursuivi sa route vers Mascate pour rencontrer le sultan Haitham ben Tariq.
Si Oman a longtemps été le canal privilégié, l’échec des deux derniers cycles de négociation ayant débouché sur la guerre a déplacé le centre de gravité vers Islamabad. Néanmoins, Mascate reste vitale pour Téhéran afin de restaurer ses liens avec les pays du Golfe, tendus par le récent conflit.
La prochaine étape sera Moscou, où Araghchi rencontrera Vladimir Poutine. La Russie et la Chine demeurent les principaux soutiens internationaux de l’Iran, ayant utilisé leur veto à l’ONU pour bloquer des résolutions contre Téhéran.
Moscou se dit prête à jouer les médiateurs, notamment sur le dossier épineux du stock d’uranium.
Fait notable, Araghchi a modifié son itinéraire pour repasser par Islamabad après Mascate, afin de poursuivre ses échanges avec le général Munir, tandis qu’une partie de sa délégation rentrait à Téhéran pour « consultations et instructions ».
L’intensification de ces mouvements vise à préparer un second cycle de négociations. Cependant, l’obstination des deux camps sur leurs leviers de pression — la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran et le blocus naval par les États-Unis — complexifie la tâche. On ignore si la situation restera bloquée dans cet état de « ni guerre ni paix » maritime ou si le renforcement militaire américain présage un conflit de grande ampleur.
De son côté, Trump multiplie les déclarations contradictoires. S’il vante l’efficacité du blocus sur Fox News, affirmant que l’Iran est à court de fonds, il a également déclaré : « La guerre avec l’Iran se terminera très bientôt et nous gagnerons. S’ils veulent parler, ils peuvent nous appeler. »
Concernant l’annulation du voyage de ses émissaires, il a confié à Axios qu’après cette annulation, il avait reçu de l’Iran un document « bien meilleur », avant de menacer de nouveau : « L’Iran a environ trois jours avant que son infrastructure pétrolière n’explose. »
*(Expert des affaires iraniennes et du Moyen-Orient)
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
