mercredi, 22/04/2026   
   Beyrouth 10:59

Résistance islamique au Liban: Pas de cessez-le-feu avant le retrait

La Résistance islamique a proclamé, mardi 21 avril, par le feu qu’il n’y a pas de cessez-le-feu effectif au Liban et qu’elle n’est pas concernée par ce qui est proposé comme trêve.

Dès les premières heures, elle a adopté un nouveau mode de combat, ciblant les forces d’occupation dans les zones encore sous leur contrôle.

Parallèlement, elle s’est engagée à ne pas bombarder les colonies en échange de l’arrêt des frappes contre les civils à l’intérieur du Liban, avant de répondre aux violations par des opérations menées d’abord sans revendication, puis en passant à l’annonce préalable et à l’intensification des attaques, comme ce fut le cas mardi.

La préoccupation de la Résistance ne relève pas de calculs internes ou de la perturbation des programmes du pouvoir, mais consiste à dire d’abord à ‘Israël’, puis aux États-Unis derrière lui, et enfin aux piliers du pouvoir, que la guerre prendra fin lorsqu’Israël s’engagera à un arrêt total de toute forme de combat et à un retrait complet du territoire — un point qui demeure à l’ordre du jour des négociations américano-iraniennes.

Ce qui se passe au Liban n’est pas une ambiguïté entre les dirigeants sur la gestion des négociations, mais une erreur de lecture du conflit lui-même.

Le Liban officiel agit comme s’il faisait face à une opportunité diplomatique saisissable, alors que les faits indiquent un acharnement israélien à imposer par la force le principe de « souveraineté sécuritaire ».

Plus grave encore, l’obsession pour les détails de la forme des négociations, directes ou indirectes, offre à l’ennemi le temps et la couverture nécessaires pour imposer des réalités de terrain qui deviendront plus tard la « référence » de toute négociation, ce qu’Israël cherchait en tentant de contrôler Bint Jbeil.

Dans ce cadre, le débat entre les responsables de l’État sur les mécanismes de négociation semble déconnecté du processus réel qui se dessine sur le terrain.

‘Israël’ n’attend pas l’issue des médiations, mais s’emploie à instaurer ce que l’on peut appeler une ingénierie de contrôle multi-niveaux, redistribuant la géographie libanaise en espaces fonctionnels servant sa sécurité directe, selon les termes du ministre israélien de la Sécurité, Israël Katz.

Le premier espace, adjacent à la frontière sur une profondeur d’environ dix kilomètres, est poussé à devenir une bande sans vie : évacuation progressive des habitants, destruction systématique des infrastructures et transformation des villages en zone tampon permanente.

Dans cette zone, il n’est plus question de souveraineté réelle, mais d’une présence formelle qui s’érode sous le poids des faits militaires.

Le second espace, s’étendant jusqu’au fleuve Litani, est dessiné comme un périmètre sous surveillance sécuritaire stricte, où toute structure armée est interdite, géré sous l’œil de la supériorité aérienne et technique israélienne.

Enfin, tout le Liban, où l’on fait porter à l’État le fardeau de démanteler la structure militaire du Hezbollah.

En ce sens, le processus israélien ne cible pas seulement les frontières, mais la fonction même de l’État, en le poussant à faire partie d’un système de sécurité imposé. C’est un processus qui avance à pas fermés par la destruction, les avertissements et l’élargissement des zones tampons, rendant tout recul ultérieur extrêmement difficile.

Plus important encore, la Résistance n’entend pas se taire face à cette réalité, ni rester derrière un État dont la diplomatie a prouvé son échec, et qui court vers des accords de capitulation manquant non seulement de consensus national interne, mais aussi de couverture arabe.

Les prémices de la riposte sont apparues mardi, suite aux informations faisant état de tirs de missiles depuis le Liban vers l’entité d’occupation.

En revanche, la performance libanaise s’apparente à une tentative de gagner du temps. Le pari sur la prolongation de la trêve et les mouvements diplomatiques reflètent une quête de marge politique, mais ne modifient pas le rapport de force.

Tandis que Beyrouth parle de négociation, Tel-Aviv travaille à imposer les résultats de cette négociation à l’avance, alors que le Liban manque de toute couverture régionale sérieuse pour ces pourparlers.

Le problème profond est que le Liban entre dans ce processus avec des cartes faibles : division interne et limitation des éléments de puissance.

Dans ce cadre, la position de l’ancien député Walid Joumblatt, depuis Aïn el-Tineh, a émergé mardi, indiquant que « le maximum que le Liban puisse offrir, en accord avec la position du président de la Chambre Nabih Berri, est le retour à la convention d’armistice de 1949 avec des développements pour accompagner la phase actuelle ».

Il a souligné la nécessité de s’orienter vers des négociations via des canaux clairs, basées sur un agenda précis axé sur le retrait et la récupération des terres, estimant que le pays traverse une « épreuve majeure » qui s’aggrave, exigeant des moyens pratiques pour consolider le cessez-le-feu.

Ses propos ont été interprétés comme un alignement sur le président Berri, qui refuse toujours d’accorder une couverture légale consensuelle aux négociations directes, signifiant que Joumblatt considère que les négociations directes, telles que pratiquées par le Liban, ne sont pas productives, mais constituent un danger pour l’intérieur libanais.

Sur le terrain, pour la quatrième fois, la scène s’est répétée mardi avec tous ses éléments : confusion israélienne, ambiguïté, versions contradictoires, puis accusation contre le Hezbollah.

Cela fait suite au développement majeur à la frontière sud du Liban, marqué par des tirs de missiles et d’obus vers les forces d’occupation israéliennes stationnées en territoire libanais dans la localité de Rabb Thalathine, un incident qui s’inscrit dans un contexte d’escalade progressive après une série d’« incidents sécuritaires » ciblant l’occupation ces derniers jours.

Selon les médias israéliens, « deux événements sécuritaires simultanés » ont eu lieu sur le front nord : le premier, une attaque terrestre directe contre les troupes israéliennes à Rabb Thalathine ; le second, une intrusion aérienne consistant en l’envoi d’un drone depuis le territoire libanais vers le nord de la Palestine occupée, poussant les systèmes de défense aérienne israéliens à lancer des missiles intercepteurs.

L’armée de l’ennemi israélien s’est empressée d’accuser le Hezbollah d’être responsable des tirs, considérant ce qui s’est passé comme une « violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu ».

Elle a annoncé avoir ciblé la plateforme de lancement quelques minutes après l’opération.

En réponse, le Hezbollah a déclaré que ses combattants ont « ciblé la position d’artillerie de l’armée de l’ennemi israélien dans la colonie de Kfar Giladi, source des bombardements d’artillerie vers le village de Yahmour al-Chaqif, avec une salve de roquettes et une escadrille de drones d’attaque, en riposte aux violations flagrantes et documentées de l’ennemi israélien qui ont dépassé les 200 violations depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, incluant l’agression contre les civils et la destruction de leurs maisons et villages ».

Par ailleurs, les données de terrain indiquent que la fréquence des « incidents sécuritaires » subis par les forces d’occupation israéliennes ne s’est pas arrêtée depuis la violation de la trêve le 16 avril dernier.

La nature de ces incidents a varié : engins explosifs, mines, affrontements directs et frappes de missiles.

Les jours précédents ont été marqués par une série d’attaques à l’engin explosif ciblant des véhicules militaires israéliens dans le même secteur, faisant des morts et des blessés dans les rangs des forces ennemies, Tel-Aviv n’ayant reconnu qu’une partie de ces pertes avec retard, ce qui a suscité des critiques internes sur la performance de l’institution militaire et la politique de « déni » médiatique.

Des observateurs israéliens dans les médias israéliens estiment que l’absence de réponse à ces « incidents » a encouragé l’escalade vers un niveau supérieur, illustré aujourd’hui par des tirs directs de missiles sur les troupes à l’intérieur du territoire libanais.

Dans ce contexte, ils considèrent que ce qui se passe constitue un « véritable test » pour le commandement israélien, sur fond d’appels à changer les règles d’engagement et à riposter avec force.

En revanche, la qualification de « violation du cessez-le-feu » utilisée par l’armée de l’ennemi israélien pour accuser le Hezbollah est frappante.

Pendant ce temps, les faits sur le terrain prouvent que les forces d’occupation israéliennes sont toujours déployées à l’intérieur des terres libanaises, ce qui signifie qu’elles sont des forces d’occupation effectuant des opérations de destruction et de ciblage, en violation manifeste, continue et persistante de la trêve.

Ces développements ont coïncidé avec un processus de négociation indirecte entre l’Iran et les États-Unis, conférant une dimension régionale aux événements, les détails de la scène de terrain au Sud-Liban étant portés à la table des négociations, reflétant l’interconnexion entre le terrain et la politique.

Entre l’intensification des opérations, l’ambiguïté des annonces officielles et l’échange de messages par le feu, le front sud semble ouvert à de multiples possibilités, allant du maintien de l’affrontement dans son cadre frontalier au glissement vers une confrontation plus large si l’escalade se poursuit au même rythme.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar