Par Ibrahim Al-Amine
Depuis l’annonce de l’avancée des efforts pakistanais pour réunir les États-Unis et l’Iran à une table de négociations directes, ‘Israël’ est apparu comme la partie la plus inquiète.
Cette inquiétude ne se limitait pas à la possibilité d’un accord, mais concernait aussi l’acceptation par Washington d’inclure le Liban dans le panier des ententes. Lorsque Islamabad a envoyé la version finale à Téhéran, elle comprenait un paragraphe stipulant un engagement américain à ce que l’arrêt de la guerre inclue également le Liban, point qui a fait sortir le gouvernement de l’ennemi de ses gonds.
Pendant environ 16 heures consécutives, la machine politique de l’entité ennemie à Washington a été mobilisée au maximum.
Chaque responsable israélien a activé ses canaux avec ses homologues américains sous un slogan clair : ‘Israël’ ne peut supporter deux coups sur la tête à la fois, et vous ne pouvez pas contraindre ‘Israël’ à arrêter la guerre au Liban !
Bien que les fuites indiquent que l’administration américaine a fini par accepter d’exclure le Liban de la trêve, ce revirement n’a été communiqué qu’à Israël. Jusqu’au moment de l’annonce officielle du cessez-le-feu, le Pakistan n’avait reçu aucune notification américaine de modification des termes.
Les signes de tromperie sont apparus avec la première déclaration du président américain, annonçant un cessez-le-feu au nom des États-Unis et de ses alliés au Moyen-Orient, en évitant toute mention du Liban.
Téhéran a alors recontacté Islamabad, et le médiateur pakistanais a assuré qu’un communiqué au nom du Premier ministre mentionnerait explicitement le Liban, conformément à l’entente initiale.
Ce communiqué a effectivement été publié, poussant ‘Israël’ à annoncer son refus, avant que la position officielle américaine ne confirme quelques heures plus tard que l’accord n’incluait pas le Liban.
Ce résultat n’aurait pu être atteint sans une préparation de coulisses. Dans des salles parallèles, une équipe politique et diplomatique à Washington, en coordination directe avec ‘Israël’, a œuvré pour réorienter les développements.
Au sein de la Maison Blanche, Steve Witkoff et plusieurs conseillers ne se sont pas opposés à la demande israélienne, mais une pression extérieure était nécessaire. Cette tâche a été confiée à des figures de l’institution militaire, dont le commandant du Commandement central Brad Cooper, parallèlement à une campagne menée par le sénateur sioniste Lindsey Graham et l’ambassadeur américain au Liban Michel Issa, ainsi qu’un réseau d’influenceurs et de financiers mené par le sioniste libanais Antoun Sehnaoui.
Cependant, un résultat rapide exigeait d’augmenter la pression de l’intérieur du Liban.
C’est là que le président de la République Joseph Aoun et le chef du gouvernement Nawaf Salam ont rejoint le chœur. Les deux hommes ont vu dans l’exclusion du Liban de la table d’Islamabad une opportunité de revenir dans le cercle des contacts internationaux. L’idée que Issa a été chargé de promouvoir a fait basculer la position. S’il est apparu que le plan élaboré nécessitait davantage le rôle de Salam que celui d’Aoun, cela tenait à la stratégie interne au Liban.
‘Israël’ s’est mobilisé de manière inédite depuis son retrait en 2000, avec des mécanismes dépassant ses habitudes. Après des années de renseignement axé sur le recrutement et la collecte d’informations contre la structure de la Résistance, le besoin stratégique est devenu sécuritaire et politique. Les centres d’évaluation de l’entité d’occupation ont conclu qu’il fallait frapper ce qui est appelé la « société du Hezbollah », un choix nécessitant plusieurs étapes qui se sont avérées applicables en 36 heures :
Premièrement : Quelques heures après le cessez-le-feu avec l’Iran, l’ennemi a commis un massacre d’une horreur comparable à l’explosion du port de Beyrouth.
Au lieu de se mobiliser contre cette sauvagerie, le chef du gouvernement, en sa qualité de « représentant des sunnites », a entamé une nouvelle phase de sa guerre contre la Résistance. Lors du conseil des ministres, Aoun et Salam portaient la décision de faire de Beyrouth une ville sans armes (comprendre sans Résistance), une proposition figurant dans le plan de Joseph Aoun et préparée par les « Sunnites de Maarab ».
Deuxièmement : L’ennemi a repris ses contacts avec des personnalités et forces politiques internes, entamant un plan de soutien financier à des groupes de partis de droite, les encourageant à lancer des mouvements populaires reflétant « le désir de la rue libanaise de se débarrasser du Hezbollah ». Ce processus a été impulsé par le « groupe Graham des Libanais de Washington », avant de tester des figures sunnites à Beyrouth pour organiser des manifestations soutenant le chef du gouvernement et exigeant l’interdiction de toute présence politique ou civile du Hezbollah dans la capitale. Salam avait préparé le terrain en justifiant le massacre de mercredi par le fait que « chaque raid a une raison liée au Hezbollah ».
Troisièmement : Un développement imprévu a eu lieu : le « massacre de mercredi » a provoqué un choc à Washington même. La diffusion rapide des images a entraîné un mutisme au sein de la Maison Blanche. Des rapports confirmant que les frappes visaient des civils ont poussé des capitales européennes et arabes à contacter l’administration américaine, amenant Trump à exprimer sa colère. Son équipe a fait fuiter la nouvelle de son appel « tendu » avec Benjamin Netanyahu, pour informer ensuite Aoun et Salam que Beyrouth serait épargnée par les raids (bien qu’ils aient précisé que les garanties n’incluaient pas les assassinats).
Quatrièmement : Aoun et Salam ont répondu à la demande de l’ambassadeur Issa de contacter immédiatement le médiateur pakistanais, non pas pour inclure le Liban dans le cessez-le-feu, mais pour affirmer que « l’État libanais légitime » refuse l’inclusion du dossier libanais dans les négociations menées par l’Iran, affirmant que le Liban allait entrer en négociations directes avec ‘Israël’.
Cinquièmement : Les Américains ont senti que les choses butaient sur l’insistance de Téhéran à lier tout règlement à l’arrêt de la guerre au Liban. Ils ont donc informé Téhéran, via le médiateur, qu’Israël avait été contraint de réduire ses opérations et que Beyrouth, y compris la banlieue sud, serait hors de la zone de bombardement. L’Iran a répondu que cette mesure était insuffisante et que la décision d’ouvrir le détroit d’Ormuz resterait suspendue jusqu’à un traitement sérieux du volet libanais et des fonds iraniens gelés.
En retour, Washington a révélé que la demande de cessez-le-feu n’était plus liée au Hezbollah mais à des considérations libanaises internes. Leurs alliés à Beyrouth ont besoin de cette étape pour contrer le Hezbollah de l’intérieur. L’idée avancée est qu’un arrêt des hostilités à Beyrouth pousserait environ 200 000 chiites à quitter la capitale vers la banlieue et d’autres régions, entravant tout mouvement populaire du Hezbollah dans la capitale.
Cependant, rien de tout cela ne changera les réalités factuelles. Celui qui n’a pas saisi le message clair du Secrétaire général du Hezbollah, Cheikh Naïm Qassem — à savoir que la Résistance ne coopérera pas avec une autorité qui la traite comme un « groupe criminel » et qu’elle n’est pas concernée par un arrêt de la guerre sous occupation — doit relire la scène avec précision. Ce qu’Israël veut aujourd’hui, soutenu par les États-Unis et non contesté par l’Arabie saoudite, concerne un problème interne au Liban : les ennemis du Hezbollah, ayant échoué à le briser militairement, supposent pouvoir l’atteindre par la discorde interne.
L’important est de savoir que de grands changements ont eu lieu, que d’autres plus importants arrivent, et que le Liban tel que nous le connaissons ne restera pas le même.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
