vendredi, 03/04/2026   
   Beyrouth 08:44

Comment le regard des Arabes et des Occidentaux sur le statut de la Résistance a-t-il changé en dix jours ? (Ibrahim al-Amine)

Des combattants de la Résistance islamique au Liban (Illustration)

Jamais le président américain Donald Trump n’avait abordé le dossier du Liban et du Hezbollah de manière détaillée, ses positions se limitant souvent à des réponses brèves aux journalistes.

Le 19 février, lors de la première réunion du « Conseil de la Paix », il a indiqué que « le problème du Liban doit être résolu, et il n’est pas grand », ajoutant que des « choses sont en cours » et que cette question est « relativement petite par rapport à ce qui a été accompli ».

Deux semaines après son agression contre l’Iran, Trump a répondu le 16 mars à une question sur un éventuel soutien américain à une invasion israélienne du Liban, affirmant avoir parlé avec des dirigeants israéliens et décrivant le Hezbollah comme un « problème de longue date, un gros problème, et ses membres sont en train d’être éliminés rapidement ».

Au-delà de la folie des grandeurs qui domine les déclarations de Trump, son approche du dossier libanais et du Hezbollah s’appuie sur des rapports à dominante politique, soumis par des parties influentes au sein de la Maison Blanche, basés sur des données provenant d’Israël, du Liban, de la Syrie et de l’Arabie saoudite.

Cependant, le déroulement de la confrontation, avec l’engagement du Hezbollah, a montré que, comme à chaque fois, certains rapports professionnels spécialisés sont occultés au décideur.

Lorsque les chefs de l’ennemi affirmaient que le Hezbollah était « tombé dans le piège » et qu’Israël saisirait l’occasion pour lui porter le coup fatal, cela n’était pas isolé d’un climat international plus large.

La même évaluation circulait dans les milieux officiels en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, ainsi que dans des capitales du Golfe, dont certaines cherchaient à utiliser cette « conclusion » pour faire pression sur les forces et références libanaises afin de les pousser à adopter des options liées au désarmement du Parti, même par la force.

Pourtant, les autorités officielles au Liban recevaient une évaluation différente du commandement de l’armée, indiquant que la situation n’était pas telle et que le pouvoir devait prendre en compte le fait que le Hezbollah ne voulait pas entraîner le pays dans une sédition interne malgré les pressions.

De même, un autre camp lisait mal les événements : les piliers du nouveau pouvoir en Syrie, où l’idée prévalait qu’en cas d’intervention sérieuse du Hezbollah dans les affaires syriennes, les forces syriennes seraient capables de l’anéantir en quelques jours. Cette vision s’appuyait sur la conviction de ces cercles que le Parti était bien plus faible que n’importe quelle faction rebelle syrienne !

L’information a fuité selon laquelle le Commandement central de l’armée américaine (CENTCOM), aux côtés de trois stations de renseignement américain dans la région, dont celle de Beyrouth, ont exprimé des « doutes sur l’hypothèse de l’élimination du Hezbollah », considérant que son absence de réponse aux frappes quotidiennes israéliennes (avant cette guerre, ndlr) ne constituait pas de preuve décisive d’un état de faiblesse extrême.

Dans le même contexte, les services de renseignement égyptiens ont également mis en garde contre la « sous-estimation des capacités du Hezbollah à réorganiser ses rangs ».

Quelle est leur position après le déclenchement de la guerre ?

Selon les mêmes sources, après une semaine à dix jours de guerre, cette vision s’est totalement effondrée.

Les services militaires et de sécurité qui doutaient du narratif israélien ont rapidement remis en avant leurs évaluations, mettant en garde les forces politiques contre toute erreur de calcul.

Côté occidental, l’attention des ambassades s’est concentrée sur une seule question posée lors des rencontres : le Hezbollah a-t-il la capacité de tenir bon ? Naturellement, les réponses n’étaient pas unanimes.

Une large partie des responsables au Liban était encore convaincue que le Hezbollah était pratiquement fini et que son absence de réponse pendant les 15 mois avant le déclenchement de la guerre reflétait une faiblesse et non une stratégie.

Certains considèrent encore que les performances de la Résistance ou les difficultés israéliennes ne sont pas dues à un équilibre de terrain, mais au fait qu’Israël concentre ses efforts sur la guerre contre l’Iran.

Il est regrettable que les parties occidentales aient été les plus précises dans la collecte de données, revenant à des rapports antérieurs pour identifier les indicateurs qui écartaient l’hypothèse d’un effondrement du Hezbollah, afin de retrouver leurs sources et de reprendre contact avec elles pour obtenir de nouvelles données. Cela s’est accompagné d’un déluge de questions posées par les diplomates étrangers aux responsables de l’armée et des services de sécurité, ainsi qu’à des journalistes et politiciens censés avoir une visibilité sur la réalité du Hezbollah.

Il est frappant de constater que ces ambassades ne se fient pas beaucoup à ce qui est censé leur parvenir d’Israël, malgré les vastes données dont disposent leurs missions là-bas, même sous le régime de l’occultation et de la censure. Les diplomates à Tel-Aviv rencontrent des journalistes et d’anciens officiers pour obtenir des informations non publiables. Dans ce contexte, l’ambassadeur d’un pays arabe en Grande-Bretagne a rapporté que ces ambassades ont accumulé, durant la « guerre des 12 jours », des données abondantes incluant des rapports sur les coups sévères portés à Israël par la riposte iranienne.

Toutefois, l’essentiel dans cette démarche ne se limite pas à la collecte d’informations, mais porte sur la manière de les exploiter dans le cadre de la recherche de négociations pour mettre fin à la guerre. En effet, quiconque a tenté d’ouvrir la porte des négociations se heurte toujours à des portes closes, que ce soit aux États-Unis ou en ‘Israël’.

Le président français Emmanuel Macron a reconnu ne pas trouver d’oreille attentive à Washington et Tel-Aviv. Il s’est tourné vers une coordination sécuritaire et politique avec l’Égypte, estimant que les services de renseignement égyptiens entretiennent des liens solides avec les États-Unis et disposent d’un réseau de relations avec Tel-Aviv grâce à leur rôle dans le dossier de Gaza. Paris espère que sa tentative aboutira à un cadre d’initiative suscitant l’intérêt des Américains et des Israéliens.

Cependant, la faille principale persiste: la plupart des propositions de négociation reposent encore sur les réalités de la guerre passée. Cela s’est répercuté négativement sur les chances de succès de la dernière visite d’une délégation du renseignement égyptien à Beyrouth, les Égyptiens fondant leurs efforts sur leur idée précédente de « gel de l’armement du Hezbollah et garantie de l’absence de toute opération contre Israël, en échange d’un retrait israélien et de l’arrêt de l’agression ».

Dans ce cadre, une rencontre de haut niveau tenue récemment à Beyrouth entre un responsable libanais concerné et un visiteur européen révèle l’ampleur de la complexité. Lorsque ce dernier a demandé ce qui pourrait être fait, la réponse fut sans appel : « Il est d’abord requis de proposer un document bénéficiant de l’accord américano-israélien, mais le plus important est qu’il contienne l’engagement, non pas d’un simple cessez-le-feu, mais de l’arrêt de toutes les formes de violations qui ont duré 15 mois, sinon vous ne trouverez personne au Liban capable de vous aider ! »

Par Ibrahim Al-Amine

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar