Le chef du Parti Socialiste Progressiste Walid Joumblatt est peut-être celui qui connaît le mieux la nature du chef des Forces Libanaise (FL) Samir Geagea et le plus prudent à son égard. Il est toujours le premier, en public, à mettre en garde le maitre de Maarab contre les risques de paris erronés, et à l’avertir, en privé, contre un « faux pas » dans sa quête persistante de projets déstabilisateurs.
Le chef de Moukhtara a été parmi les premiers à percevoir le saute vers l’inconnu de Geagea, à travers ses paris sur des changements extérieurs que ce dernier ne cache d’ailleurs pas. Cela explique la position du leader socialiste, fermement opposé à « Maarab-3 », qu’il considère comme une étape qui « menace la paix civile ».
Depuis le début de la guerre de soutien, Joumblatt semble déterminé à maintenir son propre rythme face à un bras de fer interne aux dimensions régionales et internationales.
Il a cherché à ne pas s’impliquer totalement dans un axe plutôt qu’un autre, observant le grand « déluge » qui pourrait emporter la région, tout en soulignant, lors des tournants sensibles, la nécessité de désamorcer toute mèche de tension.
Il affirme que les retombées d’une explosion potentielle ne toucheraient pas seulement le Hezbollah, mais laisseraient des cicatrices profondes chez tous les acteurs.
Selon des milieux informés, Joumblatt estime que la teneur du discours de Geagea et du camp hostile à la Résistance menace les piliers du Liban. Il prévient que les tendances actuelles de la région ne permettent à aucune partie de compenser ses pertes politiques, et met en garde contre le discours provocateur et de division qui pourrait précipiter l’effondrement du pays.
C’est pourquoi Joumblatt rejette le discours des « Forces Libanaises » et exprime ses vives réserves sur la conférence « Maarab-3 ».
Selon des sources informées, il a tenté de dissuader certaines personnalités sunnites d’y participer. Malgré les tentatives de Maarab de paraître comme une partie trans-confessionnelle, Joumblatt estime que son discours privilégie les considérations confessionnelles.
Ce dossier est devenu sa priorité ces dernières semaines, le poussant à intensifier ses contacts avec le Président de la République, le chef du Parlement Nabih Berri et le Premier ministre Nawaf Salam, afin de contenir les discours de provocation.
Dans ce contexte, une délégation du Parti Socialiste Progressiste a visité Maarab il y a environ une semaine. Elle a transmis un message clair : « l’escalade du discours politique constitue un danger pour la stabilité interne ».
La délégation a affirmé qu’il n’est dans l’intérêt de personne de se montrer hostile à la communauté chiite ou de l’inciter à la sédition, car cela mènerait inévitablement à une explosion. Geagea a alors prétendu que son problème « n’est pas avec les Chiites, mais avec le Hezbollah ».
Les députés socialistes préparent également, en coordination avec le bloc du Consensus National, un document qui sera proposé à la signature de nombreux députés, insistant sur un discours d’apaisement, le soutien à l’institution militaire et la protection de la paix civile.
Joumblatt a exposé l’idée à Nabih Berri, craignant une possible explosion sécuritaire interne après avoir pris connaissance de rapports des appareils de sécurité évoquant des climats négatifs dans plusieurs régions.
Par Maysam Rizk
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar