Le Hezbollah a fustigé mardi la décision inédite des autorités libanaises d’expulser l’ambassadeur d’Iran, et leur a demandé de se rétracter « immédiatement ».
« Le Hezbollah appelle le président de la République et le Premier ministre à demander au ministre des Affaires étrangères (..) de revenir immédiatement sur cette décision qui a des conséquences dangereuses », a affirmé le Hezbollah dans un communiqué.
Le ministère libanais des Affaires étrangères et des Émigrants a annoncé mardi avoir convoqué le chargé d’affaires iranien au Liban, Tawfiq Samadi Khoshkho, qui s’est entretenu avec l’ambassadeur Abdul Sattar Issa, secrétaire général du Liban, et l’a informé de la décision de l’État libanais de retirer son agrément à l’ambassadeur désigné d’Iran, Mohammad Reza Sheibani, et de le déclarer persona non grata.
Le ministère a précisé que la partie iranienne avait été informée que M. Sheibani devait quitter le territoire libanais au plus tard le dimanche 29 mars 2026.
Plus tard mardi, le ministère a déclaré que « la décision de retirer l’agrément de l’ambassadeur Sheibani, fondée sur l’article 9 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, ne constitue pas une rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, mais plutôt une mesure prise à l’encontre de l’ambassadeur pour violation des principes et obligations de la conduite diplomatique. »
« L’ambassadeur Shibani a tenu des propos qui se sont immiscés dans la politique intérieure libanaise et a porté un jugement sur les décisions prises par le gouvernement. De plus, il a rencontré des représentants de partis libanais non officiels sans passer par le ministère des Affaires étrangères », indique le communiqué.
« Une capitulation manifeste »
Ci-dessous le communiqué du Hezbollah publié par son Bureau médiatique »
« Le Hezbollah condamne et rejette catégoriquement la décision du ministère libanais des Affaires étrangères, décision dénuée de tout fondement juridique, de retirer l’agrément de l’ambassadeur désigné d’Iran au Liban, Mohammad Reza Sheibani, de le déclarer persona non grata et d’exiger son départ du territoire libanais. Cette mesure irréfléchie et répréhensible ne sert ni les intérêts nationaux supérieurs du Liban, ni sa souveraineté, ni son unité nationale. Elle constitue au contraire un coup d’État contre ces intérêts, une capitulation manifeste face aux pressions et diktats extérieurs, et une atteinte flagrante aux prérogatives du président de la République. Les prétextes fallacieux sur lesquels repose cette décision arbitraire – accuser l’ambassadeur d’ingérence dans les affaires intérieures du Liban – ne font que confirmer qu’il s’agit d’une décision purement politique et malveillante, dénuée de toute sagesse et de toute responsabilité nationale.
Cette action suspecte, qui survient à un moment particulièrement critique, exige du Liban qu’il s’y oppose en unissant l’ensemble de sa population, dans toute sa diversité politique, partisane, culturelle et sociale, et en adoptant une position officielle commune afin de renforcer sa résilience et d’imposer un cessez-le-feu à l’ennemi israélien, le contraignant ainsi à se retirer des territoires occupés. Le ministre des Affaires étrangères choisit de se ranger du côté d’une position qui, par ses paroles et ses actes, ne sert que les intérêts de l’ennemi sioniste. Il œuvre, sciemment ou non, et animé d’une mentalité partisane étriquée et haineuse, à affaiblir l’État libanais et à le dépouiller des éléments de cohésion dont il a besoin en cette période délicate. Il s’efforce de faire toujours plus de concessions à l’ennemi afin de préparer le terrain pour placer le Liban entièrement sous la tutelle américano-israélienne.
Ce qui rend cette décision encore plus dangereuse et flagrante, c’est qu’elle émane du même ministre qui garde un silence complet face à l’ingérence américaine manifeste au Liban et aux déclarations de ses responsables et envoyés qui ont insulté et incité à la haine contre le Liban et une composante essentielle de sa société. Pourtant, il fait étalage de sa force face à une nation amie qui n’a jamais hésité à soutenir le Liban, qui a été aux côtés de son peuple dans les moments les plus sombres et qui a contribué à renforcer sa capacité à protéger son territoire et ses citoyens, sans jamais s’immiscer dans ses affaires intérieures ni porter atteinte à sa souveraineté, mais en entretenant au contraire des relations solides et harmonieuses avec le Liban.
Le Hezbollah considère cette décision comme une grave erreur nationale et stratégique qui, loin de servir l’unité nationale, ouvre la voie à la division interne, aggrave les fractures nationales et plonge le pays sur la voie périlleuse de la soumission, de la faiblesse et de la vulnérabilité. Le Hezbollah appelle le Président de la République et le Premier ministre à exiger du Ministre des Affaires étrangères, qui a perdu toute légitimité nationale pour avoir privilégié les intérêts partisans au détriment de l’intérêt, de la sécurité et de la stabilité du Liban, qu’il revienne immédiatement sur sa décision en raison de ses graves répercussions. Le Ministre et son parti doivent agir avec sagesse et prudence, prendre conscience des dangers qui menacent le Liban et comprendre que la protection de la souveraineté libanaise ne s’obtient ni en se soumettant à des diktats étrangers, ni en s’aliénant une composante fondamentale de la nation ou les pays qui ont soutenu le Liban, mais bien par l’unité nationale et la confrontation avec le seul véritable ennemi de ce pays : l’ennemi sioniste. »
« Elle ne sera pas maintenue »
Dans une interview avec la chaine d’information libanaise al-Mayadeen, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a déclaré que la décision d’expulser le diplomate iranien « ne jouit d’aucune légitimité ».
Selon lui, « cette décision émane d’un protagoniste partisan », en allusion au fait que le ministre Rajji appartient au parti des Forces libanaises, pro américain.
« L’État libanais a été entraîné dans une impasse et il lui cherche une issue, » a-t-il ajouté assurant que « la décision n’a pas été prise conformément aux procédures constitutionnelles, qu’elle est dépourvue de toute valeur juridique et que ses auteurs n’ont d’autre choix que de la retirer, car elle ne sera pas maintenue. »
Selon le directeur du Bureau d’al-Mayadeen à Beyrouth, Rony Alfa la décision d’expulsion de l’ambassadeur iranien a été « prise d’une façon unilatérale et n’a été soumise à la consultation qu’à une petite minorité dans la gouvernement ».
« L’ambassadeur ne doit pas partir »
Des positions de rejet de cette décision a été exprimée par le mufti chiite cheikh Ahmad Qabalane qui a demandé à l’ambassadeur iranien de ne pas se plier à la demande du ministre Rajji : « Nous demandons à l’ambassadeur de la République islamique de ne pas partir. Nous ne permettrons pas à cette autorité irresponsable de bafouer la politique et la souveraineté du Liban en expulsant l’ambassadeur iranien du Liban pour satisfaire à Washington, alors que ce dernier implore des négociations avec Téhéran. » ».
Le vice-président du Conseil suprême chiite cheikh Ali al-Khatib a lui aussi dénoncé cette décision et exigé son annulation estimant « qu’il s’agit d’une décision illégitime qui nuit aux intérêts du Liban ».
A Paris, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a de son côté salué dans une déclaration à l’AFP la « décision courageuse » d’expulser l’ambassadeur iranien.
Source : Divers
