L’armée syrienne a demandé mardi aux forces kurdes de se retirer d’une zone qu’elles contrôlent à l’est d’Alep, après les avoir délogées de la principale ville du nord de la Syrie, laissant craindre de nouveaux combats.
Dans la ville kurde de Qamichli, dans le nord-est de la Syrie, des milliers de personnes ont manifesté à l’appel des autorités autonomes kurdes pour dénoncer le pouvoir du président Ahmad al-Charaa selon les correspondants de l’AFP.
Les affrontements qui ont pris fin dimanche ont accentué la tension entre les Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) et le pouvoir central, alors que leurs négociations pour intégrer les institutions civiles et militaires de l’administration autonome au sein de l’Etat syrien sont dans l’impasse.
Vers une nouvelle bataille
L’armée a exigé mardi que les forces kurdes qui contrôlent une zone à l’est d’Alep « se retirent vers l’est de l’Euphrate », le fleuve qui coule dans le nord de la Syrie.
Elle a publié une carte qui souligne en rouge la région devant être évacuée et prévenu qu’elle allait la considérer dorénavant comme « une zone militaire fermée ».

Dans un avis, il a demandé « aux civils de s’éloigner des positions des FDS et sommé les groupuscucles armés de se retirer vers l’Est de l’Euphrate ». « L’armée arabe syrienne fera tout ce qu’il faudra pour empêcher les groupusucles armés qui s’attroupent dans cette région de l’utiliser pour leurs opérations criminelles », a-t-il averti.
Un correspondant de l’AFP a vu mardi des batteries de défense anti-aérienne et de l’artillerie de l’armée syrienne acheminées vers le front de Deir Hafer, face aux positions kurdes.
Ci-dessous, des véhicules transportant des drones se dirigeant vers Deir Hafer
Des médias syriens opposés au régime en place ont rapporté que « le gouvernement intérimaire ont fait exploser un pont dans le village Oum Tinat qui relie les régions qu’il contrôle à celles contrôlées par les FDS dans les périphéries de Deir Hafer après l’avoir bombardé à l’artillerie.

Les FDS ont indiqué que des factions affiliées au gouvernement de Damas ont attaqué le barrage de Tichrine en même temps.
Lundi, les autorités et les FDS s’étaient mutuellement accusées d’avoir envoyé des renforts vers cette zone, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep.
« Jolani, dégage! »
Les combats à Alep ont permis à l’armée de prendre le contrôle de l’ensemble de la grande ville du nord syrien, après avoir délogé les combattants kurdes de deux quartiers qu’ils contrôlaient, Cheikh Maqsoud et Achrafieh.
Les Kurdes avaient profité du chaos de la guerre contre la Syrie (2011-2024) pour s’emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, notamment après avoir défait le groupe djihadiste takfiriste Daech (Etat islamique/EI) avec l’appui d’une coalition dirigée par les Etats-Unis.
Mardi, une grève générale était observée à Qamichli, principale ville kurde du nord-est, à l’appel des autorités autonomes.
Des milliers de manifestants ont dénoncé les combats d’Alep, brandissant le drapeau kurde, vert, blanc et rouge surmonté d’un soleil, et des portraits du chef des FDS Mazloum Abdi.
« Jolani, dégage! », scandaient les manifestants, employant l’ancien nom de guerre du président Charaa, un ex-djihadiste d’Al-Qaïda dont ils ont brûlé des portraits.
Dimanche 11 janvier, des kurdes ont manifesté dans la ville et brulé le drapeau du régime en place, les portaits d’Ahmad al-Charaa et de Tom Barrack, l’émissaire américain pour la Syrie.
D’autres manifestants ont aussi attaqué le siège des forces américaines à Qamichli.
« Massacres contre les minorités »
« Ce gouvernement n’a pas honoré ses engagements à l’égard d’aucun Syrien (…) Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, le sang coule, comme les massacres d’alaouites et de druzes », affirme Joudi Ali, un propriétaire de café de 29 ans.
Alors que le pouvoir syrien s’est engagé à protéger les minorités, les combats d’Alep sont intervenus après des massacres d’alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.
Des éléments de Daech dans les combats d’Alep
Ce mardi, la responsable des Relations extérieures de l’autorité autonome kurde a déclaré dans une conférence de presse que « le ministère syrien de la Défense a officiellement annoncé une opération militaire contre les quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh », malgré le fait que selon elles « les FDS s’étaient retirées de ces deux quartiers conformément à l’accord du 1er avril ».
« Le gouvernement, qui avait propagé l’idée que les FDS étaient toujours présentes à Cheikh Maqsoud et à Achrafieh, a lancé une offensive d’envergure impliquant 80 chars. L’attaque du gouvernement a fait 48 morts », selon Elham Ahmad.
Elle a affirmé que les factions attaquantes ont commis d’horribles violations des droits de l’homme », et assuré que des éléments de Daech y ont participé.
« Des combattants ouïghours ont également participé à l’attaque, aux côtés de groupes turcs et d’autres éléments étrangers », a aussi souligné Elham Ahmad.
Les manifestants ont également brûlé des portraits du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, dont le pays, allié des autorités syriennes, est violemment hostile aux FDS.
Les combats d’Alep visent à « saper le cessez-le-feu » entre Ankara et la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a affirmé mardi le groupe armé kurde turc.
Le parti AKP, au pouvoir à Ankara, a pour sa part estimé lundi soir que les combats d’Alep étaient une tentative des combattants kurdes de « saboter » les efforts pour mettre fin en Turquie au conflit avec le PKK, vieux de plus de quatre décennies.
La Turquie considère les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui constituent l’épine dorsale des FDS, comme une émanation du PKK interdit par Ankara.
Les combats, les plus graves entre le pouvoir islamiste syrien et les Kurdes, ont fait 105 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), 45 civils et 60 combattants des deux bords.
Le responsable des opérations de la Défense civile à Alep, Fayçal Mohammad, a affirmé à l’AFP mardi que « 50 corps » avaient été retirés par les secouristes dans les deux quartiers kurdes après la fin des combats, sans préciser s’il s’agissait de civils ou de combattants.
