jeudi, 12/03/2026   
   Beyrouth 16:04

La crise de Hormuz encercle Washington : Trump n’a pas de solutions miracles en main

Par Rim Hani

Le public américain ne peut plus, aujourd’hui, compter sur la majorité des déclarations émanant des hauts responsables de l’administration, y compris celles de Donald Trump lui-même.

Les positions de ce dernier sont désormais dictées par de « nouveaux calculs » imposés par la riposte iranienne à l’agression israélo-américaine, notamment après la flambée des prix mondiaux du pétrole et l’augmentation consécutive du coût de la vie pour le citoyen américain.

Jusqu’à présent, aucune solution garantie ne semble à la portée de Washington ; au contraire, les positions « contradictoires » récemment émises par les décideurs américains provoquent elles-mêmes une confusion sur le marché pétrolier.

À titre d’exemple, dans des déclarations visant, selon certains analystes, à tenter de « réguler » la hausse fulgurante des prix, l’occupant de la Maison Blanche a prétendu, lors d’une conférence de presse lundi soir, qu’une grande partie des objectifs de la guerre contre l’Iran avait été atteinte et que le conflit pourrait se terminer « bientôt ». Pourtant, le matin même, il écrivait sur les réseaux sociaux que la hausse des prix du pétrole était un « faible prix à payer face aux gains réalisés sur le champ de bataille ».

Conséquence de ce revirement : alors que le prix du baril de Brent avait grimpé lundi matin jusqu’à près de 120 dollars — un niveau pouvant porter le prix moyen de l’essence aux États-Unis au-delà de 4 dollars le gallon — les prix ont chuté brutalement à la mi-journée pour se stabiliser à un peu plus de 90 dollars mardi matin. Malgré cette baisse, ce niveau reste bien plus élevé qu’avant le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, il y a un peu plus d’une semaine.

Reflétant également cet état de « désarroi diplomatique », le ministre de l’Énergie, Chris Wright, a supprimé mardi un tweet où il affirmait que « la Marine avait escorté avec succès le premier pétrolier à travers le détroit », quelques minutes seulement après sa publication. Cela a provoqué une baisse initiale des prix, suivie d’une nouvelle remontée. Cette suppression a été suivie d’une clarification officielle de la Maison Blanche et du Pentagone précisant qu’« aucun navire commercial n’a été escorté jusqu’à présent ».

De plus, l’annonce par Trump que l’US Navy sécuriserait les pétroliers est intervenue moins de 24 heures après que des responsables de la Marine ont informé les représentants de l’industrie maritime qu’il n’y avait aucune chance que des opérations d’escorte aient lieu prochainement.

Peu de pays et d’observateurs semblent convaincus par les « solutions de Trump », y compris au sein du Pentagone.

Selon certains rapports, ce dernier aurait suggéré, dans le cadre de la révision de sa stratégie navale, la « création de navires robotisés » à bas coût capables de naviguer dans des « environnements côtiers contestés » pour soutenir les navires de guerre habités, sans risquer davantage de vies américaines.

Parallèlement, l’assurance gouvernementale américaine (DFC) annoncée par Trump n’a pas réussi à augmenter le nombre de navires traversant le détroit, car pour de nombreuses compagnies de transport, le problème n’est plus « financier » depuis la guerre avec l’Iran, mais bien « sécuritaire et existentiel ».

Les promesses de Trump d’autoriser une escorte militaire ont rappelé à de nombreux responsables militaires un passé riche en « périls » lors de la « guerre des pétroliers » dans les années 80, à une époque où l’Iran disposait de capacités bien moindres qu’aujourd’hui.

En réalité, en plus de les « distraire » de leurs missions principales en plein conflit, le passage des navires de la marine américaine à travers le détroit les placerait dans une zone d’engagement saturée de menaces iraniennes : missiles de croisière, missiles balistiques, drones d’attaque unidirectionnels, vedettes-suicides chargées d’explosifs et mines marines.

L’Agence de renseignement de la défense (DIA) estime que l’Iran possède plus de 5 000 mines depuis 2019 et exploite de nombreux navires capables de les mouiller rapidement.

Ces mines, combinées à d’autres facteurs comme les « tirs amis », ont déjà endommagé la marine américaine par le passé.

Au plus fort de la « guerre des vedettes », environ 30 navires de guerre américains escortaient les navires de commerce. Pourtant, ces mesures avaient échoué à réduire les risques : en 1987, la frégate USS Stark a été frappée par deux missiles de croisière Exocet de fabrication française, tuant 37 marins.

En 1988, l’USS Samuel B. Roberts a été gravement endommagé par une mine iranienne.

Malgré les leçons apprises, l’Iran a considérablement étendu ses capacités antinavires depuis lors, et une grande partie de son arsenal de missiles et de drones est restée intacte.

De plus, les forces d’Ansarullah au Yémen ont provoqué des perturbations massives en mer Rouge entre fin 2023 et début 2025, en utilisant seulement une fraction de ce que l’Iran peut encore déployer.

Conséquences internes

Le désarroi américain est largement motivé par les conséquences économiques internes de la guerre avec l’Iran sur le « portefeuille » du citoyen. L’engagement de Trump à fournir une protection navale n’est pas une idée neuve, mais s’inscrit dans la lignée de la doctrine de Jimmy Carter en 1980, qui avait conduit à la création du « Commandement central américain » (CENTCOM).

Aujourd’hui, alors que de nombreux décideurs à Washington soutiennent que le « pétrole du Moyen-Orient » n’était plus vital pour les États-Unis — ces derniers étant le premier producteur mondial — la guerre actuelle a démontré que l’interconnexion des prix mondiaux rend même les pays producteurs vulnérables, révélant les failles de cette théorie.

Si les effets économiques semblaient minimes durant la première semaine de l’offensive, ils sont devenus critiques dès la deuxième.

Le site américain Axios a averti : « On ne peut pas décapiter la direction d’un pays de 90 millions d’habitants, doté de vastes capacités militaires et situé au cœur des chaînes d’approvisionnement les plus critiques, sans un coût exorbitant ».

Patrick De Haan, expert chez GasBuddy, estime à 80 % la probabilité que le prix moyen de l’essence atteigne 4 dollars le gallon le mois prochain, tandis que la probabilité d’une récession aux États-Unis est montée à 38 % sur la plateforme Polymarket.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar