Par Ibrahim al-Amine
Ce n’est pas sans avertissement préalable, mais bien l’affichage d’une position claire adoptée de longue date par l’Europe envers les forces de la Résistance au Liban et en Palestine. À l’exception de l’Espagne, la majorité des pays européens semble désormais engagée de fait dans la guerre américano-israélienne contre l’Iran et le Liban.
Il est frappant de constater que certains de ces pays, comme la France — qui ne jouit pourtant ni de l’accueil ni de l’intérêt des parties américaine et israélienne — ont décidé d’aller loin dans leurs tentatives de courtiser les « fous du monde », espérant ainsi obtenir un siège à la table des négociations.
Un aspect resté dans l’ombre est que la France, aux côtés de l’Allemagne, de l’Italie et de plusieurs pays scandinaves, a maintenu pendant des années une distance raisonnable vis-à-vis des parties au conflit. Ces pays entretenaient des relations interactives sérieuses avec le Hezbollah et avec des forces et personnalités du camp de la Résistance.
À Beyrouth, les diplomates français s’employaient, il y a peu, à chercher des moyens de contenir l’escalade politique. Certains de leurs hauts responsables allaient jusqu’à utiliser des termes sévères à l’égard de « groupes libanais habités par la nostalgie du passé de la droite, et cherchant par leurs idées à pousser le Liban vers la ruine ».
Cependant, ce qui s’est produit depuis l’annonce du cessez-le-feu en novembre 2024 a marqué un tournant notable : ces pays ont basculé d’un seul bloc vers l’autre rive. Ils ont été rejoints par une équipe supervisant l’action politique et sécuritaire des forces internationales (FINUL), notamment la coordinatrice Jeanine Hennis-Plasschaert, qui reste habitée par un rôle spécial au Liban.
Au cours des quinze derniers mois, la plupart des pays européens (sauf l’Espagne) ont traité la situation selon le postulat que le Hezbollah avait subi une défaite cuisante, et que tout contact avec lui devait viser à le convaincre de remettre le reste de ses armes, d’annoncer la fin du rôle de la Résistance et de s’engager exclusivement dans l’action politique.
Plus important encore, ces capitales ont pratiquement accepté les règles fixées par les États-Unis et l’Arabie saoudite pour gérer le dossier libanais.
L’Europe s’est retrouvée en position de simple réceptrice des mesures imposées successivement, de l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République au mécanisme de désignation de Nawaf Salam pour former le gouvernement et la nature de sa composition.
Avec le temps, les Européens ont réalisé qu’ils étaient incapables d’exercer une influence exceptionnelle sur le fonctionnement du Premier ministre, malgré les liens particuliers qu’il entretient avec eux, notamment avec le président français Emmanuel Macron.
Après la décision américano-israélo-saoudienne de mettre fin à la mission des forces internationales dans le Sud, et l’information donnée aux pays contributeurs qu’ils avaient jusqu’à la fin de l’année pour retirer leurs troupes, ces capitales se sont empressées de chercher des issues leur permettant de rester.
Chaque partie a ses propres raisons de continuer, mais il est remarquable que les Français et les Allemands se soient empressés d’offrir des « services spéciaux » bénéficiant de l’accord préalable d’Israël, permettant à leurs forces et à certaines de leurs cellules de renseignement de continuer à opérer au Liban.
Cela a coïncidé avec le renforcement par les deux parties de leurs équipes diplomatiques et sécuritaires, à la lumière des changements en Syrie.
Alors que les États-Unis étendaient leur présence politique, militaire et sécuritaire au Liban, les Européens cherchaient un rôle supplémentaire pour garantir un pied dans la nouvelle équation et rivaliser pour l’influence.
Depuis le déclenchement de la confrontation avec l’ennemi israélien au début du mois, les Européens (à l’exception de l’Espagne) ont élevé leur niveau d’ingérence dans les dossiers internes libanais à un degré sans précédent. Le ton des ambassadeurs et diplomates de France, d’Allemagne et de Grande-Bretagne est devenu plus acéré, le discours de certains paraissant souvent plus brutal que le discours américain lui-même.
Ambassadeur de France: Il est temps de se débarasser définitivement du Hezbollah
Parmi les dernières prouesses françaises, les propos tenus par l’ambassadeur de France à Beyrouth, Hervé Magro, lors d’une rencontre avec des politiciens libanais il y a quelques jours. Il a estimé que « le moment est venu de se débarrasser définitivement du Hezbollah », ajoutant que les bombardements du mouvement contre Israël « ne peuvent être décrits que comme un acte suicidaire, car tout le monde sait qu’il est très faible et incapable de faire face à la puissance de l’armée israélienne ». Selon des sources informées, l’ambassadeur a réitéré cette idée, affirmant que « la dernière guerre a révélé l’étendue de la faiblesse du parti, qui aurait dû déposer les armes et s’engager exclusivement dans la politique, mais il semble avoir décidé de se suicider ».
Cette description, selon les sources, n’est pas une simple opinion personnelle de l’ambassadeur, mais le prélude à une position plus dangereuse. Une source ministérielle a rapporté au quotidien libanais Al-Akhbar que « l’ambassadeur français traduit une proposition soumise par son président, basée sur l’annonce de la fin de l’action armée du Hezbollah comme condition impérative pour convaincre Israël d’arrêter immédiatement la guerre ».
Parallèlement, l’ambassadeur français et plusieurs cadres de l’ambassade, diplomates et sécuritaires, ont commencé à promouvoir un climat reflétant l’ampleur de l’ingérence qu’ils aspirent à exercer. Le problème, selon la source, est que cette voie les a rapidement menés à s’engager dans une campagne de pression sur l’Armée libanaise et son commandement.
Les sources expliquent que « les Français ont déclaré que lorsqu’ils interrogeaient le commandement de l’armée sur l’absence de mesures opérationnelles d’envergure pour désarmer le Hezbollah, la réponse était que cela relevait de la décision des autorités politiques.
Or, après que le gouvernement a pris des décisions dans ce sens — que ce soit sur la limitation des armes ou l’interdiction de l’aile militaire du parti — nous n’avons pas trouvé d’enthousiasme chez l’armée pour les exécuter, sous prétexte que toute mesure de ce type pourrait exposer le Liban à une secousse sécuritaire menaçant la paix civile et poussant peut-être le pays vers une guerre civile. »
Selon les diplomates français, allemands et britanniques, « le problème avec l’armée a commencé à s’aggraver lorsqu’elle a pratiquement refusé d’exécuter les décisions du gouvernement ».
Des diplomates, dont l’ambassadeur de France, se sont ingérés dans ce qui ne les regarde pas en affirmant qu’il y avait « un état de rébellion contre l’autorité politique » et que « l’armée, comme toute armée au monde, n’a pas d’opinion politique mais doit se contenter d’exécuter les ordres ».
Plus grave encore, ces parties européennes ne se contentent pas de demander des mesures contre le commandement de l’armée, mais considèrent que « l’avertissement contre le risque de guerre civile n’est pas fondé ».
Selon certains diplomates, « des forces politiques libanaises leur assurent que l’armée est capable de faire face au Hezbollah et que la majorité des Libanais se tiendra aux côtés de l’armée en cas de confrontation ».
L’ambassadeur français va jusqu’à comparer les résultats d’un éventuel choc interne au coût de la guerre avec Israël, estimant que « les destructions et les victimes d’une confrontation interne seraient bien moindres que celles d’une guerre totale avec Israël », convaincu que Tel-Aviv « détruira tout au Liban ».
Les équipes militaires britanniques et la marine allemande
Le point le plus critique réside dans les informations sur les équipes militaires et sécuritaires britanniques opérant au Liban, qui fournissent aux forces d’occupation des données provenant notamment des tours de contrôle frontalier qu’elles co-gèrent. De plus, la marine allemande contribue à empêcher la détection des mouvements des navires de guerre israéliens, tandis que les deux parties pressent l’armée, via les États-Unis, de désactiver les radars de la force navale le long de la côte sud.
Il est à noter que les Britanniques, qui gèrent la plus grande station d’écoute à Chypre, fournissent à l’ennemi toutes les métadonnées concernant le Liban, y compris des images de drones survolant le pays à haute altitude.
En ce sens, l’approche européenne du dossier de l’armée fait preuve d’une grande légèreté qui pourrait conduire à porter un coup à l’institution militaire, non seulement en tant que force armée, mais en tant que dernière institution officielle bénéficiant encore d’une large confiance et d’un soutien populaire.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar