mercredi, 11/03/2026   
   Beyrouth 15:00

Résultats décevants et coût exorbitant : les USA cherchent l’issue

Une foule d’Iranien à Téhéran prêtent allégeance au nouveau Guide l’Ayatollah Sayed Mojtaba Khamenei.

Par Yehya Dbouk

Il semble que le président américain, Donald Trump, ait reproduit les mêmes erreurs d’appréciation dans son approche de la guerre avec l’Iran, particulièrement lorsqu’il a commencé à parler d’y mettre fin. Ses calculs reposent sur deux postulats fondamentaux qui se sont révélés problématiques avec le temps :

Le premier : la conviction que la guerre serait éclair, décisive et capable de réaliser des résultats complets en peu de temps, comme s’il s’agissait d’une répétition de modèles précédents où les États-Unis ont réussi à soumettre politiquement leurs adversaires.

Le second : corollaire direct du premier, est la croyance en la possibilité de mettre fin à la guerre par une décision américaine unilatérale, en partant du principe que la partie adverse se verrait contrainte, ou impatiente, de parvenir à une telle issue.

Ainsi, au lieu de partir des données du réel et de ses complexités, le souhaitable est confondu avec l’existant. Les objectifs politiques se transforment en faits présumés dans le discours avant même de se concrétiser sur le terrain.

En cohérence avec cette approche volontariste, Trump adopte une logique simple et directe : fixer l’objectif maximal, puis traiter le cours des événements comme si cet objectif était sur le point d’être atteint. D

Dès lors, la reddition de l’Iran devient une réalité politique anticipée, et non un résultat censé découler des faits militaires et politiques.

Cependant, le récit américain de la guerre n’a pas été constant, évoluant par étapes successives : Au début, l’évocation du renversement du régime iranien comme objectif implicite ou explicite. Puis, la transition rapide vers l’idée que l’Iran serait forcé de capituler et de demander grâce aux États-Unis.

Face à l’impossibilité de réaliser ces deux objectifs, le discours a glissé vers l’affaiblissement des capacités militaires iraniennes (missiles, marine, etc.).

Devant la résilience de l’Iran et la poursuite de ses frappes, la promotion de « résultats spectaculaires » sans précision a commencé, suggérant que la guerre approchait de son terme.

Enfin, le discours est revenu à l’affirmation qu’aucune fin réelle ne peut être atteinte sans une reddition iranienne inconditionnelle.

Ces mutations reflètent l’élargissement du fossé entre les objectifs annoncés et les résultats obtenus. Avec le temps, les signes d’une impasse militaire sont apparus de plus en plus clairement, transformant progressivement la confrontation en une guerre d’usure mutuelle.

Malgré les pertes subies par l’Iran, celles-ci ne se sont pas traduites par des indicateurs politiques clairs de recul stratégique ou de disposition à accepter la capitulation.

En contrepartie, il semble que l’administration américaine, Trump en tête, commence à percevoir les limites de la capacité à imposer un dénouement militaire. Toutefois, cette perception ne s’est pas encore accompagnée d’un ajustement clair du discours politique, mais plutôt d’une tentative de construire un récit de victoire permettant de sortir de la guerre sans admettre explicitement l’incapacité à atteindre les objectifs.

Ici apparaît la différence fondamentale entre remporter réellement la victoire et se contenter de l’annoncer politiquement — une nuance que la réalité finit souvent par révéler, quelle que soit la force du discours de propagande.

Si les résultats des guerres se mesurent à la capacité de chaque camp à transformer les exploits militaires en gains politiques tangibles, certains faits essentiels dans le cours de cette guerre doivent être pris en compte pour en évaluer l’issue :

Premièrement : l’Iran n’a pas été brisé politiquement et ne semble pas intéressé par une fin de guerre sous la forme souhaitée par Washington.

Deuxièmement : l’Iran, outre sa volonté de résistance qui constitue un facteur clé de l’équation, possède toujours une capacité effective de riposte et de dissuasion, ce qui a pesé sur le cours des opérations et rendu leur poursuite de plus en plus coûteuse pour les deux parties.

Troisièmement : le coût supporté par les États-Unis, ‘Israël’ et les alliés régionaux ne se limite pas aux pertes militaires directes résultant des ripostes iraniennes, mais inclut l’usure économique et militaire ainsi que la pression sur la capacité opérationnelle à gérer les opérations offensives et défensives.

Cette dimension commence à apparaître clairement dans les débats internes américains, où les mises en garde contre les conséquences de la poursuite de la guerre à court et moyen terme se multiplient.

De plus, les paris politiques de Trump sur une victoire rapide commencent à se transformer progressivement en un fardeau politique intérieur, surtout avec l’escalade des pressions économiques et l’incapacité de Washington à mobiliser une large coalition internationale pour partager les charges de la guerre.

Ainsi, il devient évident que si les États-Unis avaient la capacité de poursuivre les opérations militaires et de réaliser des gains additionnels tout en réduisant les pertes, ils n’auraient pas de motif réel pour se hâter de parler de la fin de la guerre. Le dilemme fondamental auquel fait face l’administration américaine ne réside pas seulement dans le cours de l’affrontement, mais aussi dans la manière d’en sortir.

Dans ce cadre, les indices d’un mouvement diplomatique actif via des canaux de médiation se multiplient afin de parvenir à une formule de cessez-le-feu.

Parallèlement, les déclarations contradictoires de Trump indiquent l’existence de négociations indirectes marquées par un bras de fer sur les conditions de l’arrêt des combats, que les États-Unis s’efforceront de présenter comme une forme de victoire.

Cependant, l’obstacle réside dans le fait que l’Iran ne se contentera pas de considérer sa résilience comme un exploit, mais semble imposer ses propres conditions en échange d’un cessez-le-feu, conditions dont les contours complets ne sont pas encore clairs.

En conséquence, l’écart entre les exigences des deux parties pourrait prolonger la guerre, poussant chacun à intensifier ses opérations pour tenter d’améliorer sa position de négociation avant de s’asseoir à la table.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar