samedi, 07/03/2026   
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La Résistance n’acceptera qu’un retour à l’avant-8 octobre 2023 : aucun indice de compréhension de la « nouvelle mentalité » du Hezbollah ?

Par Ibrahim Al-Amine

Depuis l’arrêt de la guerre dans sa forme élargie fin novembre 2024, le Hezbollah est entré dans une phase nouvelle.

Cependant, la transition n’a pas été fluide. Les assassinats ont frappé une partie essentielle de la direction active, aux niveaux politique et militaire. Malgré cela, la structure organisationnelle du Parti et le socle idéologique régissant le rapport de ses membres à l’organisation et à la Référence religieuse (Marja’iyya) en Iran ont permis une réorganisation de manière relativement flexible.

Après l’accord, durant la guerre, pour que Cheikh Naïm Qassem assume les fonctions de Secrétaire général, les institutions du Parti se préparaient, après l’annonce du cessez-le-feu, à opérer selon de nouveaux mécanismes.

Le trait saillant de cette étape est le travail de toutes les branches du Parti sous une pression constante : obsessions sécuritaires permanentes, menace continue visant la direction et escalade des agressions israéliennes.

Ce fait n’a pourtant pas empêché l’établissement de règles permettant au Parti de réorganiser ses affaires, bien qu’à des degrés divers.

Ce que le public a essentiellement remarqué durant les quinze derniers mois concernait le corps civil du Parti, à travers la réactivation des institutions éducatives, sanitaires et sociales, ainsi que la relance d’une partie importante du travail organisationnel et de prédication.

En revanche, un corps complet a presque disparu de la scène publique pour passer au travail souterrain ; il a fallu du temps avant que le discours public sur le « corps jihadiste », ou ce que l’on appelle la Résistance, ne s’estompe.

Laissons le corps civil de côté — non pas parce qu’il est moins important, mais parce que ses arrangements ne reflètent pas l’essence de ce qui se passe à l’intérieur du Parti.

La décision la plus importante prise par la direction quelques semaines après le cessez-le-feu était claire : le Hezbollah demeure un mouvement jihadiste possédant des ailes politiques et civiles.

Cela signifie que l’attachement à la Résistance est la base de toutes les étapes qui suivent.

Dès lors, l’effort invisible s’est concentré sur ce que le Parti et l’ennemi ont appelé ensemble la phase de « récupération », bien que le concept de récupération pour le Parti diffère radicalement de celui adopté par l’ennemi.

Concernant cet effort, la direction du Parti a décidé d’adopter une politique d’ambiguïté. Elle a eu besoin d’un temps certain pour imposer une culture nouvelle au sein du corps jihadiste et des autres cercles du Parti, fondée sur la rupture avec de nombreuses règles qui prévalaient avant la « guerre de soutien à Gaza ».

En conséquence, une série de décisions a été prise, dont nous, journalistes, avons ressenti les effets en premier : l’impossibilité de savoir ce qui se passe à l’intérieur du corps jihadiste.

Pas de localisations claires, pas de noms confirmés, aucune possibilité de rencontres ou de communications auparavant accessibles.

La politique d’ambiguïté a exigé l’arrêt de toutes les formes de communication qui avaient permis, durant les deux dernières décennies, d’élargir le cercle d’information du public sur les actions de la Résistance.

Le Hezbollah ne s’estime pas tenu de révéler les nombreuses conclusions des comités d’évaluation ou d’enquête ayant travaillé après l’arrêt de la guerre.

Cependant, la pratique indique que la mesure exécutive la plus marquante a été la consécration de cette ambiguïté, devenue telle qu’il est difficile pour quiconque de prétendre savoir ce qui se passe ou de détenir des informations précises.

Certains partisans du Parti ont mal interprété ce silence, y voyant une preuve d’impuissance ou une absence de récit.

Pourtant, la direction n’a pas cédé à cette pression, insistant sur la même méthodologie, allant jusqu’à sanctionner des membres pour avoir enfreint les nouvelles règles, même pour des fautes mineures comme des discussions dans des cafés ou le fait de parler devant des tiers de sujets liés au Parti.

L’aspect crucial est qu’Israël — qui connaît beaucoup de la mentalité du Parti et dont la dernière guerre a révélé l’étendue des informations sur sa structure et sa capacité à atteindre des sites et des structures sensibles — commence à exprimer une inquiétude croissante jour après jour.

Cela n’a pas poussé le Hezbollah à modifier son plan. Au contraire, l’assassinat du commandant Sayed Haitham al-Tabataba’i (Abou Ali) a conduit à une plus grande rigueur dans l’imposition de l’ambiguïté, déplaçant le Parti vers un niveau supérieur de prudence, au point que les partisans et soutiens doivent accepter le fait qu’il n’est pas nécessaire que quiconque sache ce que fait le corps jihadiste.

Des dirigeants politiques de premier plan au sein du Parti affirmaient d’ailleurs, avec franchise, qu’ils n’étaient pas informés de ce que fait ce corps.

Avec le temps, une règle circule, dont certains dirigeants disent qu’elle a un fondement religieux : « Il ne t’est pas permis de savoir ce que tu n’as pas à savoir ».

Sur cette base, il serait vain d’attendre que quiconque présente une image claire ou une donnée sur ce qu’a accompli le corps jihadiste depuis l’arrêt de la guerre élargie.

Cependant, ce que l’on peut déduire des faits actuels est que l’ennemi, qui possédait auparavant une connaissance étendue de la structure du Parti et de ses forces militaires, ne détient plus aujourd’hui la même maîtrise.

Ce basculement est directement lié au cours de la confrontation actuelle, rendant difficile pour toute partie, que ce soit au Liban ou du côté de l’ennemi, d’estimer comment la situation va évoluer dans les jours et semaines à venir.

D’autant plus que le Hezbollah agit en considérant qu’il est dans une « bataille de correction de l’erreur ».

Ce round ne vise pas seulement à manifester sa solidarité avec l’Iran, malgré la présence de ce facteur, mais reflète surtout l’exploitation de la circonstance régionale pour lancer ce dont son Secrétaire général a averti à plusieurs reprises : la patience du Hezbollah face à l’agression israélienne contre le Liban a des limites.

Quant à la négociation ou à tout processus politique qui pourrait s’ouvrir à tout moment, les estimations n’indiquent pas l’existence d’une chance pour un règlement ordinaire.

‘Israël’, qui se comporte comme le vainqueur de la guerre contre l’Iran, adopte la même logique qu’en Palestine : ce qui n’est pas réalisé par la force peut l’être par davantage de force.

Cela signifie que l’ennemi se dirige vers un relèvement du niveau de son agression contre le Liban, s’appuyant essentiellement sur sa supériorité de feu massive, selon le principe que l’usage de cette force contre les zones qui constituent l’environnement de la Résistance les transformera en élément de pression poussant cette dernière à la concession.

Cependant, cette estimation semble manquer de réalisme. La Résistance, qui a pris la décision de l’affrontement, n’est pas novice dans la lecture de la pensée de l’ennemi.

Elle l’a pratiquée depuis des décennies et a mieux connu son niveau de sauvagerie durant la « guerre de soutien à Gaza» puis la guerre des 66 jours, sans compter ce que sa mémoire garde des scènes de destruction infligées par l’occupation à la bande de Gaza.

Par conséquent, la logique des choses veut que la Résistance mène cette guerre sur une base existentielle : soit elle impose ses conditions par un retour au moins à la situation d’avant le 8 octobre 2023, avec des garanties certaines d’arrêt de tout type de harcèlement ou d’agression par ‘Israël’, soit elle continuera le combat jusqu’à ce que Dieu en décide autrement.

Malheureusement, le pouvoir au Liban ne représente pas une réalité saine lui permettant de jouer un rôle effectif. Même les tentatives de complaire aux Américains, aux Israéliens et à leurs alliés ne le transformeront pas en outil de répression de la Résistance. Dès lors, la question qui se pose aujourd’hui à lui ne concerne pas ce qu’il peut faire, mais ce qu’il ne doit pas faire ; c’est la même question qui se pose à l’armée libanaise et à son commandement.

Lorsque le commandant de l’armée, le général Rodolph Haykal, a discuté de la situation au Liban avec les responsables américains lors de sa dernière visite aux États-Unis, il leur a dit franchement : « Vous nous proposez soit de combattre le Hezbollah et d’entrer en guerre civile, soit qu’Israël mène une guerre contre le Liban. Tandis que nous vous proposons une troisième option fondée sur l’arrêt total de l’agression israélienne, en échange de quoi nous, Libanais, garantissons l’engagement de la Résistance à ne mener aucune action contre Israël, et trouvons un mécanisme pour traiter la question du monopole des armes. »

Aujourd’hui, la réponse est venue clairement : c’est Israël qui mène la guerre. Par conséquent, il incombe à l’armée libanaise qui a accepté le retrait et le non-affrontement de l’agression — ce qui est compréhensible d’un point de vue professionnel — d’informer ceux que cela concerne, au sein du pouvoir à Beyrouth ou à l’étranger, qu’il n’est pas possible de suivre l’ennemi en le laissant mener sa guerre ouverte contre le Liban tout en entrant, nous, dans une guerre civile au service de ses objectifs… sans quoi, tout cela ne reste que des mots.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar