mardi, 03/03/2026   
   Beyrouth 18:47

Pétrole, gaz : la guerre au Moyen-Orient fait planer la menace d’une crise énergétique mondiale

« A court terme, pas de panique », mais après ? L’Asie et l’Europe ont des réserves pétrolières pour amortir les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, mais un conflit prolongé pourrait entraîner des perturbations et des hausses majeures des prix des hydrocarbures.

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran met sous pression le Golfe, région riche en hydrocarbures, dont les prix flambent.

L’Arabie Saoudite est le deuxième producteur mondial de pétrole derrière les États-Unis, l’Iran est dans les dix premiers. Le petit Qatar est 2e exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), derrière les États-Unis également. Koweït, Irak ou Émirats arabes unis sont aussi des producteurs notables.

Au milieu, le détroit d’Ormuz, porte d’entrée du Golfe, est aujourd’hui largement paralysé.

Quelque 20 millions de barils de pétrole, soit environ un cinquième de la consommation mondiale, y transitent quotidiennement et les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis, qui pèsent à deux environ 20% du commerce mondial, doivent aussi y passer.

Asie exposée

Les pays asiatiques sont les plus exposés énergétiquement : 80% du pétrole et près de 90% du gaz transitant par Ormuz leur est destiné, selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE).

La Chine est le principal importateur de pétrole au monde et, selon l’Agence américaine de l’Énergie (EIA), les pays du Golfe représentent près de la moitié de ses importations de brut, avec notamment l’Arabie saoudite (14%), l’Iran (11%), et l’Irak (11%).

L’Inde, qui a besoin de pétrole pour alimenter sa croissance économique, dépend fortement du brut d’Irak et d’Arabie saoudite, d’autant plus que les États-Unis l’ont récemment sommée de limiter les achats de pétrole russe.

Europe vulnérable en matière de gaz

L’Europe est quant à elle moins dépendante du pétrole exporté via Ormuz, en raison de ses approvisionnements diversifiées : États-Unis, Norvège, Afrique, Kazakhstan…

En revanche, elle s’est massivement tournée vers le GNL après la guerre en Ukraine et dépend à 80% de trois grands fournisseurs : les États-Unis, devant la Russie et le Qatar. Ce dernier pèse 8% des importations en GNL de l’UE, selon la Commission européenne.

Or le marché du GNL, qui repose sur un nombre restreint d’acteurs, est sensible aux moindres perturbations.

Comme l’Asie est aussi très gourmande en GNL, l’Europe risque de se retrouver en compétition si elle n’a plus accès au gaz qatarien. « Les prix seront plus élevés, parce que l’Europe [devra] importer un autre gaz qui vient d’ailleurs », explique Adi Imsirovic, directeur du cabinet Surrey Clean Energy, interrogé par l’AFP.

Le prix du gaz selon l’indice de référence européen TTF s’est d’ailleurs envolé depuis le début de la semaine, alors que la compagnie publique Qatar Energy a annoncé lundi suspendre sa production de GNL.

De quoi compliquer le remplissage des réserves pour l’hiver prochain, alors que l’Europe termine cette saison hivernale avec des stocks au plus bas, remplis seulement à 30% fin février.

Marges de sécurité

Techniquement, des routes alternatives, en l’occurrence des oléoducs saoudien et émirati, permettent de contourner le détroit.

Mais, comme le rappelle l’AIE, ces installations ont des capacités « limitées », de l’ordre de 3,5 à 5,5 millions de barils de pétrole par jour. Pour le GNL, il n’y a aucune route alternative.

En revanche, le marché peut dans l’immédiat compter sur d’importantes marges de sécurité.

Les pays membres de l’AIE — une trentaine de pays de l’OCDE, dont la France, le Japon ou les États-Unis — détiennent plus de 1,2 milliard de barils de stocks de pétrole d’urgence, qui peuvent être mis à disposition du marché. En Chine, cette réserve stratégique s’élève à environ 400 millions de barils, selon Kpler, cabinet d’analyse spécialisé dans les matières premières.

« A court terme, pas de panique », résume Adi Imsirovic. « Ce pétrole est là et disponible: tout cela constitue un énorme coussin [de sécurité] pour les prochaines semaines ».

Risque élevé à long terme

Mais la suite est plus incertaine. « L’ampleur des perturbations (…) d’approvisionnement en pétrole et en gaz, ainsi que des réactions de prix, dépendra de la durée des hostilités », indique Simone Tagliapietra, chercheur à l’institut européen Bruegel.

Une guerre de courte durée se traduirait surtout par un surcoût temporaire sur les marchés pétroliers et gaziers, mais une perturbation « sur plusieurs semaines » commencerait à « entamer les stocks, à contraindre la logistique et à resserrer dangereusement les équilibres mondiaux du pétrole et du gaz — avec des effets beaucoup plus marqués sur les prix de l’énergie ».

L’agence de notation Moody’s a dit mardi avoir pour « scénario de référence » un conflit de relativement courte durée, « de l’ordre de quelques semaines », après quoi la circulation dans le détroit reprendra son rythme habituel.