jeudi, 26/02/2026   
   Beyrouth 11:42

Syrie:  Pas de répit pour les violences sectaires : attaque des forces gouvernementales à Jableh

L’opération de sécurité menée hier par des factions affiliées aux autorités de transition dans le village de Kankaro, dans la campagne de Jableh, a ravivé de douloureux souvenirs sur la côte syrienne. Les habitants se souviennent des massacres de mars dernier qui avaient coûté la vie à environ 1 500 personnes.

Des sources locales ont confirmé des victimes civiles lors de l’opération, ainsi que l’arrestation de plusieurs individus, dont un homme a témoigné dans une vidéo après avoir perdu sa femme et son fils. Le ministère de l’Intérieur a annoncé que l’attaque visait le commandant des « Brigades Jawad », affiliées à l’ancien colonel de l’armée syrienne, Souheil al-Hassan.

L’attaque, qui a eu lieu sur l’axe de Qatiliya, a entraîné la fermeture complète des routes menant à la ville de Beit Yashout. Les forces de sécurité ont ensuite pris pour cible une maison appartenant à un habitant du village de Kankaro, dans la ferme d’al-Shazriqa, tuant cinq personnes, dont un ancien officier de l’armée, un membre de la Direction générale de la sécurité et trois civils, parmi lesquels une femme âgée.

Attaque sans affrontement

Les tirs d’artillerie ont été largement entendus dans toute la région. Alors que le ministère de l’Intérieur annonçait le succès de son opération et faisait état d’affrontements, des sources locales, s’exprimant auprès d’Al-Akhbar, ont nié tout affrontement. Elles affirmaient que des factions loyales aux autorités de transition ont bombardé violemment une maison, ainsi que des maisons voisines, qui ont subi des dégâts plus ou moins importants.

Dans le village de Beit Alouni, les forces de sécurité ont pris d’assaut des maisons suite à un signalement d’un notable local à la Direction générale de la sécurité concernant la présence d’un capitaine récemment rentré du Liban. Au cours du raid, l’officier a été tué et un jeune homme blessé, ancien lieutenant de l’armée du régime, a été arrêté. Une vague d’arrestations a suivi, visant au moins quatre autres jeunes hommes blessés, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Augmentation des crimes sectaires

Cette opération, et l’escalade de violence dont elle a fait l’objet, ciblant des civils, ont coïncidé avec une nette augmentation des crimes sectaires dans les régions du centre et du littoral, et avec ce que les citoyens ont qualifié de « campagne de diffamation des victimes ».

Dans ce contexte, le Bloc national syrien (une coalition de forces d’opposition syriennes) a condamné l’assassinat de l’enseignante Iman Matanios Gerges à Homs, le qualifiant de « grave violation du droit à la vie et de preuve de l’incapacité du pouvoir de facto à protéger les civils et à assurer leur sécurité ».

Le Bloc a également dénoncé « la diffusion délibérée de rumeurs par le pouvoir de facto dans le but de ternir la réputation de la martyre et de justifier son assassinat ».

Par ailleurs, il a condamné les attaques visant des villages de la campagne de Jableh, où des habitations civiles ont été prises pour cible par des tirs d’armes lourdes dans les villages de Beit Shah, Kankaro, Beit Alouni, Al-Shazriqa, Al-Daliya, Beit Aana et à l’ouest de Hammam Al-Qarahla. Elle a indiqué que cela constituait « un crime grave, une violation flagrante de la loi et une menace directe pour la vie des résidents », tenant pour responsable « l’autorité de facto », selon ses termes.

30 civils tués à Homs depuis début 2026

L’organisation Sin for Civil Peace a annoncé dans un communiqué avoir recensé, depuis le début de l’année, la mort de 30 civils et les blessures de 38 autres, dont quatre femmes, deux enfants et une personne malvoyante, à Homs. Elle a souligné que ces pertes de vies humaines, continues dans une province « sous contrôle sécuritaire total et déclaré », ne sauraient être considérées comme de simples incidents isolés, car elles relèvent de la négligence et engagent la responsabilité juridique et politique.

L’organisation a exigé la démission du gouverneur de Homs et des responsables de la sécurité de la province, avertissant que ces événements ne constituent pas des cas isolés, mais plutôt un schéma inquiétant de défaillance sécuritaire et de ciblage sectaire. Elle a affirmé qu’il existe de sérieux indices de l’implication d’éléments des ministères de l’Intérieur ou de la Défense, que ce soit par participation directe, facilitation ou absence d’intervention. Exigeant une enquête indépendante et transparente, elle a fait remarquer que certains des instigateurs sont connus et incitent ouvertement à la violence par le biais de haut-parleurs installés dans certaines mosquées.

Des déplacements forcés des Alaouites

L’organisation « Syriens pour la vérité et la justice » a publié un rapport documentant les déplacements massifs et forcés d’habitants de villages majoritairement alaouites situés dans la campagne nord de Hama, notamment à al-Zaghba, Maryoud, al-Talisiya, Ma’an, al-Fan et Abu Mansaf. Le rapport fait état de la confiscation généralisée de leurs terres et de leurs maisons, ainsi que de l’empêchement de leur retour. S’appuyant sur des preuves de terrain et des témoignages oculaires, le rapport révèle que les habitants ont fui sous la pression d’une attaque militaire surprise menée à l’aide de drones suicides Shaheen, provoquant une panique générale et les contraignant à abandonner leurs maisons et leurs biens, fuyant pour sauver leur vie.

Selon les témoignages, les habitants ont été empêchés de rentrer chez eux par des menaces directes et un manque de protection, tandis que leurs propriétés étaient pillées à grande échelle. Cela s’est produit après l’effondrement du système de défense du régime syrien et la prise de contrôle de leurs zones par des factions participant à l’opération « Dissuasion de l’agression » le 8 décembre 2014. Ces opérations ont évolué du pillage individuel à la prise de contrôle organisée par le biais d’entités nouvellement créées telles que « Iktifaa Company », une entité d’investissement agricole basée à Idlib.

Source : Médias