jeudi, 26/02/2026   
   Beyrouth 11:07

Proposition d’une monnaie numérique gazaouie : les USA parachèvent le génocide économiquement

Par Youssef Fares

Les plans israélo-américains pour l’avenir de la bande de Gaza ne cessent de proliférer. Cette enclave est devenue, depuis l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », un nœud ancré dans les préoccupations sécuritaires israéliennes, sans perspective de solution réelle.

La dernière trouvaille en date de ce qu’on appelle le « Conseil de la Paix » consiste à discuter de la création d’une monnaie numérique cryptographiée, indépendante et propre à la bande de Gaza.

Cette proposition se présente, selon la promotion qui en est faite, comme une solution à la crise de liquidités aiguë dont souffre Gaza, conséquence de l’interdiction par l’occupation de l’entrée de billets de banque depuis le déclenchement de la guerre le 7 octobre 2023.

Selon le journal Financial Times, qui a révélé ces informations dans un rapport détaillé publié avant-hier, l’investisseur technologique Liran Tankman, lié au bureau de coordination des activités du gouvernement d’occupation dans les territoires occupés (COGAT), mène les efforts visant à appliquer cette idée, sachant qu’il officie actuellement en tant que conseiller bénévole auprès du « Conseil de la Paix ».

Il convient de noter ici que le shekel israélien est la principale monnaie circulante pour les transactions quotidiennes sur les marchés palestiniens, entre les institutions gouvernementales et le secteur privé, et reste la devise dans laquelle sont versés les salaires des fonctionnaires et de la majorité des employés du privé.

L’usure des billets en circulation, couplée au refus des autorités d’occupation de les renouveler, a conduit à une dégradation du stock monétaire dans la bande, poussant les Gazaouis à s’appuyer sur des solutions alternatives, notamment les achats et transactions via des applications bancaires et des portefeuilles électroniques.

Le journal cite Tankman lors d’un événement à Washington : « La reconstruction de Gaza nécessite la restauration de sa connexion numérique et économique ».

Il a présenté une vision pour la création d’une « colonne vertébrale numérique sécurisée » permettant les paiements électroniques, l’éducation et les services financiers, parallèlement à un système logistique calqué sur les grandes plateformes de commerce mondiales comme « Amazon ».

Cependant, ce projet — présenté comme une solution créative à la crise monétaire dans la bande — cache, selon des estimations économiques, des objectifs bien plus dangereux.

L’expert économique Mohammad Abou Jayyab estime que nous sommes « face à l’édification d’un système financier aux dimensions sécuritaires, dont le but est d’imposer une hégémonie économique contrôlant les rouages et les articulations de la vie économique à Gaza ».

Cela implique une « mise à nu de la vie privée du citoyen palestinien et des détails les plus fins de sa vie économique et sociale, voire la possibilité de manipuler ultérieurement son comportement de consommation et de définir les trajectoires de la dépense publique en termes de méthodes, de ciblage des marchandises et de sécurisation des besoins ».

Abou Jayyab ajoute, dans un entretien à Al-Akhbar, que ce système vise à assécher ce qui est appelé le « financement du terrorisme » et des factions palestiniennes, et à empêcher le financement de ce qui est défini récemment comme « la pensée hostile à la coexistence et à la paix », en utilisant tous les outils occidentaux sans condition ni restriction, tout en cherchant à atteindre des objectifs et des stratégies qui étaient autrefois un rêve inaccessible pour l’occupation et un certain nombre de régimes dans la région.

Dans le même contexte, l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme (basé à Genève) a mis en garde, dans un communiqué, contre la transformation de ces « portefeuilles numériques » évoqués par le « Conseil de la Paix » en une « nouvelle génération d’armes de génocide silencieux à Gaza ».

Il a souligné l’existence de plans israélo-américains pour remodeler la bande de Gaza comme un espace « dépouillé de sa souveraineté financière », en la dépossédant de sa monnaie fiduciaire et en imposant une transition forcée vers un modèle d’économie numérique dont les clés sont détenues par des parties extérieures alliées à ‘Israël’.

Cela transformerait l’accès à l’argent et aux transactions de base d’un droit inhérent en un privilège révocable. L’Observatoire a averti que « ce projet prend en otage la nourriture, les médicaments et le logement au profit de décisions sécuritaires et d’estimations militaires, dans le cadre d’une ingénierie forcée visant à remodeler la vie quotidienne et à pousser la population vers des voies de paupérisation et de déplacement gérées par la technologie ».

Il a également souligné que le nom du chef du projet, Tankman, a déjà été associé au processus de création et de gestion de la « Fondation Humanitaire de Gaza », responsable du martyre et de la blessure de centaines de Palestiniens alors qu’ils tentaient de recevoir des aides humanitaires et alimentaires à des points de distribution supervisés par Washington et Tel-Aviv, jouant ainsi un rôle dans « l’ingénierie de la famine » à Gaza.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar