mardi, 24/02/2026   
   Beyrouth 16:51

Une libanaise et un Palestinien à la Berlinale . « Les enfants du Liban et de Gaza ne sont pas négociables » « Libérez la Palestine d’ici la fin du monde »

Comme dans la réalité où le destin géopolitique a voulu que le sort des Libanais soit lié à celui des Palestiniens, comme deux jumeaux, la cause de leur peuple s’est invitée à tous les deux dans la 76eme Berlinale, le festival de film international organisé à Berlin la semaine passée. Non sans provoquer des tensions comme cela peut être prévisible en Allemagne où l’emprise sioniste est pesante. Mais les deux réalisateurs des deux films libanais et palestinien ont finalement eu gain de cause en faveur de leur cause.

La Libanaise, Marie-Rose Asta en recevant l’Ours d’or pour son court-métrage de 27 minutes « Un jour, un enfant » n’a pas seulement parlé des enfants du Liban mais aussi de ceux de Gaza. « Je me tiens devant vous habitée par deux femmes. Une cinéaste reconnaissante… et une citoyenne libanaise, témoin, qui ne peut se taire. »

« Aucun enfant ne devrait avoir besoin d’un miracle« 

Elle a présenté son film : « J’ai réalisé un film sur un enfant doté de pouvoirs surhumains qui abat deux avions de guerre israéliens parce que leur rugissement perturbait son sommeil. Voilà ce que fait l’imagination cinématographique : elle donne aux plus vulnérables le pouvoir de renverser la situation. »

D’une voix sure mais émue, Rose-Marie a tenu à voir ensemble le sort des enfants libanais et ceux de Gaza. 

« Mais en réalité, les enfants de Gaza, de toute la Palestine et de mon pays, le Liban, ne possèdent pas de pouvoirs surhumains pour les protéger des bombes israéliennes, des bombes dont les images sont diffusées en boucle sur vos écrans depuis plus de deux ans. (Applaudissements) Quatre enfants ont été tués au Liban hier encore. Et le cessez-le-feu continue d’être violé à Gaza et au Liban. Aucun enfant au monde ne devrait avoir besoin d’un miracle pour survivre à un génocide alimenté par les vetos, le silence… et l’effondrement du droit international.

Et Rose-Marie de conclure : « Si cet « ours » a une signification qui dépasse ma satisfaction personnelle, sa signification doit être simple et claire : les enfants du Liban et de la Palestine ne sont pas négociables ».

« L’Allemagne est partenaire dans le génocide« 

Après Osta, c’est le réalisateur palestino-syrien Abdallah Al-Khatib qui est monté en scène. « Un évènement en soi », selon le correspondant d’al-Akhbar en Allemagne.

Ayant remporté le prix du meilleur documentaire pour son film « Chroniques du temps de siège », il arborait le drapeau palestinien.

Assurant qu’un jour sa patrie sera libérée et un festival cinématographique y sera organisé à Gaza et dans les autres villes, il a enchainé : « Certains m’ont dit : « Peut-être devriez-vous faire attention avant de dire ce que je veux dire maintenant, car vous êtes un réfugié en Allemagne, et il y a tellement de lignes rouges. » Mais je m’en fiche. Ce qui m’importe, c’est mon peuple et ma patrie la Palestine », a déclaré Khatib, debout sur scène, un keffieh drapé sur l’épaule, brandissant un drapeau palestinien à la fin de son discours.

Et d’accuser l’Allemagne d’être « complice du génocide perpétré par Israël à Gaza. « Je pense que vous êtes assez intelligents pour être conscients de cette vérité mais vous avez choisi de ne pas vous intéresser »

Il a surtout conclu son discours par un appel vibrant : « Libérez la Palestine d’ici la fin du monde ! ».

Rompre le silence

Son film n’est pas seulement le récit d’un lieu, mais celui d’une condition existentielle qui se répète, une redéfinition de la mémoire collective palestinienne et de l’expérience de la diaspora, selon al-Akhbar.

Mais le ministre allemand de l’Environnement, Carsten Schneider, présent dans la salle, a quitté les lieux après ses propos par protestation. Une position qui a été aussitôt saluée par l’ambassadeur d’Israël, Ron Prosor.

Plusieurs autres lauréats ont profité de leurs discours pour exprimer leur solidarité avec les Palestiniens, rapporte l’agence Reuters.

« Le moins que nous puissions faire, c’est de rompre le silence et de leur rappeler qu’ils ne sont pas vraiment seuls », a déclaré le cinéaste turc Emin Alper, en référence aux Palestiniens vivant à Gaza et aux autres peuples du monde.

Selon le correspondant d’al-Akhbar, cette rencontre de dix jours a été marquée par une ouverture polémique due aux déclarations du réalisateur Wim Wenders et président du jury sur la séparation entre l’art et la politique. Ce qui a soulevé un tollé parmi les invités et certains réalisateurs se sont retirés en solidarité avec la Palestine. Si ce n’est l’intervention de la directrice du festival, Tricia Tuttle, qui a publié un long communiqué dans lequel elle assure que « les artistes sont libres de s’exprimer, de protester, de prendre la position qu’ils jugent adéquate, et le festival ne peut leur demander le contraire. »

Durant le festival, 81 réalisateurs, acteurs et producteurs de renommée internationale ont signé une lettre critiquant le silence du Festival international du film de Berlin concernant les attaques israéliennes contre Gaza et son incapacité à défendre la liberté d’expression des artistes qui s’expriment sur cette question.

Finalement, un communiqué officiel de la direction du festival a réaffirmé la liberté d’expression.

Curieusement, cette liberté d’expression sérieusement étouffée en Occident aura eu besoin de la cause palestinienne pour prendre un souffle.

Source : Divers