samedi, 21/02/2026   
   Beyrouth 14:06

La fin des FDS a été scellée par les contradictions kurdes et l’abandon américain

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont-elles fondé leur pari sur l’idée que les intérêts américains convergent avec la vision israélienne de fragmenter les pays en petits États plus faciles à gouverner et dont le destin peut être manipulé par l’exploitation des diversités sectaires et ethniques ?

Certaines factions kurdes en Syrie ont peut-être fait preuve de confusion, misant sur une autonomie susceptible de donner naissance à une région syrienne diversifiée, fondée sur un idéal démocratique inspiré de la vision d’Abdullah Öcalan. Elles savaient pourtant que ce dernier avait exhorté le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à déposer les armes et à rejoindre l’État turc, par crainte d’une scission du pays conforme à la vision israélienne.

Il semble que les FDS aient commis une erreur d’appréciation et n’aient pas saisi les intérêts américains, ni la manière dont les États-Unis abandonnent leurs alliés au gré de l’évolution de leurs intérêts. Le soutien de Washington aux FDS visait initialement à imposer un blocus à l’ex-président syrien déchu Bachar al-Assad et à contrôler les prisons de Daech (EI), mais à présent, Washington n’a plus besoin d’acteurs non étatiques, étant allié à ceux qui contrôlent la Syrie et ses représentants au pouvoir, ainsi qu’à ceux qui ont un intérêt direct à l’unité syrienne, à savoir la Turquie.

Quelle est donc la position actuelle des FDS ? Et comment et pourquoi les dirigeants de Qandil accusent-ils Erbil de jouer un rôle contre elles ?

Les FDS vers l’intégration

Le projet des Forces démocratiques syriennes traverse une phase de transition majeure, à savoir la transformation d’une « autorité de facto » en une intégration progressive aux institutions du nouvel État syrien sous la direction du gouvernement de transition. Les accords de février 2026, pour mettre fin au conflit armé et réguler les relations avec le gouvernement central de Damas, se sont basés sur le document fondateur qui a établi un cadre pour un cessez-le-feu et une intégration aux institutions étatiques sous l’égide internationale.

L’accord du 18 janvier 2026 annonçait une « intégration complète », incluant un cessez-le-feu global et immédiat sur tous les fronts, tandis que le commandant des FDS, Mazloum Abdi, soulignait la nécessité d’intégrer toutes les institutions d’autonomie administrative à la structure de l’État syrien.

Les demandes turques exaucées

On peut dire que la Turquie a atteint une grande partie de ses objectifs stratégiques, et l’acceptation par les FDS de leur intégration à l’État syrien constitue un « tournant historique », car elle met fin à l’idée d’une entité kurde indépendante à ses frontières.

La Turquie et le gouvernement syrien insistent sur une procédure de vérification de sécurité rigoureuse pour les membres des FDS afin d’exclure les personnes affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) des nouvelles institutions militaires. La Turquie a qualifié les accords de « positifs », mais a stipulé que leur pleine mise en œuvre et le retrait des formations militaires à l’est de l’Euphrate sont des conditions préalables à l’ouverture des points de passage frontaliers.

Le projet « FDS » a fait l’objet d’une liquidation administrative et d’une intégration militaire, les formations militaires étant retirées à l’est de l’Euphrate comme étape préliminaire à leur redéploiement au sein de l’armée syrienne.

Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé la clôture du processus de régularisation des membres des FDS en mars 2026, mettant ainsi fin au statut légal de ces forces. La coalition internationale dirigée par les États-Unis avait déjà suspendu son soutien financier direct aux FDS (salaires et entretien des armements) début 2026, limitant son implication aux seules opérations logistiques conjointes.

La défection des tribus arabes

Il ne fait aucun doute que les combats dans les zones majoritairement arabes et à Deir Ezzor ont entraîné la défection d’un grand nombre de combattants arabes qui ont ensuite rejoint les « Forces de combattants tribaux » ou exigé l’entrée en scène des forces gouvernementales syriennes.

La politique des FDS à l’égard des dirigeants locaux a engendré une perte de confiance, conduisant à la perte de contrôle de zones stratégiques à l’est de l’Euphrate en seulement 48 heures lors de certains conflits.

Des désaccords internes sont également apparus entre les cadres de Qandil (c’est-à-dire le Parti des travailleurs du Kurdistan irakien) et la direction kurde syrienne. Parallèlement, les autorités locales, menées par Mazloum Abdi, œuvraient pour une solution politique au conflit. Du fait de ces divisions et de la perte de leurs alliés arabes, les forces restantes des FDS se sont retrouvées cantonnées dans les zones majoritairement kurdes (Qamichli, Kobané et Hassaké), où elles se composent des Unités de protection du peuple (YPG) et des Unités de protection des femmes (YPJ). Ces divisions ont terni l’image des FDS en tant qu’alliance interethnique et affaibli leur position de négociation avec le nouveau gouvernement syrien, les contraignant à accepter de céder une part importante de leur souveraineté. 

Erbil contre les FDS.

Certains dirigeants de l’Administration autonome accusent Mansour Barzani, à Erbil, de privilégier ses intérêts turcs à l’unité kurde. Ils estiment que le silence d’Erbil, ou sa coordination sécuritaire avec Ankara, a facilité les opérations militaires turques qui ont affaibli les FDS. Ces dernières tiennent le gouvernement régional du Kurdistan irakien pour responsable de l’étau qui se resserre autour d’elles, notamment par le contrôle du point de passage de Semalka, unique voie d’accès au reste du monde pour le nord-est de la Syrie, dont les fermetures répétées sont perçues comme une trahison.

Les FDS estiment que Barzani a soutenu le Conseil national, qui s’oppose à sa politique et est proche de la Turquie, afin de créer une alternative politique, ce qui a conduit à une scission au sein du Kurdistan syrien et empêché la formation d’un front unifié contre Damas et Ankara.

À l’inverse, Barzani estime que les FDS portent la responsabilité d’avoir refusé d’autoriser l’entrée des Roj Peshmergas, des combattants kurdes syriens formés dans la région pour aider à protéger les zones kurdes, et d’avoir insisté pour monopoliser les armes et la prise de décision.

Erbil s’impose comme le seul représentant légitime et internationalement reconnu des Kurdes dans la région, tandis que l’influence des FDS a diminué à mesure que leurs institutions ont été intégrées à l’État syrien. Erbil maintient les forces peshmergas comme une force régulière et constitutionnelle, ce qui lui confère un poids sécuritaire plus important dans l’équation régionale.

Conflit entre CNK et PKK

Erbil a renforcé sa position de « médiateur acceptable » entre Ankara et la composante kurde syrienne. La ville s’efforce actuellement de donner plus de pouvoir à l’ancien Conseil national kurde (CNK), parti d’opposition, au sein des nouvelles structures politiques syriennes, au détriment de l’influence du Parti de l’union démocratique (PYD). Erbil demeure le pilier économique de Qamichli, car le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), dirigé par Barzani, contrôle le poste frontière de Semalka, un moyen de pression utilisé pour garantir que Qamichli reste à l’abri de l’influence du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le modèle de « décentralisation administrative » est promu en Syrie comme une alternative au projet d’« autonomie administrative » indépendante, une proposition qui bénéficie d’une acceptation relative à Damas et en Turquie, ce qui place Qamichli dans une position subordonnée à la vision politique d’Erbil.

Le renoncement de Washington.

Le retrait américain accéléré et le transfert des bases au gouvernement de transition syrien en février 2026 ont stupéfié les dirigeants et les soldats des FDS, face à la décision de Washington de remplacer son partenariat avec les Kurdes par un nouveau, avec le président intérimaire Ahmed al-Charaa. Le transfert de la base stratégique d’al-Chaddadi à l’armée syrienne le 15 février 2026, suite à une coordination directe entre Washington et Damas, a été perçu comme la preuve de cet abandon.

Les FDS accusent les États-Unis d’avoir exercé de fortes pressions pour qu’elles acceptent les accords des 18 et 30 janvier 2026, qui prévoient l’intégration de leurs forces au sein du ministère syrien de la Défense. Les FDS estiment que ces pressions répondaient aux exigences turques et visaient à garantir la stabilité du gouvernement de transition au détriment de l’autonomie de l’Administration autonome. Washington n’a pas garanti la protection de l’Administration autonome en tant qu’entité politique, mais s’est uniquement concentré sur l’intégration de ses institutions militaires et de sécurité au sein d’un État unifié.

Les déclarations de l’envoyé spécial américain en Syrie, Tom Barrack, ont exacerbé ces sentiments, car il a indiqué que Washington « facilitait un transfert historique de pouvoir » au nouveau gouvernement syrien, ce que les FDS ont interprété comme une marginalisation flagrante de leurs objectifs.

Par Hoda Rizq

Source : al-Mayadeen