mardi, 17/02/2026   
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L’effacement de la « Ligne 67 » : Vers une annexion totale de la Palestine occupée

Par Ayham al-Sahni

Le gouvernement d’occupation israélien a franchi une nouvelle étape décisive dans sa politique d’expansion. Le lundi 16 février, un plan de colonisation d’envergure a été approuvé, prévoyant notamment la construction de 2 780 unités coloniales dans le nord d’AlQods occupée. Officiellement, ce projet vise à étendre la colonie de « Adam », mais ses implications vont bien au-delà d’un simple agrandissement urbain.

Une continuité géographique au-delà des frontières de 1967

Ce nouveau plan modifie radicalement la géographie de la région en créant un lien physique entre les nouveaux quartiers et les colonies existantes, particulièrement celles habitées par les Haredim à Neve Ya’akov.

Objectif : Étendre le contrôle de la municipalité d’AlQods occupée par « Israël » au-delà des lignes de 1967.

Infrastructure : Bien qu’un projet de pont soit prévu, le nouveau quartier sera édifié sur des terres proches de la colonie d’Adam, sans route directe actuelle vers Neve Ya’akov.

Cette décision s’inscrit dans un cadre plus vaste validé le 8 février, visant l’annexion politique et sécuritaire de la Cisjordanie. Désormais, l’Administration civile étend son pouvoir aux zones A et B (40 % de la Cisjordanie), théoriquement sous gestion palestinienne selon les accords d’Oslo. Sous couvert de protection du patrimoine ou de l’environnement, « Israël » peut désormais ordonner démolitions et arrêts de chantiers dans ces zones, un pouvoir auparavant restreint à la seule zone C.

Le cadastre comme outil d’expropriation définitive

Pour la première fois depuis 1967, un mécanisme de transfert de propriété à l’« État d’Israël » est mis en œuvre via l’enregistrement des terres palestiniennes au cadastre israélien (Tabu).

Conséquence juridique : Une fois enregistrée, la propriété devient incontestable devant les tribunaux ou la Cour suprême israélienne, bloquant tout recours futur des propriétaires palestiniens.

En appliquant ses propres lois aux territoires de 1967, le gouvernement occupant traite l’ensemble de la Palestine mandataire comme un territoire unique appartenant à l’entité créée en 1948. À terme, cette logique pourrait mener à l’expulsion de tous ceux n’ayant pas la qualité de « citoyen ».

Colonisation accélérée : L’après 7 octobre

Si la stratégie du « plus de terres et moins de Palestiniens » est une constante depuis la Nakba, le rythme s’est brutalement accéléré après le 7 octobre 2023. Le chercheur Khalil al-Tafakji alerte sur plusieurs projets menaçant l’équilibre démographique d’AlQods :

« Jurat al-Naqqa », « Silicon Valley », et le « Parc national ».

Le cas de Beit Safafa : ce village est désormais morcelé en quatre sections isolées, encerclé par la colonie de Gilo (la plus grande d’AlQods) et le nouveau projet « Givat Shaked » (3 500 logements et 1 100 chambres d’hôtel).

Le crépuscule de la solution à deux États

Trente ans après les accords d’Oslo, le rêve d’un État palestinien avec AlQods-Est pour capitale semble s’éteindre sous le poids des chiffres :

1992 : 172 colonies, 248 000 colons.

2023 : 444 colonies et avant-postes, 950 000 colons.

L’opposition à un État palestinien est désormais gravée dans le marbre législatif avec la résolution de la Knesset du 17 juillet 2024, et ce, malgré le soutien de l’Assemblée générale des Nations Unies à l’adhésion pleine de la Palestine (143 voix pour).

Un rôle contesté pour l’Autorité palestinienne

L’article souligne que l’occupation a réduit l’Autorité palestinienne au rôle d’une simple « municipalité » de sécurité, illustré par les récents événements à Tammoun. Face à ce constat, une alternative émerge : obliger « Israël » à assumer pleinement ses responsabilités de puissance occupante (santé, éducation, infrastructures) pour les populations des territoires de 1967, lui faisant ainsi porter le coût réel de sa politique.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar