Depuis la reprise des hostilités en juillet, les forces yéménites de Sanaa multiplient les frappes de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, en riposte à l’offensive qu’elle a déclenchée pour soutenir de factions yéménites supplétives dans leurs combats terrestres. Selon leur porte-parole le général Yahia Saree, l’Arabie saoudite a lancé plus de 2.000 raids et attaques de missiles sur le sol yéménite.
Depuis début septembre, elles ont multiplié les frappes aussi bien contre les sites énergétiques du premier exportateur mondial de brut que des aéroports, dont celui de Riyad, ciblé à 20 reprises en octobre. Leurs projectiles peuvent aussi atteindre le détroit de Bab el-Mandeb qui commande, au sud de la mer Rouge, l’accès au canal de Suez.
Jeudi, cinq missiles des forces de Sanaa ont frappé le siège du gouvernement pro saoudien à Aden, y frappant notamment un QG de la coalition dirigée par Riyad. Des Yéménites et des Saoudiens figuraient parmi les 5 tués et 16 blessés.
A l’origine de cette campagne, après quatre ans de trêve dans le conflit yéménite déclenché en 2014, le bombardement saoudien en juillet de l’aéroport de Sanaa, la capitale yéménite, pour maintenir le contrôle de l’espace aérien par Riyad et le blocus imposé depuis 2015.
Ce que Sanaa refuse, imposant l’équation « blocus contre blocus et escalade contre escalade ». Ses forces ont imposé un blocus naval aux navires saoudiens en mer Rouge.
Le ministre de la Santé et de l’Environnement à Sanaa, a annoncé vendredi que « le bilan de l’escalade saoudienne du 3 septembre au 5 octobre 2026 a atteint 427 martyrs et blessés.
Depuis 2015, « le bilan cumulé déclaré des victimes de l’agression saoudienne est passé à 53 215 martyrs et blessés, dont 16 349 martyrs », a ajouté le ministre.
L’arsenal de Sanaa
L’AFP a rapporté l’avis d’experts sur l’arsenal de Sanaa.
C’est « un mélange de systèmes saisis lors de la prise de Sanaa en 2014, de systèmes complets introduits clandestinement, ou encore d’équipements fabriqués par le groupe lui-même à partir de composants — eux aussi introduits illégalement au Yémen, principalement via la mer d’Arabie », explique Niranjan BS, analyste de systèmes d’armes stratégiques pour la société de renseignement britannique Jane’s.
Selon la base de données Military Balance, les forces de Sanaa disposent de plusieurs types de missiles balistiques de moyenne portée (1.000 à 3.000 kilomètres), dont plusieurs dérivés de modèles iraniens.
Elles ont aussi des missiles balistiques à courte portée, comme le missile antinavire Asef (ou Asif), équivalent du Khalij Fars iranien, rappelle le centre de recherche Wilson Center.
Le groupe militaire a aussi une gamme de missiles de croisière avec la série des Quds, dont la version 4 a une portée maximale de 2.000 kilomètres, selon le Wilson Center.
Enfin, ils disposent de toute une gamme de drones, aériens – dont la gamme Samad a une portée de plus de 1.300 km – ou navals, dont certains sont des « copies locales » de modèles iraniens, souligne Niranjan BS.
Des armes grâce à l’IA et la Chine
Les forces de Sanaa sont également soupçonnées d’essayer d’améliorer l’efficacité de leurs armes grâce à l’IA.
Dans un rapport en septembre, Anthropic a annoncé avoir identifié une cellule menant trois programmes de développement d’armes dans le nord du Yémen et utilisant Claude Code à la place d’ingénieurs « pour développer le logiciel de guidage, de navigation et de contrôle (GNC) qui pilote et stabilise un véhicule volant ».
Le groupe est aussi soupçonné d’essayer de se fournir en Chine ou en Russie.
En juin 2024, le département du Trésor américain a évoqué le cas d’un homme soupçonné d’être affilié aux forces de Sanaa, mais basé en Chine et jouant « un rôle clé dans l’acquisition de matériaux permettant aux forces houthies de fabriquer des armes conventionnelles avancées à l’intérieur du Yémen ».
Aide de l’Iran et autosuffisance
Selon le Middle East Institute, rapporte l’AFP, « l’Iran a fourni une assistance militaire cruciale aux Houthis, notamment par la livraison de missiles et systèmes de drones ».
Leurs composants « sont conçus et fabriqués en Iran, puis acheminés clandestinement au Yémen (…) où ils sont assemblés », souligne le centre de recherche dans un rapport.
Toutefois, les Houthis « ne sont pas des supplétifs de l’Iran. Ils se considèrent comme des partenaires de Téhéran et non comme des intermédiaires agissant pour son compte », rappelle l’analyste israélien Danny Citrinowicz.
« Les Iraniens disposent d’une présence solide au Yémen », via la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures, qui « conseille mais ne décide pas », a-t-il récemment expliqué lors d’un colloque de la Fondation Jean-Jaurès à Paris.
Des experts ont assuré pour l’agence Reuters que l’Iran a aidé Ansarullah à atteindre un niveau avancé dans la production et l’utilisation d’armes sophistiquées, approchant ainsi l’autosuffisance, et a contribué à développer une expertise militaire et industrielle locale difficile à démanteler même en cas de perturbation des voies d’approvisionnement directes.
Source : Divers
