jeudi, 15/10/2026   
   Beyrouth 10:31

Une décennie d’échec saoudien au Yémen

Raid saoudien contre Sanaa (Illustration)

Par Luqman Abdallah

L’échec du renseignement saoudien au Yémen constitue l’un des aspects les plus marquants de la série de revers qui a accompagné le cours de la guerre depuis son déclenchement en 2015.

Par cet échec, on ne désigne pas seulement la répétition de failles tactiques et de terrain, ni le fait de tomber dans des pièges ou des opérations de désinformation menées par Ansarullah; les États-Unis eux-mêmes n’ont pas été à l’abri de telles lacunes lors de leurs campagnes aériennes sur le pays.

Cependant, bien que plus d’une décennie s’est écoulée depuis le début de la guerre, le Royaume reste incapable de surmonter cet échec du renseignement ou de bâtir un système susceptible d’offrir une compréhension précise des complexités de la scène yéménite, de ses évolutions sur le terrain et des rapports de forces réels.

Certains attribuent cette situation à une posture de supériorité envers le Yémen, laquelle a conduit à sous-estimer les capacités et le potentiel de ce dernier.

Concernant la dernière bataille, on ne peut prétendre que l’Arabie saoudite a été prise par surprise. En effet, durant plusieurs semaines avant son déclenchement, la direction de Sanaa n’a cessé d’adresser des avertissements publics, ainsi que d’autres par l’intermédiaire de médiateurs, signifiant que le refus continu de mettre en œuvre la « feuille de route » pousserait à l’imposer par la force militaire.

Quant aux capacités et préparatifs militaires, les mois ayant précédé la guerre ont été témoins de larges mouvements yéménites en matière de recrutement et d’entraînement, tandis que des manœuvres ont été menées à travers tout le pays, incluant la simulation de tactiques utilisées ultérieurement lors des combats, et en s’appuyant sur les mêmes types d’armes apparus dans les affrontements actuels.

Selon un rapport du New York Times, Tarek Saleh avait alerté Riyad, quelques semaines avant la chute de la côte, au sujet des mouvements militaires qui menaçaient les positions de ses forces, prévoyant qu’Ansarallah progresserait en direction du détroit de Bab el-Mandeb et réclamant l’octroi d’un soutien aérien saoudien ainsi qu’un appui technique pour contrer les communications des forces assaillantes.

Le rapport a également confirmé que des responsables américains avaient fourni à l’Arabie saoudite des informations de renseignement allant dans le même sens.

L’échec du renseignement saoudien ne se limite pas à l’incapacité d’évaluer l’ampleur des mobilisations militaires, mais s’étend à la non-assimilation de l’évolution des industries militaires yéménites, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.

Bien que les alliés du Royaume soient parvenus à intercepter certaines cargaisons transportant des composants liés au développement de missiles ou roquettes, de drones et de technologies de renseignement, Riyad a négligé l’ensemble de ces éléments.

De même, l’Arabie saoudite, qui a réussi à s’attacher des forces salafistes du Sud comme Les Géants (Al-Amaliqa) et en a créé d’autres avec à leur tête Le Bouclier de la Patrie (Dir’ Al-Watan), n’est pas parvenue, en fin de compte, à préserver le réseau d’alliances que les Émirats avaient édifié au cours des dernières années.

Quant au dysfonctionnement majeur de la stratégie saoudienne, il réside dans le fait de continuer à miser sur le parapluie américain, malgré les expériences répétées qui en ont révélé les limites.

Et bien que l’abstention de s’investir pour soutenir le Royaume dans la bataille actuelle fût une éventualité fort probable — compte tenu de l’implication de Washington dans une guerre avec Téhéran et de son incapacité à prendre le risque de s’engager dans un autre conflit (ce qui s’applique également aux Européens, pour des raisons liées aux craintes d’un élargissement du conflit et aux coûts d’une telle implication) —, l’Arabie saoudite n’a pu jusqu’à présent renoncer à s’en remettre aux États-Unis, bien qu’elle ait entamé depuis un certain temps des tentatives de diversification de ses partenariats stratégiques.

Source : Médias