samedi, 10/10/2026   
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Institut israélien d’études de sécurité nationale : un décalage entre la supériorité militaire et les succès stratégiques

Trois ans après le 7 octobre, l’Institut israélien d’études de sécurité nationale (INSS) a présenté son évaluation de l’équilibre des pouvoirs actuel dans la région et de la situation de sécurité nationale d’Israël.

Cette évaluation repose sur un paradoxe fondamental : malgré d’importants succès militaires et opérationnels, Israël n’a pas réussi à les traduire en une victoire stratégique décisive, en une soumission ou en un cadre politique et sécuritaire stable. Bien qu’ayant démontré une supériorité militaire et technologique et infligé des dommages considérables aux capacités de ses adversaires, Israël n’a pas encore concrétisé ces acquis en une sécurité à la hauteur de la puissance de ses forces armées.

Selon l’analyse de l’Institut, ces trois dernières années ont été marquées par des progrès significatifs dans les capacités de l’armée israélienne, notamment en matière d’intégration du renseignement, de la puissance de feu, des manœuvres et des technologies, ainsi que dans sa capacité à mener des opérations simultanées sur plusieurs fronts.

Bien que cela ait permis à l’armée de reprendre l’initiative militaire après les revers du 7 octobre et de lancer des frappes d’envergure contre les structures militaires et de commandement de ses adversaires, l’Institut soutient que l’affaiblissement de ces adversaires n’élimine pas nécessairement la menace qu’ils représentent ni ne garantit un changement de leur volonté de reconstruire leurs capacités.

Ce paradoxe est manifeste sur les différents fronts de confrontation. Au Liban, les frappes contre le Hezbollah n’ont pas abouti à une victoire militaire décisive ni à un règlement définitif permettant d’éliminer la résistance. À Gaza, les opérations militaires n’ont pas instauré de stabilité politique et sécuritaire susceptible de définir l’avenir de la bande de Gaza.

Quant à la confrontation avec l’Iran, les dommages infligés à certaines capacités militaires n’ont pas éliminé la menace iranienne ni modifié de façon significative les calculs stratégiques de Téhéran.

Une comparaison entre ces fronts révèle qu’Israël fait face non seulement à de multiples fronts militaires, mais aussi à de multiples équations de conflit ; chaque adversaire possède sa propre structure, ses propres calculs, ses propres sources de puissance et sa propre capacité à absorber les pertes.

En définitive, la capacité de mener des frappes efficaces sur différents fronts ne signifie pas nécessairement la capacité de remodeler son environnement politique et sécuritaire selon les objectifs israéliens.

De plus, l’analyse de l’Institut montre clairement que les succès militaires n’ont pas permis d’accroître la dissuasion israélienne comme prévu. Ce facteur est également influencé par l’évaluation, par les adversaires, du coût de la confrontation, leur volonté d’accepter des pertes et leur confiance en leur capacité à résister et à se reconstruire.

Par conséquent, la nécessité pour Israël de mener des opérations répétées afin d’empêcher ses adversaires de rétablir leurs capacités s’en trouve accrue, étant donné que les opérations précédentes n’ont pas permis d’établir une dissuasion stable qui rende inutile le recours répété à la force.

L’institut souligne également le fardeau croissant d’une guerre prolongée, notamment la pression exercée sur les forces régulières et de réserve, la baisse de leur niveau de préparation, les pénuries de munitions et de pièces détachées, ainsi que la difficulté de maintenir la mobilisation du personnel sur de longues périodes. Ces indicateurs ne signifient pas une perte de la capacité de combat de l’armée, mais plutôt une augmentation du coût du maintien de sa supériorité et de sa préparation aux confrontations futures.

Cependant, le temps ne joue pas nécessairement en faveur de la partie militairement la plus forte. Israël a besoin de résultats définitifs et durables pour modifier la réalité sécuritaire, tandis que ses adversaires peuvent se contenter de maintenir leur existence et d’empêcher l’ennemi d’atteindre ses objectifs.

Ainsi, le maintien de la supériorité opérationnelle semble s’accompagner d’une usure stratégique croissante, que l’institut attribue à l’absence d’objectifs politiques clairs. L’armée peut affaiblir les adversaires, mais elle est incapable d’instaurer à elle seule des accords politiques.

La tension entre les sphères politiques et militaires reflète la difficulté d’aligner objectifs, moyens et ressources, d’autant plus que certains objectifs eux-mêmes peuvent dépasser les capacités de la force militaire.

Les répercussions de ce décalage sont également manifestes sur le plan intérieur. Dans un sondage réalisé par l’institut en juin dernier, 42 % des personnes interrogées ont qualifié la situation sécuritaire nationale de mauvaise ou très mauvaise, contre seulement 20 % qui l’ont jugée bonne ou très bonne. Ceci illustre l’impact limité des succès militaires sur le sentiment de sécurité et la confiance du public dans la pertinence de la poursuite de la guerre.

Source : Médias