vendredi, 09/10/2026   
   Beyrouth 17:57

Elle avait accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, le Nobel de la paix décerné à la juriste Navi Pillay

Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la juriste Navi Pillay, octogénaire sud-africaine qui a lancé un plaidoyer pour le droit international auquel elle a consacré une grande partie de sa vie, et qui est aujourd’hui attaqué de toutes parts.

Âgée de 85 ans, Mme Pillay a notamment présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU qui, l’an dernier, a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza. Elle avait confié son espoir que ce rapport donne lieu à des suites judiciaires.

Tout au long de sa carrière, la Sud-Africaine, qui a grandi sous l’apartheid, a combattu les pires atrocités du Rwanda au Proche-Orient.

« Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l’objet d’attaques politiques importantes », a-t-elle alerté vendredi, en dédiant son Nobel « à tous les survivants de crimes internationaux ».

Les dirigeants de la planète ont « l’obligation légale de protéger les droits humains » et « de (s’)abstenir de faire la guerre », a-t-elle dit lors d’une conférence de presse dans une salle à Nuremberg où ont été jugés les principaux responsables nazis.

 » Un rôle déterminant »

Jeune avocate d’origine indienne, devenue juge et Haute-Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU (2008-2014), Mme Pillay est réputée pour avoir l’art de traiter des dossiers difficiles.

Sa carrière l’a menée des cours sud-africaines, où elle a défendu les activistes anti-apartheid, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en passant par la Cour pénale internationale (CPI).

« La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide fassent l’objet de poursuites judiciaires », a fait valoir le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, dans son annonce.

En septembre 2025, la commission d’enquête placée sous sa présidence – qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU – a établi qu’Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre suite à l’attaque sans précédent du Hamas du 7 octobre 2023.

Mais « comme l’a dit (Nelson) Mandela, cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse. Je considère qu’il n’est donc pas impossible qu’il y ait des arrestations et des procès » à l’avenir, avait-elle ajouté.

Dans ses attendus, le comité Nobel mentionne les travaux de Mme Pillay en lien avec le génocide au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie, mais ne mentionne pas spécifiquement Gaza.

« Nous ne sommes pas un tribunal. Il s’agit de son rapport, du rapport de la commission, et nous avons bien sûr une grande confiance dans son professionnalisme et son intégrité », a déclaré M. Frydnes, interrogé sur ce point lors d’un entretien avec l’AFP.

Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport, le qualifiant de « biaisé et mensonger » et accusant ses auteurs de parti pris antisémite.

Ce Nobel légitime « la haine anti-Israël », a réagi vendredi le ministère israélien des Affaires étrangères sur X, estimant que le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, devait « applaudir depuis l’enfer ».

En 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza.

En réponse notamment aux poursuites visant des responsables israéliens, Donald Trump a sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI et est allé plus loin le mois dernier en appelant les États membres à quitter la CPI qualifiée d’institution « malfaisante ».

« Un message clair »

Le Nobel est « un message clair adressé à ceux qui exercent des pressions sur ces institutions, à ceux qui sanctionnent les juges et s’attaquent aux institutions », a précisé M. Frydnes à l’AFP. « Cela doit cesser ».

« Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l’objet d’attaques politiques importantes », a de son côté estimé la lauréate. « Cette dégradation est particulièrement visible dans les attaques visant la Cour pénale internationale ».

Le prix Nobel de la paix décerné à Navi Pillay, ancienne juge de la Cour pénale internationale, revêt une « signification particulière », compte tenu des attaques actuelles contre le droit international, a déclaré vendredi la présidente de la CPI.

« À une époque où l’ordre juridique international et l’État de droit sont confrontés à des défis considérables, cette reconnaissance revêt une signification particulière », a affirmé Tomoko Akane dans un communiqué.

Née  Navanethem Pillay le 28 septembre 1941 à Durban, dans une famille modeste, cette fille d’un chauffeur de bus, diplômée d’Harvard, a bâti une carrière jalonnée de premières historiques.

En 1967, elle devient la première femme non blanche à ouvrir un cabinet d’avocats dans la province du Natal.

Sur recommandation de Nelson Mandela, elle rejoint ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les responsables du génocide de 1994.

En 2023, elle rejoint la CPI, nouvellement créée à La Haye pour poursuivre les auteurs des crimes les plus graves.

Source : Avec AFP