jeudi, 08/10/2026   
   Beyrouth 08:30

Un responsable américain de la sécurité à Beyrouth : « Pourquoi avez-vous peur de la guerre civile ? » Campagne contre l’armée

Les plus récentes informations entourant le huitième tour des négociations prévues en Floride avec l’ennemi révèlent que le pouvoir libanais n’a toujours pas reçu de confirmation définitive quant à la date de la session fixée au 20 de ce mois.

Il n’a pas non plus tranché sur le niveau de sa participation, hésitant entre une délégation purement militaire ou une représentation politico-militaire. Toutefois, les données disponibles indiquent qu’il a choisi d’aborder ce cycle avec une approche négociatrice bien plus large que le simple verrouillage du cessez-le-feu.

L’objectif est d’engager des dossiers autrement plus complexes : du retrait israélien à la libération des prisonniers libanais, en passant par l’extension du déploiement de l’armée et l’élaboration d’une formule internationale destinée à relayer les forces de la FINUL au terme de leur mandat.

Le pouvoir aborde ce rendez-vous comme une occasion de relancer l’« accord-cadre » et d’en finir avec le piétinement actuel, mû par le pari qu’un rôle américain actif saurait pousser les parties vers des arrangements plus nets.

Les proches du Premier ministre, Nawaf Salam, font valoir que Beyrouth s’engage dans ces pourparlers forte de l’assise politique consolidée à Washington et des contacts noués par l’exécutif libanais lors des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies.

Ils soulignent que Beyrouth liera étroitement le retrait israélien, le déploiement de l’armée et le monopole d’État sur les armes, considérant que ces dossiers doivent progresser de pair et non isolément.

Reste que l’allongement de la liste des exigences ne garantit en rien leur aboutissement. Une grande partie de ces priorités demeure suspendue au bon vouloir d’Israël, à l’implication américaine et à la nature des compromis envisageables, d’autant que des questions de fond restent ouvertes, en particulier le maintien d’une présence israélienne dans certains secteurs et les mécanismes de contrôle du respect de toute nouvelle entente.

Dans ce paysage, la question des forces internationales que Beyrouth souhaite voir se substituer à la FINUL occupe une place centrale. Aux yeux des autorités libanaises, la pérennisation d’une présence internationale au Sud constitue un pivot essentiel pour accompagner le retrait israélien, appuyer le déploiement national et empêcher que la région ne devienne un terrain de friction à ciel ouvert.

Mais ce schéma heurte frontalement la position d’Israël, qui rejette la formule actuelle des casques bleus. Un responsable militaire israélien aurait ainsi tranché : « Nous préférons qu’il n’y en ait pas. »

De quoi signifier que toute formule de substitution ne découlera pas d’une volonté libanaise isolée, mais exigera un consensus dépassant le seul cadre libanais. Une telle force, tant dans sa composition que dans ses prérogatives, suppose l’aval de la communauté internationale et le patronage du Conseil de sécurité.

Sa mise sur la table à Floride relève donc d’une exigence négociatrice légitime pour Beyrouth, mais ne se traduira pas en gain concret sans le rassemblement des conditions politiques et juridiques préalables, outre le refus catégorique d’Israël face à toute forme de présence internationale.

L’urgence de ce dossier se renforce à mesure que s’approche l’échéance du mandat de la FINUL, la transition d’un dispositif international à un autre exigeant de la visibilité et du temps. Elle ne saurait s’appuyer sur le simple désir libanais de combler le vide. La séquence à venir imposera de préciser la nature du mandat international, ses interactions avec l’armée libanaise et son pouvoir de vérification, tout en tranchant l’attitude d’Israël et des États-Unis face à toute nouvelle option.

Le constat vaut également pour le retrait israélien : Beyrouth entend étendre la zone de déploiement de l’armée aux secteurs où l’armée israélienne stagne encore, notamment autour de la citadelle de Beaufort (Chqif), y voyant un acte fondateur pour réaffirmer l’autorité de l’État dans le Sud.

Mais l’atteinte de cet objectif reste tributaire de la capacité du médiateur américain à peser sur les arbitrages israéliens, alors que les frappes et les travaux de terrassement se poursuivent sur le terrain.

Nouvelle offensive contre l’armée

Parallèlement, une source politique de premier plan pointe du doigt une offensive d’un genre nouveau ciblant le commandement de l’armée, menée de concert par des acteurs politiques et officiels libanais. Sa gravité réside, selon cette source, dans sa convergence avec la thèse américaine revenue en force sur le rôle et la mission de l’institution militaire face au dossier des armes du Hezbollah.

D’après cette même source, un responsable américain de la sécurité, tout juste arrivé d’Israël, a enchaîné les rendez-vous avec plusieurs dirigeants libanais. Il s’est appliqué à répéter que le gel des opérations dans les « zones expérimentales » découlait, selon la vision de Washington, du refus de l’armée libanaise de jouer le rôle attendu d’elle dans le désarmement du Hezbollah.

Au fil des échanges, il est apparu que Washington épousait de nouveau le récit israélien selon lequel l’armée refuse d’affronter le Hezbollah — un argument jugé suffisant par ‘Israël’ pour paralyser toute avancée.

Renvoyé à la responsabilité d’Israël et à ses propres agissements, le responsable américain s’est borné à invoquer une situation « politiquement complexe », ajoutant que faire pression sur ‘Israël’ s’avérait d’autant plus délicat à l’approche de ses échéances électorales internes. La source note qu’il a balayé ces objections pour poser une question piège : « Pourquoi craignez-vous la guerre civile ? Et qui vous dit que le Hezbollah est en mesure de faire face à l’armée ? »

À cette interrogation, un responsable de la sécurité libanais a répliqué au visiteur américain : « Ce que veut Washington correspond exactement aux attentes d’Israël : pousser l’armée libanaise à l’affrontement armé avec le Hezbollah, et donc avec une composante majeure de la communauté chiite. Vous avez déjà entendu le commandant en chef de l’armée, le général de corps d’armée Rodolphe Haykal, rappeler que l’armée n’est pas taillée pour combattre son propre peuple. »

Et de lancer : « Tant que l’occupation israélienne persiste, comment peut-on exiger de l’armée une telle mission ? »

L’affaire dépasse le seul cadre de ces échanges. Des informations en provenance de Washington indiquent que le président du gouvernement a abordé avec des responsables américains la mission future de l’armée, exprimant son agacement face au refus de la hiérarchie militaire d’exécuter certaines directives gouvernementales.

Nawaf Salam est apparu favorable à une pression américaine et arabe directe sur le commandement de l’armée, ou par le biais du président de la République, afin de l’amener à franchir de nouvelles étapes sur la question des armes du Hezbollah — non seulement dans les zones expérimentales, mais aussi dans d’autres territoires hors d’atteinte de l’occupation israélienne. Son raisonnement ? Enregistrer des avancées sur ce dossier, surtout en cas de coopération du Hezbollah sur la remise des armes, renforcerait la crédibilité et la position du Liban auprès de Washington et de la communauté internationale.

Simple artifice ou dédouanement de l’ennemi ?

Dès lors, l’épreuve des négociations déborde largement le cadre de la rencontre de Floride. Rien ne garantit pour l’heure l’obtention d’engagements fermes et vérifiables.

Les séquences passées ont montré le gouffre qui sépare les ententes politiques de leur concrétisation sur le terrain, condamnant le Liban-Sud à des arrangements temporaires dépourvus des garanties réclamées par Beyrouth.

Le pouvoir semble ainsi miser sur un parcours négociateur privé de ses conditions élémentaires de réussite — à moins que certains ne cherchent, au fond, à offrir à Washington le moyen de dédouanement d’Israël quant au blocage, tout en fournissant une couverture politique à ses agressions répétées et à son refus de se retirer.

Une réussite diplomatique ne se mesure pas à l’alignement de revendications sur une table de négociation, mais à sa conversion en un accord clair, adossé à un calendrier, des mécanismes d’exécution et des garanties tangibles.

En rester aux propositions et aux promesses théoriques confirme que le Liban piétine dans la phase parlementaire des discussions, quel que soit l’enthousiasme affiché autour de cette réunion.

Un optimisme trompeur, alors même que l’« accord-cadre » n’a jamais débouché sur une mécanique capable de protéger le terrain. Une fois ses exigences satisfaites, ‘Israël’ a laissé les ententes existantes sans effet quant à l’arrêt des frappes ou la protection des populations.

Sur le terrain, la réalité demeure brutale : bombardements, victimes civiles, destruction d’infrastructures publiques, frappes sur les réseaux d’eau, dynamitage de puits artésiens, altération du territoire, interdiction de retour pour les habitants et ciblages répétés des positions de l’armée libanaise.

Dans un tel contexte, espérer d’importantes concessions israéliennes relève de l’illusion : ce que le gouvernement de Benjamin Netanyahu n’a pas concédé jusqu’ici, il ne le cédera certainement pas à une semaine d’une échéance électorale majeure.

Parallèlement, le chef de la délégation libanaise, Simon Karam, a sondé les autorités politiques du Vatican sur la possibilité pour le pape Léon d’intercéder auprès de Washington afin de pousser ‘Israël’ à des gestes significatifs sur le retrait.

Selon nos informations, Simon Karam a averti le Saint-Siège que le statu quo ne faisait que crédibiliser le discours du Hezbollah sur l’inutilité de la diplomatie, et que le processus actuel ne permettrait pas d’obtenir à court terme un retrait israélien total du Sud, la libération des prisonniers libanais ou le retour sécurisé des déplacés dans leurs foyers.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar