Le gouvernement sud-africain a convoqué l’ambassadeur des États-Unis pour lui demander de « s’expliquer sur son comportement peu diplomatique », pour la troisième fois depuis son entrée en fonction en février, a indiqué mercredi le gouvernement sud-africain.
Brent Bozell III, militant conservateur nommé ambassadeur par Donald Trump en 2025, a pris ses fonctions en février 2026, alors que les relations bilatérales étaient déjà fortement dégradées par une série de désaccords, allant de la procédure pour génocide engagée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice aux accusations sans fondement du président américain selon lesquelles les Afrikaners blancs seraient victimes de persécutions.
M. Bozell a été convoqué mardi au ministère sud-africain des Affaires étrangères après une série d’entretiens avec des médias sud-africains dans lesquels il s’est montré critique envers le gouvernement.
« Il a été convoqué pour s’expliquer sur son comportement peu diplomatique », a déclaré à l’AFP un haut responsable du ministère, sans préciser ce qui avait motivé ce rappel à l’ordre. « C’était la troisième démarche depuis qu’il a pris ses fonctions (…) C’est un record ».
Les États-Unis et l’Afrique du Sud s’opposent aussi sur les efforts déployés par Pretoria pour corriger les profondes inégalités auxquelles la population noire reste confrontée, plus de 30 ans après la fin de l’apartheid, régime de ségrégation raciale imposé par la minorité blanche. Ces efforts incluent des lois sur l’émancipation économique des Noirs dans le monde des affaires ainsi que sur l’utilisation et la propriété des terres, qui demeurent en grande partie entre les mains des Blancs.
Washington a annoncé le 15 septembre des restrictions de visas pour certains Sud-Africains qui, selon les États-Unis, favorisent « la discrimination fondée sur la race, incitent à la violence ou facilitent la confiscation de terres sans compensation en Afrique du Sud ».
Les relations bilatérales se sont fortement dégradées après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, le dirigeant américain ayant réduit l’aide, expulsé l’ambassadeur sud-africain et rudoyé le président sud-africain Cyril Ramaphosa dans le Bureau ovale au sujet d’un prétendu « génocide blanc » en Afrique du Sud, démenti depuis.
L’an dernier, les États-Unis ont lancé un programme spécial pour accueillir, en tant que réfugiés, des milliers d’Afrikaners blancs prétendument persécutés en Afrique du Sud.
Les divergences entre les deux pays sont « un sujet de discussions continues », a assuré le responsable du ministère sud-africain.
Cependant, dans une tribune publiée mardi sur le site de l’ambassade américaine, M. Bozell a déclaré : « À ce stade, nous estimons inutile de poursuivre un dialogue sans fin qui ne mène nulle part », car Washington « n’a plus de patience » envers l’Afrique du Sud, qui n’aurait pas répondu de manière adéquate à certaines exigences américaines.
Parmi celles-ci figure la demande que M. Ramaphosa condamne le chant anti-apartheid « Kill the Boer », interprété par les Américains comme un appel à la violence. Le slogan est également controversé en Afrique du Sud et n’est utilisé que rarement par un groupe minoritaire d’extrême gauche. Mais les tribunaux sud-africains ont jugé qu’il ne constituait pas un discours de haine et qu’il devait être replacé dans le contexte de la lutte contre le régime raciste de la minorité blanche.
M. Bozell avait été convoqué une première fois par le gouvernement sud-africain en mars, seulement trois semaines après sa prise de fonction, pour des déclarations sur le sujet.
Les autres « demandes » du gouvernement américain sont que la criminalité rurale en Afrique du Sud soit désignée comme une priorité et que les alternatives aux lois sur l’actionnariat noir dans les entreprises soient étendues aux secteurs des télécommunications et des mines, a écrit l’ambassadeur.
« Nous espérons vivement que le gouvernement sud-africain reconsidérera cette hostilité », a ajouté M. Bozell.
L’Afrique du Sud a répété à plusieurs reprises qu’elle ne céderait pas aux tentatives américaines de s’ingérer dans ses affaires intérieures.
Source : AFP