mercredi, 30/09/2026   
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Irak: Fin de la mission de la « Coalition internationale ». Un « Jour de la Souveraineté »… incomplet

Par Faqar Fadel

L’Irak entre, aujourd’hui, dans une nouvelle phase sécuritaire et politique avec l’achèvement du retrait des forces de combat étrangères et la fin de la mission militaire de la « Coalition internationale » dirigée par les USA, un événement que le gouvernement présente comme une étape décisive dans le recouvrement de la décision souveraine.

Bien que le gouvernement affirme être prêt à prendre pleinement en main le dossier sécuritaire, soulignant que le rôle sur le terrain de la « Coalition » ces dernières années s’est largement limité à l’appui aérien, au partage de renseignements et à l’entraînement, la réalité montre que l’occupation américaine ne s’est guère préoccupée de la protection de l’espace aérien irakien.

Elle l’a au contraire exploité en l’ouvrant à l’aviation israélienne lors des agressions contre l’Iran, sans compter qu’elle n’a pas protégé le pays des incursions turques et a elle-même participé à plusieurs reprises au bombardement de positions du Hachd al-Chaabi, qui fait pourtant partie intégrante des forces officielles.

Le porte-parole du commandant en chef des forces armées, Sabah al-Noaman, déclare au quotidien libanais Al-Akhbar que « les forces irakiennes ont achevé leurs plans de déploiement et de préparation pour la nouvelle phase », ajoutant que « la transition s’effectue d’un travail sous la bannière de la Coalition vers une relation fondée sur la parité et le partenariat ».

Il poursuit en précisant que « des plans sécuritaires ont été élaborés avec la participation de diverses institutions, en parallèle avec des programmes de développement des capacités humaines, techniques et d’armement ».

Tout en exprimant sa conviction que l’organisation Daech ne représente plus aujourd’hui une menace imminente pour la situation sécuritaire irakienne, Al-Noaman évoque des contrats et des accords conclus avec des pays et des entreprises pour équiper l’Irak en systèmes de défense antiaérienne perfectionnés, afin d’aider à « protéger le ciel et la souveraineté nationale ».

Néanmoins, le directeur du Centre Al-Ghad pour les études politiques, Ali Abdel Razzaq, estime que le concept de « Jour de la Souveraineté » demeure incomplet à la lumière de l’ingérence américaine dans la décision politique irakienne.

Il indique, dans un entretien accordé à Al-Akhbar, que « le gouvernement irakien s’est contenté de décréter un jour férié sans se pencher sur l’essence même de la souveraineté, laquelle ne sera totale qu’avec la fin de l’hégémonie américaine sur l’économie, le pétrole, les ressources et les avoirs irakiens détenus par la Réserve fédérale américaine ».

Abdel Razzaq pense que « même si les États-Unis retirent leurs troupes de combat, ils réinvestissent le terrain par une autre porte, à travers des leviers économiques, politiques et sécuritaires, maintenant ainsi l’Irak sous tutelle américaine ».

Il ajoute que « l’influence américaine s’étend aux relations de Washington avec les forces politiques irakiennes et au rôle de son ambassade à Bagdad comme centre d’espionnage, sans oublier le terrorisme exercé par l’Amérique en ciblant les forces de sécurité et en bombardant l’Iran depuis le territoire irakien ».

À l’opposé, le député au Parlement irakien, Thaer al-Kaabi, perçoit ce retrait comme « un sujet de fierté, d’honneur et de confiance envers nos forces irakiennes », estimant que ce développement « envoie le message que l’Irak s’est rétabli des ingérences extérieures et n’a plus besoin de forces étrangères ».

Cependant, le chercheur en affaires politiques Abbas al-Ali estime que la période post-retrait soulève plusieurs interrogations sécuritaires et politiques, notamment sur la nature des futurs contrats avec les Américains et sur la question de savoir si des troupes ou des équipes de conseillers resteront sur place.

Il souligne que le renforcement des capacités irakiennes, en particulier dans le domaine de la défense antiaérienne et du contrôle des frontières, constitue un impératif pour l’État lors de la prochaine étape.

Ces doutes surviennent au moment où les factions de la résistance durcissent leur ton à l’égard du gouvernement. Tout en considérant la fin de la mission américaine comme un pas vers « le parachèvement de la souveraineté », elles placent dans le même temps le gouvernement face à un autre test : celui de son degré d’indépendance décisionnelle sur les dossiers liés aux sanctions américaines.

Dans ce cadre, le responsable de la sécurité et porte-parole des « Brigades du Hezbollah » (Kataeb Hezbollah), Abou Moujahid al-Assaf, a menacé de « faire tomber » le gouvernement d’Ali al-Zaïdi s’il ne travaillait pas dans l’intérêt du peuple, brandissant la menace de fermer les postes-frontières avec les pays qui participent au blocus aérien imposé à l’Iran.

Il a également promis de surveiller l’espace aérien irakien après le 1er octobre, mettant en garde contre le survol d’appareils ennemis.

De son côté, le secrétaire général du mouvement Al-Nujaba, Akram al-Kaabi, a menacé d’organiser des sit-in dans les aéroports irakiens si le trafic aérien avec l’Iran ne retrouvait pas la fluidité qui était la sienne.

Au cours des derniers jours, l’Irak avait en effet suspendu les vols iraniens vers ses aéroports en application des nouvelles sanctions américaines, provoquant l’arrêt de la circulation aérienne entre les deux pays.

Dès lors, la dérogation accordée pour Najaf a révélé les limites de cet affrontement : le département du Trésor américain a accordé une licence à la compagnie Iraqi Airways pour exploiter des vols de passagers entre l’Irak et l’Iran via l’aéroport de Najaf, sous des conditions strictes et pour une durée se terminant le 28 octobre prochain ou lors de l’achèvement des transactions autorisées.

Outre le dossier des sanctions, des sources proches des factions rapportent que le concept de « souveraineté » ne se limite pas à leurs yeux au départ des forces américaines, mais englobe la fin de toute présence militaire étrangère en Irak, y compris la présence turque, ainsi que le rejet de toute hégémonie extérieure sur les décisions économiques.

Ainsi, le défi pour l’État reste de transformer le slogan de la « souveraineté » en une capacité réelle à protéger son territoire et son ciel, alors que la menace continue des sanctions américaines et l’usage de leviers économiques pour faire pression sur le pays soulèvent de sérieuses questions quant aux limites de sa capacité à contrôler ses ressources et ses choix économiques.

Source : Médias