samedi, 26/09/2026   
   Beyrouth 13:18

L’occupation promeut un bloc de colonisation qui sépare le nord de la Cisjordanie de son centre et de son sud

Un rapport publié ce samedi par le Bureau national de la défense de la terre et de la résistance à la colonisation a révélé des plans israéliens accélérés visant à élargir le projet de colonisation en Cisjordanie, en particulier dans les régions du nord.

Cette expansion s’effectue par la création et l’agrandissement de colonies et d’avant-postes de peuplement, ainsi que par le tracé de routes de contournement, ce qui redessine la carte géographique de la région et accentue l’isolement des communautés palestiniennes les unes des autres.

Dans son rapport périodique, le Bureau a indiqué que les autorités d’occupation font la promotion d’un bloc de colonisation étendu visant à couper le nord de la Cisjordanie de son centre et de son sud.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une série de projets fondés sur la liaison des colonies et des blocs de colonisation par un réseau de routes et d’infrastructures, en contrepartie du découpage et de l’enclavement des villes, bourgades et villages palestiniens.

Le rapport précise que ces nouveaux plans ne se limitent pas à l’extension des colonies existantes, mais englobent également l’établissement de nouveaux avant-postes et la conversion d’autres en colonies reconnues par ‘Israël’, aux côtés de l’accaparement de vastes superficies de terres palestiniennes et du traçage de routes de contournement destinées à fluidifier la circulation des colons.

Des plans visant à refaçonner le nord de la Cisjordanie

Selon le rapport, les régions du nord de la Cisjordanie connaissent une expansion coloniale d’envergure à travers des plans visant à créer et développer de nouvelles colonies et à relier les blocs existants par un réseau routier, ce qui contribue à ancrer une réalité géographique fragmentée pour les Palestiniens.

Le Bureau a souligné que ces projets ciblent tout particulièrement les gouvernorats de Jénine, de Naplouse et de Salfit, où des travaux sont menés pour consolider la continuité entre les colonies, tout en entravant la continuité géographique entre les villes et villages palestiniens.

Cette dynamique va de pair avec des projets de construction de nouvelles routes de colonisation, comprenant notamment des axes reliant des colonies situées autour de Naplouse, de Jénine et des régions de la vallée du Jourdain (Al-Aghwar), permettant ainsi aux colons de se déplacer entre elles sans transiter par les agglomérations palestiniennes.

La colonie de « Sanour » au cœur de l’expansion

Le rapport s’est attardé sur la colonie de « Sanour », dans le gouvernorat de Jénine, signalant l’approbation d’un plan prévoyant la construction de 126 nouveaux logements permanents dans les environs du site, renforçant ainsi sa transformation d’un avant-poste temporaire en un pôle de peuplement permanent.

Il a également fait état de l’extension des blocs de peuplement existants à l’ouest de Jénine, en particulier le bloc « Shaked-Reihan », par l’élargissement de son périmètre et le raccordement des colonies et avant-postes environnants à un réseau de routes et d’infrastructures.

Le Bureau estime que ces projets contribuent à imposer de nouvelles réalités sur le terrain et à élargir l’emprise israélienne sur les terres situées entre les localités palestiniennes.

Le mont Ebal : un projet de contrôle sur un site stratégique

À Naplouse, le rapport signale une recrudescence des activités de colonisation sur le mont Ebal, matérialisée par l’installation d’un nouvel avant-poste pastoral et résidentiel au sommet de la montagne, ainsi que par l’acheminement de mobil-homes et d’équipements sur le site.

D’après le rapport, la mainmise sur le mont Ebal revêt une importance stratégique en raison de sa position dominante surplombant la ville de Naplouse et plusieurs villages et bourgades environnants, tandis que ce projet est adossé à des plans visant à tracer des routes de colonisation reliant la montagne aux implantations du nord de la Cisjordanie.

Le rapport indique en outre que des récits religieux et archéologiques sont instrumentalisés pour justifier la mainmise sur cette région, à travers l’invocation de sites revêtant une importance religieuse juive, fournissant ainsi une couverture aux projets de colonisation et à la confiscation des terres adjacentes.

Des routes de colonisation pour morceler la Cisjordanie

Ces plans ne se limitent pas à l’établissement de colonies ; le projet comprend également un réseau de routes de contournement reliant les colonies entre elles et permettant aux colons de se déplacer à l’écart des concentrations de population palestiniennes.

D’après le rapport, ces tracés incluent des voies s’étendant des environs de Naplouse et du mont Ebal en direction des colonies de Homesh, Sanour et Dotan, ainsi que d’autres axes reliant plusieurs colonies et avant-postes autour de Jénine, de Salfit et de la vallée du Jourdain.

Le Bureau met en garde contre le fait que ces routes, conjuguées aux nouvelles colonies et aux avant-postes, constituent un système intégré destiné à remodeler la géographie palestinienne, transformant les villes et les bourgades en îlots isolés et encerclés par une toile d’infrastructures coloniales.

La colonisation au cœur des calculs politiques israéliens

Cette escalade de la colonisation coïncide avec la montée en puissance d’un discours politique israélien favorable à l’extension de l’implantation en Cisjordanie.

Le rapport mentionne des déclarations de l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, dans lesquelles il évoquait le maintien des zones classées « C » au sein de ce qu’il a qualifié d’« État d’israël », en contrepartie de l’octroi des zones « A » et « B » aux Palestiniens dans le cadre d’une autonomie interne.

Selon le rapport, ces propos traduisent la persistance du dossier de la colonisation et de la Cisjordanie au premier plan du discours politique israélien, parallèlement à l’expansion des projets d’implantation sur le terrain.

De la colonisation au remodelage de la carte

Les données fournies par le rapport démontrent que le projet de colonisation dans le nord de la Cisjordanie ne progresse pas seulement par la construction de logements, mais à travers un dispositif interconnecté englobant colonies, avant-postes, routes de contournement et contrôle des hauteurs ainsi que des sites stratégiques.

Par conséquent, la situation tend à institutionnaliser une nouvelle réalité géographique où les blocs de peuplement communiquent entre eux, tandis que s’amenuisent les perspectives de continuité territoriale entre les villes et les villages palestiniens.

Le Bureau national de la défense de la terre et de la résistance à la colonisation avertit que la poursuite de ces projets menace de morceler la Cisjordanie en enclaves isolées, sur fond d’extension de la domination israélienne sur de vastes étendues de terres et d’imposition de faits accomplis sur le terrain qui ne sauraient être dissociés de la trajectoire politique globale en Cisjordanie.

Source : Médias