samedi, 26/09/2026   
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Élargissement de l’embargo irakien sur ordre américain : Téhéran prépare sa riposte : des vols pour tout le monde, ou pour personne

Par Fiqar Fadel

Le gouvernement irakien a parachevé sa soumission aux pressions américaines en prolongeant l’interdiction des vols iraniens vers les aéroports de Najaf, Erbil et Souleimaniye, après qu’elle eut été restreinte à Bagdad.

Cette décision intervient alors que les répercussions de l’embargo s’étendent au-delà du secteur aérien pour toucher le mouvement des voyageurs, le tourisme et les agences de voyage.

Cette extension suscite des craintes quant à une contagion de la crise entre Bagdad et Téhéran vers le commerce, l’énergie et l’ensemble des relations économiques, au moment où les échanges commerciaux bilatéraux dépassent les dix milliards de dollars par an.

À noter que Téhéran a averti que s’il lui était impossible d’assurer ses liaisons ou d’obtenir des services aéroportuaires, personne dans la région ne serait en mesure d’achever ces opérations non plus.

L’embargo irakien est entré vendredi dans sa phase d’application totale, l’aéroport de Najaf ayant suspendu les vols en provenance et à destination de l’Iran, avant que les aéroports de la région du Kurdistan ne se joignent aux mesures d’interdiction d’accueil des transporteurs iraniens.

Le trafic aérien avec l’Iran constitue une part majeure de l’activité de l’aéroport de Najaf : les grilles horaires des vols ont montré, un jour donné par exemple, que 18 des 20 vols programmés étaient à destination de villes iraniennes, illustrant l’ampleur du flux de pèlerins et de voyageurs entre les deux parties.

Cet élargissement de l’embargo répond à des sanctions américaines annoncées le 8 septembre courant, ciblant 36 entités liées au secteur aéronautique iranien, dont 27 compagnies aériennes, ainsi que des institutions et des intermédiaires fournissant des services au secteur.

Lors de l’annonce de ces mesures, les États-Unis ont prévenu que les parties poursuivant leur fourniture de services aux transporteurs iraniens s’exposaient à des sanctions, plaçant les aéroports et les entreprises irakiennes devant un dilemme difficile : persister à commercer avec les transporteurs iraniens au péril de risques financiers, ou les boycotter au risque de causer des pertes directes sur un marché tributaire du trafic des passagers et des pèlerins.

Pour les agences de tourisme et de voyages, le coup a été direct. Ahmed Jaber, propriétaire d’une agence à Bagdad, confie au quotidien libanais Al-Akhbar que le trafic aérien avec l’Iran est « d’une vitalité extrême », soulignant que l’activité de son entreprise en dépend largement et que les répercussions de la décision frappent des centaines de bureaux à Najaf, Erbil, Souleimaniye, Bassorah, Kirkouk et ailleurs.

Il affirme que le secteur touristique fait face à une crise réelle, exhortant le gouvernement à remédier aux effets de cette mesure. Les pertes ne se limitent pas aux agences de voyage : l’annulation des vols se traduit par une baisse des revenus des aéroports, des sociétés d’assistance au sol, du transport, de l’hôtellerie et des services liés aux pèlerins, en particulier à Najaf, dont le tourisme religieux est intimement lié au marché iranien.

Toutefois, les répercussions les plus sensibles pourraient bien survenir en dehors du secteur aérien. L’Irak et l’Iran partagent des échanges commerciaux supérieurs à dix milliards de dollars par an, le dossier énergétique représentant l’un des volets d’interdépendance les plus délicats.

L’Irak importe d’importants volumes de gaz iranien, atteignant parfois environ 50 millions de mètres cubes par jour, de sorte que toute perturbation des approvisionnements aura un impact direct sur le réseau électrique irakien.

Dans cette optique, le chercheur en économie Mohammad Ali estime que la probabilité d’un débordement des retombées de la décision vers le secteur de l’énergie est bien réelle, avertissant que « toute restriction iranienne sur le marché irakien laissera des traces immédiates sur le pays vu le degré d’interdépendance mutuelle, plongeant Bagdad dans une crise élargie ».

Sur le plan politique, le gouvernement essuie l’opposition de forces chiites et de factions de la Résistance. Une source politique au sein du « Cadre de coordination » indique à Al-Akhbar que la décision « n’est pas aisée », précisant que les liens avec l’Iran transcendent la géographie pour engager des intérêts économiques et sécuritaires imbriqués.

Elle met en garde contre le fait que les sanctions américaines nuisent aux deux peuples, affirmant que les composantes du « Cadre » examineront le dossier au retour du Premier ministre, Ali Al-Zaidi, de New York, tout en plaidant pour un dialogue irano-irakien afin de surmonter la crise.

En guise de premières réactions du côté des factions, le mouvement Al-Nujaba a organisé un sit-in de protestation pour rejeter la suspension des vols iraniens, qualifiant cette décision de céder aux pressions de Washington et appelant le gouvernement à réviser ce qu’il a qualifié d’atteinte à l’autonomie de la décision souveraine irakienne dans la gestion des aéroports et de l’espace aérien.

Quant aux Brigades du Hezbollah (Kataëb Hezbollah), elles ont appelé, dans un communiqué, à faire face au blocus imposé à l’Iran, incitant à la poursuite des échanges commerciaux avec ce dernier, tout en prévenant que le sabotage des relations économiques bilatérales portera préjudice aux marchés et aux intérêts irakiens.

À Téhéran, la riposte s’est avérée plus incisive. Mohammad Mokhber, conseiller du Guide iranien Mojtaba Khamenei, a déclaré que l’interdiction faite à l’Iran d’opérer ses vols ou de bénéficier de services aéroportuaires exposerait les pays de la région à des répercussions analogues, laissant entrevoir par ce message une possible extension de la riposte.

De surcroît, l’Organisation de l’aviation civile iranienne a annoncé la suspension de l’affichage et de la vente de billets pour les vols à destination de l’Irak jusqu’à nouvel ordre.

Source : Médias