vendredi, 06/02/2026   
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La rencontre à Oman ne dissipe pas le spectre de la guerre | USA-Iran : des négociations de nécessité

Des missiles iraniens (Illustration)

L’Iran et les États-Unis s’engagent, ce vendredi 6 février, dans un processus de négociations fragile, dont l’ordre du jour reste flou et indéfini.

Ce processus qui réunit indirectement les deux parties à Mascate, oscille entre des possibilités contradictoires, et son issue est difficile à prévoir à ce stade. Il demeure vulnérable à un effondrement dû à un fossé difficile à combler.

Néanmoins, les deux camps sont investis dans le processus diplomatique, chacun selon ses propres calculs.

La négociation n’était pas une option privilégiée en soi, mais elle est apparue comme la seule issue possible après que l’escalade verbale a atteint un point critique : d’un côté, les États-Unis, à l’origine de l’escalade et des menaces, et de l’autre, l’Iran, soucieux d’éviter le danger.

Ainsi, les États-Unis devaient soit mettre à exécution leur menace d’intervention militaire, même limitée, ce qui risquait de déclencher une guerre à grande échelle que ni l’un ni l’autre camp ne souhaitait, soit rechercher une voie diplomatique pour éviter la confrontation. C’est le choix qu’a finalement fait l’Iran.

Téhéran aborde les négociations avec la conviction que son principal objectif est d’apaiser les menaces constantes d’intervention militaire tout en obtenant des avancées significatives dans la levée des sanctions, sans pour autant permettre que le débat aborde les questions qu’il considère comme non négociables, telles que les programmes de missiles, l’influence régionale et le soutien aux mouvements de résistance.

Ces questions ne sont pas négociables, et toute concession à ce sujet saperait les fondements mêmes de la légitimité du régime, tant sur le plan intérieur qu’international, au lieu de simplement modifier son comportement.

Washington, de son côté, perçoit les négociations comme un outil permettant de transformer la pression militaire en un changement durable du comportement de l’Iran, et non comme un simple gel temporaire de son programme nucléaire.

Par conséquent, les États-Unis ont initialement relevé leurs exigences pour inclure les missiles balistiques et l’influence régionale de l’Iran, une initiative qui complique le processus de négociation avant même son lancement.

L’inclusion de ces questions supplémentaires découle principalement de l’incitation israélienne, et non d’une évaluation par Washington d’un intérêt américain fondamental, comme c’est le cas pour la question nucléaire.

C’est là que réside le fossé entre les évaluations : tandis que Tel-Aviv considère la question des missiles et les relations de l’Iran avec les mouvements de résistance comme des lignes rouges, voire des menaces existentielles, Washington les perçoit comme des intérêts oscillant entre tactique et stratégie, et qu’il juge ouverts à la négociation et au compromis dans certaines limites.

Toutefois, si les États-Unis insistent pour élargir l’ordre du jour, l’Iran se trouvera confronté à un dilemme existentiel : soit accepter de discuter de questions qui menacent sa légitimité interne et externe, et par conséquent la raison d’être même du régime islamique, soit refuser et risquer l’effondrement de tout le processus. Dans ce cas, le prix de l’échec des négociations serait moindre que celui de la soumission aux conditions américaines.

Le dilemme auquel sont confrontés les États-Unis n’en est pas moins aigu : soit céder aux exigences d’Israël et risquer de faire dérailler les négociations, soit reculer et se concentrer uniquement sur la question nucléaire, ce qui pourrait être perçu, tant au niveau national que régional, comme un signe de faiblesse plutôt que de flexibilité tactique.

Le pari de Téhéran repose ici sur l’hypothèse que Washington, au moment crucial, préférera un accord nucléaire progressif à un échec total des négociations, surtout si l’Iran fait des concessions concrètes sur ce point.

Si un règlement purement nucléaire est conclu, les États-Unis pourront présenter l’accord comme une réussite surpassant celles des administrations précédentes vis-à-vis de l’Iran, tout en laissant d’autres questions ouvertes pour de futures négociations – autrement dit, geler la crise plutôt que la résoudre.

Quoi qu’il en soit, les hypothèses concernant les résultats possibles des négociations et la manière de se sortir de cette situation délicate restent floues ; il est donc nécessaire de suivre attentivement les indicateurs pratiques.

Dans ce contexte, les indicateurs des deux derniers jours, notamment le blocage puis la reprise des négociations, suggèrent une réelle volonté américaine de surmonter les obstacles. Washington a accepté la demande de Téhéran de déplacer les négociations d’Istanbul à Mascate et a limité la participation aux deux parties, sans les étendre à une réunion régionale incluant les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays.

Les États-Unis ont également concédé temporairement l’inclusion des dossiers relatifs aux missiles et à l’influence régionale dans le premier cycle de négociations, limitant ainsi les discussions à la question nucléaire. Ce recul américain indique clairement que Washington privilégie l’évitement d’une guerre à l’imposition de toutes ses exigences, même s’il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives.

Cette flexibilité américaine n’est pas perçue comme une concession tactique passagère, mais plutôt comme le signe que l’administration considère la poursuite du processus de négociation comme un moyen de différer la mise en œuvre de menaces militaires.

L’administration US a déterminé que la mise en œuvre de telles menaces, même à une échelle limitée, serait préjudiciable aux intérêts américains au-delà de la région et comporterait des risques qui pourraient être supérieurs au coût de l’acceptation d’un accord intérimaire incomplet. C’est précisément sur cela que compte Téhéran.

Par conséquent, les négociations qui viennent de commencer n’effacent ni l’animosité historique entre les deux parties, ni ne résolvent leurs agendas divergents. Chaque camp restera prêt à saisir la moindre occasion d’escalader la situation dès qu’il le jugera opportun, notamment les États-Unis.

Tandis que l’Iran conserve ses options balistiques et régionales comme moyen de pression futur, les États-Unis maintiennent leur renforcement militaire comme tactique de pression permanente, même en parallèle du dialogue, et comme élément clé de toute escalade ultérieure.