De mars au début de juin 2026, le discours israélien a tenté de réduire l’impasse de son armée sur le front libanais à une seule difficulté technique : les « drones suicide ». L’ennemi a délibérément occulté le reste des réalités du terrain. Pourtant, l’analyse de trois mois de combats d’après le « Centre d’études et de développement Al-Ittihad » dresse un constat bien différent : les drones ne sont qu’un maillon au sein d’un système militaire beaucoup plus vaste.
La véritable difficulté à laquelle s’est heurtée l’armée d’occupation s’articule autour de huit axes interdépendants : l’usage des engins explosifs, le maillage du renseignement, les drones, les missiles guidés, le combat au contact, l’artillerie de précision, la capacité à encaisser les déluges de feu et la reprise des combats depuis les décombres.
Une terre piégée
Dans les villages libanais, les axes de progression ne se sont pas révélés être des boulevards ouverts. À Rechaf et Hadatha en mai, l’explosion d’un engin piégé sous un bulldozer D9 a attiré les renforts dans un champ de mines, aboutissant à la destruction de quatre bulldozers.
Le 13 mai, une charge a touché un groupe d’infanterie puis un véhicule Namera, avant la neutralisation d’un blindé télécommandé ennemi.
Le 14 mai au nord de Taybeh, un piégeage a contraint une force d’infiltration à se replier sous un écran de fumée.
L’impact ne réside pas seulement dans le nombre de charges, mais dans la précision stratégique de leur positionnement : la capacité à piéger des zones censées être sous contrôle de tir prouve que la domination affichée ne correspond pas au terrain réel.
Crever les « yeux » de l’occupation
La doctrine militaire israélienne s’appuie sur une supériorité aérienne et de renseignement absolue. Or, la Résistance a poursuivi ses tirs et ses combats depuis des zones déclarées nettoyées par l’ennemi (Bint Jbeil, Aïnata, Al-Qawzah, Taybeh).
Plus grave encore pour l’armée israélienne : le passage de la dissimulation à la destruction directe de ces moyens d’observation, illustré par la chute de drones Hermes 450 (Zik), d’un Hermes 900 au-dessus d’Al-Qantara le 28 avril, d’un Heron 1 dans la Beka’a, et l’usage de missiles sol-air contre la chasse et les hélicoptères.
À Al-Qawzah, le 25 mars, les combattants de la Résistance ont tiré des missiles antiaériens sur un hélicoptère qui tentait d’atterrir pour évacuer des blessés touchés dans des chars, le contraignant à battre en retraite. Les 15 et 24 avril, des avions de chasse ont été visés dans le ciel de la Beka’a et du Sud, les obligeant à se replier et à opérer depuis des altitudes plus élevées.
La conséquence directe de ces actions est que les troupes terrestres ennemies, qui dépendent du renseignement aérien et de l’appui rapproché, ne progressent plus sous une couverture absolue.
Avec chaque menace pesant sur un drone de reconnaissance, un hélicoptère d’évacuation ou un chasseur bombardier, la bataille terrestre devient un terrain plus opaque et périlleux pour l’ennemi et ses forces d’avant-garde.
Une « armée de l’air » d’un nouveau genre
L’ironie est que les quadricoptères et les drones, que l’occupation tente de présenter comme le cœur du problème, ne forment en réalité qu’une pièce d’un dispositif plus vaste. Cela ne diminue en rien leur importance, mais permet de les replacer dans leur véritable rôle : celui d’une arme de précision qui remplit des fonctions autrefois réservées à l’aviation conventionnelle.
Au cours des affrontements, les combattants de la Résistance ont ciblé plusieurs bases et positions, notamment la base aérienne de Meron, la base de Shaga, la caserne de Ya’ara, la base d’Ami’ad et des camps dans le Golan, tandis que les drones ont atteint Acre, Nahariya et Haïfa. Ils ont également frappé des postes de commandement, des tentes de soldats, des radars et des batteries de défense antiaérienne.
Le 23 mai, des escadrions de quadricoptères ont visé des plateformes du Dôme de fer, des radars de brouillage et des véhicules de commandement à Biranit, Ramim et sur le site de Jal al-Alam.
En mars et avril, la Résistance avait déjà ciblé des bases stratégiques à Haïfa, Tel-Aviv, Acre et dans le Golan.
Le 13 avril, elle a mené une attaque au moyen de vagues de drones sur six cibles simultanées à Kiryat Shmona, Beit Hillel et Yiftah, atteignant des dortoirs de militaires, des centres de conduite de tir et des tentes de commandement.
Courant mai, les quadricoptères ont aussi été engagés contre des chars Merkava et des bulldozers D9 dans des zones où le tireur de missile antichar ne disposait d’aucune ligne de vue directe.
Distance zéro
Lorsque les forces d’occupation ont tenté de réduire leur exposition aux tirs à longue distance pour passer au combat rapproché, elles se sont heurtées à l’équation du « combat au contact ».
À Khiam, Bint Jbeil, Chamaa, Deir Siriane, Al-Qantara et Zawtar El-Charkiyeh, des affrontements avec les combattants de la Résistance ont éclaté et duré plusieurs heures.
Les tirs de la Résistance n’avaient rien d’aléatoire : la séquence s’amorçait aux armes légères pour fixer l’unité ennemie, se poursuivait avec des mitrailleuses moyennes pour l’isoler, avant l’introduction de roquettes à tir direct contre la troupe et les blindés qui l’assuraient de leur couverture.
À Deir Siriane et Al-Qantara, des combats au corps-à-corps se sont déroulés durant des heures.
Le 15 avril, une unité du 101ᵉ bataillon parachutiste est tombée dans une embuscade de la Résistance sur l’axe Maroun el-Ras – Bint Jbeil, déclenchée par un engin piégé avant de tourner au combat direct.
Aux abords de Zawtar et de Yohmor el-Chqif, le 30 mai, les affrontements se sont poursuivis de l’aube jusqu’à la nuit, les combattants empêchant l’ennemi d’asseoir le moindre contrôle sur le terrain.
À Aïnata, le 10 mai, le combat mené par la Résistance a illustré cette séquence dans sa totalité : d’abord le piégeage par engins explosifs, puis l’engagement de l’infanterie, et enfin le ciblage par quadricoptères des chars venus en soutien.
Un système de combat unique
Cet axe constitue le cœur du paysage opérationnel : l’action type de la Résistance ne repose pas sur une frappe isolée qui débuterait par un roquette antichar et s’acheverait avec l’impact sur un blindé. Elle s’articule au contraire autour d’une séquence ininterrompue d’attaques, au cours de laquelle les moyens d’évacuation et d’appui sont attirés méthodiquement dans la zone d’engagement.
Les différentes composantes de combat n’opèrent pas de manière isolée, mais au sein d’un dispositif interconnecté combinant pièces antichars, génie et engins piégés, drones, défense antiaérienne et artillerie, sur un même secteur géographique et selon un calendrier rigoureusement calculé. Ce schéma a transformé des axes comme Bayyada, le projet Taybeh ou Hadatha en théâtres où se répètent sans cesse les cycles d’attaque, d’évacuation et de re-ciblage.
À Al-Qawzah, le 29 mars, l’affrontement a débuté par le ciblage d’un char Merkava, avant de s’étendre à un second blindé engagé dans l’évacuation, puis à l’infanterie au moyen d’un drone suicide. Lors de l’intervention d’un hélicoptère pour secourir les blessés, la défense antiaérienne est entrée en action.
Sur l’axe Taybeh – Baydar al-Faq’ani, le 19 mars, la destruction d’un char a été suivie du ciblage de cinq autres blindés tentant de se replier vers Deir Siriane, avant que la zone d’évacuation ne soit pilonnée dès l’arrivée des hélicoptères.
Quant à l’axe Deir Siriane – Zawtar, le 4 mai, le combat rapproché s’y est mêlé aux tirs d’artillerie et aux manœuvres destinées à interdire l’atterrissage des hélicoptères, faisant de l’itinéraire de repli terrestre lui-même une zone de tir ouverte.
Le cauchemar des Merkava revient sur le devants de la scène
En dépit des systèmes de protection active équipant les blindés israéliens, les missiles guidés de la Résistance sont restés l’un des défis les plus redoutables pour les forces blindées.
La destruction de chars a été enregistrée sur plusieurs axes et villages, notamment à Tell Nahhas, au projet Taybeh, à Al-Qantara, Bayyada, Zawtar El-Charkiyeh, Aïnata, Deir Siriane et Yahmor el-Chqif, sans compter le ciblage de bulldozers D9, de blindés Namera et de véhicules de commandement Humvee.
Pour le seul mois de mars, 108 véhicules militaires de toutes catégories ont été détruits ou hors de combat sous le feu des missiles guidés.
À Al-Qantara, la destruction et la mise hors de combat de huit chars Merkava ont été répertoriées sur un même point.
Au projet Taybeh, le 25 mars, la Résistance a détruit six chars et un bulldozer D9, avant de frapper les troupes d’évacuation pour les empêcher de remorquer les engins.
À Odayseh, fin mai, l’effort s’est porté sur les véhicules de commandement et de contrôle de type Namera et Humvee afin de paralyser le cœur opérationnel et les communications de la force d’invasion.
Le dilemme auquel a fait face l’arme blindée ennemie réside dans le fait que le char n’était plus seulement un moyen de protéger la troupe et d’ouvrir la voie : il s’est fréquemment transformé en une cible nécessitant elle-même une force de protection et d’évacuation, démultipliant ainsi les effectifs exposés aux tirs.
Que reste-t-il après le « déluge de feu » ?
L’occupation s’est appuyée sur des pilonnages aériens massifs pour préparer le terrain avant la progression de ses troupes. Or, après les frappes, elle s’est heurtée à la reprise immédiate des tirs depuis ces mêmes zones.
À la suite de l’opération d’héliportage aux abords de Nabi Chit le 7 mars, plus de quarante raids et déluges de feu ont été exécutés pour couvrir le repli de l’unité, mais l’artillerie de la Résistance a continué de pilonner son itinéraire de retraite.
À Zawtar El-Charkiyeh, fin mai, un combat s’est suivi de frappes aériennes et d’artillerie durant toute la nuit ; pourtant, à l’aube, les troupes en progression ont été surprises par des embuscades toujours en place.
À Bint Jbeil et Khiam, les salves et les affrontements se sont poursuivis depuis le cœur de quartiers pourtant soumis à de vastes destructions.
Le 27 mai, à Zawtar El-Charkiyeh, des éléments du bataillon « Shaked » de la brigade Givati se sont repliés après un engagement, mouvement suivi d’un déluge de feu aérien.
La riposte ne s’est pas fait attendre : chars et regroupements de soldats ont été pris pour cibles sur cette même zone.
En avril et mai, les décombres de Bint Jbeil et Khiam se sont transformés en un réseau permettant de reprendre combats et tirs.
Cette souplesse décentralisée vide la préparation aérienne de son sens : dès lors que le combattant parvient à encaisser le premier choc, à se repositionner puis à réouvrir le feu, les frappes ne garantissent plus automatiquement un couloir sécurisé pour les forces terrestres.
Aucun rassemblement n’est à l’abri
Outre les drones et les missiles, l’artillerie, les mortiers et les roquettes à courte portée ont joué un rôle clé pour imposer une usure permanente aux forces ennemies. Les regroupements de soldats dans les positions arrière comme avancées — de Misgav Am, Metula, Avivim et Shtula jusqu’à Zar’it, Khiam, Deir Siriane, Taybeh, Aïnata, Rechaf, Hadatha, Al-Qawzah, Bayyada et Naqoura — sont restés exposés à des pilonnages concentrés et répétés. L’objectif : empêcher la stabilisation de lignes de ravitaillement sécurisées, priver l’infanterie de zones de regroupement et de repos, et transformer la présence même sur le terrain en un fardeau quotidien.
Le 24 mai, près de la rivière Deir Siriane, la Résistance a ciblé un même rassemblement ennemi à cinq reprises en l’espace de quelques heures. Le 18 mai, elle a mené un raid d’artillerie contre des positions à Khiam, Taybeh et Deir Mimas. Durant ces trois mois, les pilonnages ont également visé à plusieurs reprises les forces d’évacuation et les zones d’atterrissage des hélicoptères, faisant de l’évacuation non plus une phase distincte, mais le prolongement direct du combat.
Cependant, l’impasse israélienne ne se limite pas à la frontière. La guerre, censée sécuriser le front intérieur et éloigner les tirs des colonies du Nord, s’est traduite dans les faits par un déplacement des frappes vers une profondeur accrue.
À Tel-Aviv et dans le Centre, les tirs de la Résistance ont visé des installations stratégiques, notamment le siège du ministère de la Défense à la « Kirya », la caserne Dovev du renseignement militaire, la base de Glilot accueillant le siège de l’Unité 8200, la base de Tel Hashomer ainsi que la base aérienne de Palmachim.
À Haïfa, la Résistance a frappé la base navale, Stella Maris, les complexes d’industries militaires des Krayot et la base d’Ein Shemer, tout en ciblant la base navale d’Ashdod et un bâtiment de guerre en mer.
Quant aux colonies du Nord, elles sont restées sous le feu continu des missiles et des drones de la Résistance, maintenant le front intérieur au cœur de la bataille au lieu d’en faire une zone protégée derrière la ligne de front.
L’essentiel de la crise pour l’ennemi réside là : si le but de l’opération terrestre était de protéger la profondeur du territoire et de faire taire les tirs, la poursuite de ces frappes et leur portée vers des bases plus lointaines prouvent que la progression terrestre, quel qu’en soit le volume tactique, ne s’est pas traduite par un gain stratégique sur le plan sécuritaire.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
