vendredi, 21/08/2026   
   Beyrouth 15:11

La bataille économique contre l’Iran : l’Amérique combat… avec l’épée du Golfe

En se retirant de facto du conflit militaire contre l’Iran, les États-Unis se sont distanciés, et avec eux Israël, d’une confrontation directe, laissant le soin aux États du Golfe de gérer les problèmes.

Ces derniers s’enlisent, les uns après les autres, avec l’encouragement manifeste des États-Unis, dans des conflits avec leur voisin. Ces conflits prennent désormais la forme d’une guerre économique féroce, qui, semble-t-il, vise à atteindre ce que des mois de conflit militaire direct, sous ses formes tant à grande échelle qu’intermittentes, n’ont pas réussi à accomplir.

Washington a adopté cette stratégie immédiatement après la signature du mémorandum d’entente avec Téhéran le 18 juin, un accord qui ne lui convenait pas. Les États-Unis ont ensuite œuvré pour contraindre le sultanat d’Oman à ouvrir le passage sud du détroit d’Ormuz, au large des côtes omanaises, afin d’annuler tout gain iranien résultant de l’échec de la guerre à renverser le régime ou à le contraindre à modifier son comportement. Cette attitude, contraire aux intentions des États-Unis et d’Israël, n’a fait que renforcer et consolider le régime. Bien que le Sultanat n’ait eu d’autre choix que d’accepter cette situation, le résultat fut le même : un problème avec Téhéran, Mascate ayant cédé aux pressions américaines. Finalement, le détroit fut fermé par la force.

Suite à cela, Washington a incité Riyad à reprendre les hostilités avec Sanaa. Si cette dernière a initié le blocus contre le Royaume, il s’agissait d’une conséquence logique du blocus mené par l’Arabie saoudite et soutenu par les États-Unis. Selon les analyses yéménites, du moins, la guerre actuelle vise à empêcher Ansarullah (les Houthis) d’utiliser le détroit de Bab el-Mandeb pour exercer une pression sur l’approvisionnement mondial en pétrole, que ce soit pour obtenir la levée du blocus ou pour alimenter le conflit régional plus large.

Cependant, le coup le plus dur porté par les États-Unis est venu des Émirats arabes unis, qui ont annoncé il y a deux jours la rupture de toutes leurs relations commerciales et financières avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre, ainsi que des mesures contre les résidents iraniens dans le pays. Téhéran a perçu cela comme une escalade dangereuse et a accusé Abou Dhabi de suivre Washington et Tel-Aviv dans leur agression à son encontre. Tout cela s’accompagne de l’« Alliance de La Mecque », que les États-Unis cherchent à ériger en contrepoids à l’Iran dans le Golfe d’après-guerre, et ils envisagent d’y inclure l’Égypte et d’autres pays.

Retour aux anciennes méthodes de pression

Ce qui a été présenté montre clairement que les États-Unis se sont retirés de facto de leur guerre vouée à l’échec et ont repris leurs anciennes méthodes de pression, mais sous une forme plus intense, impliquant directement les États de la région.

Ils ont également écarté Israël de l’équation, alors que la présence de ce dernier avait été une cause directe de l’échec de la guerre contre l’Iran.

Désormais, cette campagne renouvelée de « pression maximale » semble s’inscrire dans une stratégie de surenchère menée par les États-Unis, qui demeurent leur seule option face à la défaite. Ce qui motive peut-être Washington, c’est son succès apparent dans la maîtrise des prix du pétrole, qui sont restés élevés, mais inférieurs à 100 dollars. Ce sont des prix que les Américains pensent pouvoir maintenir jusqu’aux élections de mi-mandat – notamment grâce à la désescalade du conflit direct dans le Golfe – et auxquels le public finira par s’habituer.

Mais les États-Unis ont-ils abandonné leurs grands projets de domination régionale par divers moyens, y compris l’expansion israélienne contrôlée et le renforcement des relations avec des puissances régionales majeures comme la Turquie et le Pakistan ?

Le conflit actuel ne semble pas pouvoir se prolonger, étant donné que les États du Golfe ne peuvent soutenir, ni économiquement ni militairement, une guerre de cette ampleur, surtout face à la réaction imprévisible de l’Iran. Par conséquent, l’Arabie saoudite ne tardera pas à dénoncer la guerre au Yémen, et les Émirats arabes unis à payer un lourd tribut pour leurs actions contre l’Iran.

Après ce conflit temporaire, qui pourrait durer jusqu’aux élections de mi-mandat au Congrès américain et aux élections israéliennes, d’autres options devraient se profiler, qu’il s’agisse d’un règlement ou d’une nouvelle guerre. Washington n’acceptera pas facilement que le prix de la fin de la guerre contre Téhéran soit la perte de tout ce qu’elle estime avoir obtenu depuis le 7 octobre, et même davantage.

Par Hussein Ibrahim

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar