Des données exclusives obtenues par Al-Akhbar révèlent une initiative menée par le président Joseph Aoun, en collaboration avec le Premier ministre Nawaf Salam, en vue de signer un accord de coopération militaire entre le Liban et l’Union européenne, dans le but de déployer une force militaire européenne pour remplacer les forces de la FINUL, dont le mandat prendra fin à la fin de cette année.
Aoun semble agir en partant du principe qu’un tel accord ne nécessite ni décret du Conseil des ministres ni loi votée par le Parlement, à la manière dont il procède dans le dossier de l’accord avec ‘Israël’.
Il s’appuie sur un soutien particulier de la part du côté américain, qui continue de privilégier une participation européenne limitée à certains pays, avec un accent particulier sur l’Italie.
Selon les informations, la visite d’Aoun à Rome vise à discuter de ce dossier avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dans le cadre du rôle voulu par les États-Unis et ‘Israël’ pour l’État dirigé par un gouvernement de droite qui bénéficie du soutien de l’administration du président Donald Trump, et qu’Israël ne classe pas comme un État ennemi, en raison de la position timide de Rome face à la guerre d’extermination à Gaza et au Liban.
Aoun cherche à convaincre les Italiens de fournir les exigences du financement européen pour diriger la force européenne, qui est censée être constituée de pays tels que l’Allemagne et les pays scandinaves, avec un souhait américano-israélien d’écarter la France et l’Espagne en particulier, tout en réservant un rôle particulier à l’Allemagne.
L’Italie était la seule partie privilégiée par les États-Unis et ‘Israël’ pour accueillir les négociations entre la délégation de l’autorité libanaise soumise à la tutelle étrangère et l’entité sioniste.
Rome fournit les requêtes logistiques pour les délégations sans aucune ingérence dans leur contenu, mais les services de renseignement italiens œuvrent activement pour tracer une nouvelle carte de la situation au Liban, au cas où il y aurait une orientation pour y envoyer une force.
Sachant que la question centrale à laquelle les données n’indiquent pas si Rome a obtenu une réponse est la suivante : Rome pense-t-elle être en mesure d’envoyer des forces au Sud-Liban sans une entente préalable avec le Hezbollah ?
Dans le même contexte, le problème le plus important apparaît en ce qui concerne le rôle de la France.
Paris, dont la présence au Liban a fortement reculé ces derniers temps, ne semble pas capable de reprendre l’initiative, d’autant plus que le pouvoir au Liban, malgré de bonnes relations avec le Premier ministre, s’en tient aux recommandations américano-saoudiennes, tout en signalant que l’ennemi lui-même ne veut pas que la France joue le moindre rôle au Liban.
Cela s’est traduit par un refus américano-israélien explicite d’une offre présentée par Paris d’accueillir les négociations libano-israéliennes à la place de Rome. Le Liban a cédé aux pressions américaines.
Mais le problème de la France dans ce contexte semble plus flagrant, en lien avec la manière dont Paris a géré la situation au Liban au cours des dernières années. Paris a tenté de ménager ‘Israël’ et les États-Unis en réduisant ses contacts avec le Hezbollah et en élevant le niveau de ses critiques à son égard, sachant que le rôle de la France au Liban n’aurait eu aucune présence si le Hezbollah ne lui parlait pas. Elle paie aujourd’hui le prix de cette stratégie erronée.
À noter que l’administration du président Emmanuel Macron se montre tiède face à l’accord-cadre signé par l’autorité soumise à la tutelle avec ‘Israël’ ; elle l’a accueilli dans un cadre ordinaire, mais ne montre aucun enthousiasme à son égard, d’autant plus qu’elle est tenue à l’écart de tous les détails qui le concernent.
En pratique, la France aborde la nouvelle phase au Liban en ayant conscience que sa position n’est plus ce qu’elle était. Ce changement ne signifie pas sa sortie du Liban, mais Paris a perdu sa capacité à peser sur les événements. Elle tente de réaffirmer sa présence dans l’espoir de recouvrer son rôle d’antan. C’est précisément sous cet angle que s’inscrit l’appel à la réunion préparatoire pour la conférence de soutien à l’armée et aux forces de sécurité à Paris le 17 septembre.
Paris considère que l’armée est l’espace à travers lequel la France peut revenir sur le devant de la scène sans entrer en confrontation directe avec Washington.
L’institution militaire s’est transformée en un axe central dans la vision internationale du Liban, étant l’instrument censé endosser une plus grande responsabilité dans le Sud, étendre le déploiement de l’État et contribuer à consolider son monopole sur les armes.
Plus les besoins de l’armée augmenteront dans la phase à venir, plus la valeur des pays capables de fournir formation, équipement, financement et expertise grandira, et c’est là que Paris aperçoit une fenêtre pour récupérer une partie de son influence.
Cependant, la question dépasse le simple soutien à l’armée. La conférence française intervient à un moment où l’on recherche la physionomie du Sud après la fin de la mission de la FINUL, fin 2026.
Des alternatives et de nouveaux arrangements internationaux sont déjà en discussion, tandis que la France et l’Italie avancent la formule d’une présence internationale plus restreinte pour soutenir l’armée libanaise, ce qui révèle que Paris veut faire partie de l’architecture de l’après-« FINUL », et non pas être un simple État donateur pour l’institution militaire.
Paris sait que la fin de la FINUL signifie la fin de l’un des outils les plus marquants qui lui ont assuré une présence directe et continue dans le Sud depuis des décennies.
Si la force internationale se retire sans que la France ait une place de rechange, son influence de terrain et politique reculera d’autant au profit des forces qui s’emparent de la nouvelle trajectoire.
Par conséquent, investir dans l’armée revient, en partie, à investir dans la position de la France après la FINUL.
En pratique, Paris fait face au choix le plus réaliste : devenir un partenaire restreint au sein de la trajectoire américaine, se présenter comme une force européenne capable d’exécuter ce qui fait l’objet d’un consensus, et fournir une couverture européenne et arabe à tout nouvel arrangement.
C’est ce qui explique l’association de la Jordanie et d’autres pays à la conférence, ainsi que la recherche d’une large présence américaine et saoudienne.
La France a besoin que sa conférence passe du statut d’événement français à celui de plateforme internationale, afin que sa démarche ne ressemble pas à une tentative de ressusciter une influence perdue.
La France tente de donner l’impression qu’elle détient de solides cartes qu’elle peut exploiter, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, et forte de sa longue relation avec l’institution militaire au Liban, ainsi que de sa capacité à agir au sein de l’Union européenne.
Elle se présente comme un pont entre le Liban et l’Europe à un moment où Washington pourrait avoir besoin de partenaires pour mettre en œuvre les arrangements post-retrait international.
Néanmoins, ces cartes « pourraient s’avérer insuffisantes si la décision politique et sécuritaire dans le Sud demeure entièrement américaine. C’est pourquoi la conférence du 17 septembre sera bien plus qu’une simple réunion de collecte d’aides : elle constituera un test de la capacité de la France à convaincre les États-Unis que sa présence dans l’équation sera une aide précieuse. »
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
