Par Firas Al-Choufi
La visite du chef d’état-major de l’armée d’occupation israélienne, Eyal Zamir, dans le sud de la Syrie mercredi matin, est venue réaffirmer les plans de Tel-Aviv sur le front syrien, qu’il s’agisse de la poursuite de la création et de l’élargissement de la zone tampon aux dépens de nouveaux territoires, de l’imposition d’une hégémonie aérienne totale, ou encore du mépris affiché face aux tentatives de Damas et de Washington de reprendre les discussions de Paris, tenues en janvier dernier.
Alors que les médias hébreux n’ont pas révélé les sites précis visités par M. Zamir à Quneitra, à Deraa ou au mont Hermon (Jabal al-Sheikh), se contentant d’annoncer qu’il avait effectué une tournée dans plusieurs positions, les mouvements des forces militaires, politiques et sociales de l’occupation dans le Sud révèlent des objectifs bien plus vastes que le simple contrôle d’une zone tampon, dépassant les prétextes de maintien de la sécurité et de protection de Soueïda.
De même, cette visite du chef d’état-major — issu de la frange ambitieuse de l’appareil militaire israélien — intervient peu après l’annonce par la Colombie de sa reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan occupé.
Cette décision reflète la nouvelle influence d’Israël en Amérique latine et l’extension de l’hégémonie américaine — sous l’administration du président Donald Trump — sur ce que l’on qualifie traditionnellement de jardin arrière des États-Unis.
Alors qu’Israël trace chaque jour, par une politique de grignotage progressif, un projet intégré d’hégémonie sur ce qu’il est convenu d’appeler en hébreu la ligne du sud de Palmyre — c’est-à-dire la région s’étendant du plateau du Golan occupé jusqu’au sud de la ville de Palmyre dans le centre de la Syrie, incluant la majeure partie de la chaîne du Qalamoun à l’ouest, en passant par la ville de Damas et jusqu’à la frontière irakienne —, Tel-Aviv n’a pas épargné les régions septentrionales de la Syrie de ses incursions.
En témoignent ses frappes menées à l’aube d’avant-hier contre l’aéroport militaire d’Abou al-Dhouhour, situé à moins de 60 km de la frontière officielle turque.
L’action israélienne, tant sur le plan militaire que politique dans le Sud, peut se résumer en plusieurs points :
Premièrement, dans le cadre du projet de barrière orientale que l’État occupant s’efforce d’établir le long de la frontière, de Jabal al-Sheikh à Eilat, en passant par la frontière jordanienne et des pans de la Cisjordanie, ‘Israël’ procède à des rasements de terres, à l’élévation de talus en terre et en béton, ainsi qu’à l’installation de lignes techniques électroniques et militaires multicouches, s’étendant à des kilomètres au-delà de la zone tampon stipulée par l’accord d’armistice de 1974. À cela s’ajoute l’établissement de 12 à 14 bases permanentes sur des collines et des nœuds stratégiques, depuis le mont Hermon jusqu’au bassin du Yarmouk, parallèlement au transfert de batteries d’artillerie et de missiles à longue portée vers ces positions, menaçant ainsi le nord de la capitale, Damas.
Deuxièmement, ‘Israël’ mène un ratissage sécuritaire et une collecte de renseignements auprès des habitants des villages du mont Hermon, de Quneitra et de l’ouest de la province de Deraa, tout en nouant des contacts avec des personnalités locales et des notables des localités frontalières, et en multipliant les campagnes d’arrestations et d’intimidation contre ceux qui refusent de collaborer.
Tel-Aviv a également aménagé un dispensaire près du village de Hader, incitant les habitants des environs de diverses confessions à en bénéficier, tout en planifiant la construction d’un autre dispensaire dans la campagne de Deraa.
Cette approche s’accompagne de distributions d’aides en nature visant à corrompre les consciences locales et à exploiter leur détresse économique.
Troisièmement, à Soueïda, ‘Israël’ instrumentalise les massacres perpétrés par les forces affiliées au gouvernement de transition syrien et par des groupes tribaux — ainsi que l’absence de mesures sérieuses de la part de Damas pour rendre justice et résoudre la crise —, afin de creuser un fossé définitif entre les habitants de la province, et les druzes syriens en général, et le nouveau pouvoir central.
Cette stratégie cherche à consolider le rôle de Sheikh Hikmat al-Hajari et à pérenniser le statu quo dans cette région méridionale, dans l’attente d’un éventuel essoufflement du soutien de l’administration américaine actuelle au pouvoir du président de transition, Ahmad al-Charaa, lors de la seconde moitié du mandat du président Donald Trump.
Concernant Jabal al-Sheikh (mont Hermon), ‘Israël’ tente de former une petite milice locale chargée de la sécurité des villages, un dossier piloté par le général Ghassan Alian, coordinateur des affaires druzes en Syrie et au Liban au sein de l’armée d’occupation.
Quatrièmement, et plus grave encore, ‘Israël’ cherche à exploiter la conjoncture militaire et politique pour étendre la colonisation dans le Golan occupé, afin de doubler le nombre de colons pour atteindre 50 000 personnes — soit deux fois la population syrienne actuelle résidant dans les cinq villages occupés —, tout en accentuant les pressions sur les résidents locaux pour les pousser à acquérir la nationalité israélienne.
Tel-Aviv instrumentalise la colère suscitée par les événements de Soueïda pour les inciter à rompre avec leur rejet historique de cette nationalité, affiché lors du soulèvement de 1981-1982 contre la décision d’annexion.
Sur le plan politique, ‘Israël’ a totalement ignoré ces derniers mois les efforts du diplomate américain basé en Turquie, Tom Barrack, pour relancer les pourparlers entre Damas et Tel-Aviv, balayant les messages publics et secrets d’Ahmad al-Charaa en faveur d’un accord sécuritaire.
En guise de réponse, l’entité sioniste a multiplié les actes d’agression, se contentant d’un minimum de coordination sécuritaire validé par l’autorité de transition dans le cadre de l’accord de Paris, tout en transmettant ses messages par l’intermédiaire du médiateur américain.
En parallèle, une campagne médiatique est menée pour dépeindre le nouveau pouvoir syrien, et son parrain turc, comme des menaces imminentes, préparant le terrain à de nouvelles actions hostiles sur le théâtre syrien à court terme.
Ainsi, le pouvoir syrien actuel apparaît pris en étau entre la tutelle des États-Unis et le blanc-seing accordé par Washington aux ambitions israéliennes en Syrie (notamment en avalisant l’annexion du Golan, entérinée sous le premier mandat de Donald Trump et non remise en cause par l’administration de Joe Biden), en dépit des réserves de Barrack, souvent mis en difficulté par les provocations flagrantes de Tel-Aviv, à l’instar de la frappe récente contre l’aéroport d’Abou al-Dhouhour.
Il ne fait aucun doute que la période à venir, en particulier à l’issue du calendrier électoral israélien, comporte de lourds périls pour la stabilité syrienne.
L’appareil militaire israélien cherche à consolider par la force les acquis de ces trois dernières années et à parachever l’élimination des menaces émergentes. Le risque d’annexions territoriales accrues, d’une expansion coloniale agressive et d’une mainmise renforcée sur les ressources stratégiques — en premier lieu l’eau et les terres arables — demeure ainsi plus que jamais d’actualité.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
