Par Yahya Dbouq
Lorsque le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’est adressé récemment à des officiers de réserve pour annoncer qu’Israël a l’intention de se libérer de la dépendance et de bâtir son propre système d’armement indépendant, il semblait refléter une réalité stratégique tridimensionnelle qui s’est révélée à ‘Israël’ au cours des trois dernières années, en raison de ses guerres continuelles depuis le 7 octobre 2023.
Le premier volet de cette réalité réside dans le fait que la guerre a montré à Tel-Aviv le plafond réel de sa capacité.
Le deuxième volet se manifeste dans les performances du parrain américain lui-même, qui s’est aperçu qu’il était entré dans la bataille sans préparation suffisante, se trouvant contraint d’agir pour « limiter les pertes » au lieu de chercher la victoire.
Quant au troisième volet, il est lié à ce qu’Israël perçoit comme une disposition du président américain, Donald Trump, à conclure un accord avec l’Iran pour lui offrir une bouée de sauvetage politique et économique.
Sur fond de toutes ces réalités, des plans ambitieux ont commencé à se concrétiser à Tel-Aviv pour injecter 350 milliards de shekels, soit jusqu’à 110 milliards de dollars, dans les industries sécuritaires locales, avec des calendriers prévoyant de renoncer à l’assistance militaire américaine d’ici 2039.
Cela intervient alors que la guerre contre l’Iran a montré que les combats prolongés n’ont pas seulement épuisé les stocks israéliens, mais que les stocks américains eux-mêmes, implantés en ‘Israël’, étaient déjà vides après que les États-Unis en ont transféré le contenu pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.
De plus, Tel-Aviv n’oublie pas que l’administration de Joe Biden, malgré son soutien ouvert à la guerre d’extermination israélienne contre Gaza, a parfois eu recours au retardement des livraisons de bulldozers militaires lourds et d’équipements de guidage de bombes de précision, dans une tentative de forcer son alliée à modifier son comportement à Gaza et au Liban.
Aujourd’hui, la stupeur réside dans le fait que Trump, aux côtés duquel ‘Israël’ a mené la guerre contre Téhéran, négocie désormais avec son ennemi, affichant même une disposition à donner à « l’axe chiite » l’occasion de renforcer sa puissance, tandis que ce qu’Israël nomme « l’axe sunnite » se renforce à travers la coopération américano-turque.
Cependant, les plans posés aujourd’hui sur la table des décideurs israéliens réussiront-ils à libérer Tel-Aviv du joug de la dépendance envers Washington et de ses dangers ?
En réalité, les solutions avancées par les experts et les responsables révèlent un fossé abyssal entre les ambitions et les capacités réelles. Elles banalisent l’aide américaine comme une simple ligne budgétaire renonçable, en oubliant qu’Israël vit à l’ombre du parapluie stratégique de Washington.
C’est cette protection qui lui garantit l’appui du veto américain au Conseil de sécurité et dans les instances internationales, une couverture face au boycott et aux poursuites judiciaires, ainsi qu’un financement indispensable au développement militaire. C’est aussi ce statut de vassal le plus influent des États-Unis qui incite de nombreux États à traiter avec lui.
Dans ce contexte, le « Centre de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité » reconnaît, dans une étude préparée par le colonel de réserve Gabi Siboni, que la diversification des sources de production et d’approvisionnement ne garantit pas la sortie d’Israël du cercle de la dépendance, mais ne fait qu’élargir les contours de ce cercle, maintenant Tel-Aviv otage de chaînes d’approvisionnement qu’elle ne maîtrise pas.
Bien que la même étude recommande de se tourner vers l’Inde, la Corée du Sud et le Japon, elle admet que cette diversification ne suffira pas à résoudre le problème fondamental, étant donné qu’aucun de ces pays n’oserait défier les États-Unis lors d’une crise réelle.
La responsable de la direction de la croissance au ministère de l’Économie, Elinor Yacobson, avait admis lors de la « Conférence sur la technologie sécuritaire » organisée par le journal Yediot Aharonoth (février 2026) que la guerre a révélé un manque aigu de matières premières, soulignant que les grandes industries israéliennes dépendent pour leurs composants d’importations d’Europe de l’Est, montrant ainsi que le véritable fossé ne réside pas seulement dans les ingénieurs, mais dans le « plancher de production » lui-même.
L’ancien commandant de l’armée de l’air, le général de réserve Eitan Ben-Eliyahu, préconise ainsi de préserver l’aide américaine pour les « grandes plateformes », comme les avions. Une manière d’admettre qu’Israël peut fabriquer ses propres munitions, mais restera dépendant des États-Unis pour les armes stratégiques majeures qui décident du sort des guerres.
Il convient de rappeler ici que dans les années 1980, ‘Israël’ a tenté d’atteindre son indépendance dans le domaine de l’aviation militaire à travers le projet Lavi visant à développer un chasseur de fabrication locale ; mais le projet, dans lequel des efforts et des ressources considérables avaient été investis, n’a finalement pas vu le jour.
Dès lors, si ‘Israël’, au sommet de sa croissance économique et à une époque où la technologie était moins complexe, a été incapable de produire un chasseur indépendant, comment peut-il aujourd’hui bâtir des systèmes d’armement intégrés à une ère où les chaînes de production sont interconnectées ?
‘Israël’ a déjà accentué lui-même sa dépendance lorsqu’il a accepté, aux termes du protocole d’accord signé sous l’ère de Barack Obama (en 2016), de dépenser l’intégralité de l’aide américaine au sein d’entreprises américaines, ce qui a conduit au transfert de lignes de production vitales, telles que celles des missiles du Dôme de fer, vers des usines américaines.
Ainsi, Tel-Aviv a renoncé à son infrastructure de production en échange de la garantie des aides, alors qu’elle cherche maintenant à la récupérer par une décision politique, ignorant que la construction d’usines de munitions et de systèmes de précision exige des décennies d’accumulation industrielle et humaine.
De plus, l’indépendance en matière d’armement exige l’existence d’une profondeur stratégique, d’un espace géographique, d’une taille démographique et d’une économie capable de supporter le coût de longues guerres sans s’effondrer ; ce dont ‘Israël’ manque toujours, rendant difficile sa séparation de la seule source qui garantit sa survie.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
