Par Rashid Al-Haddad
Les opérations des forces de Sanaa contre Riyad et ses alliés s’intensifient et s’étendent, touchant jeudi une raffinerie d’Aramco à Jizan, dans le sud de l’Arabie saoudite. Face à cette escalade, des sources tribales à Marib rapportent que le parti Al-Islah redoute désormais la chute de la ville aux mains d’Ansarullah. Pour tenter de contenir la situation, le parti a sollicité plusieurs médiations internes et externes, notamment auprès du Hamas, mais ces démarches sont restées sans résultat.
Les craintes d’Al-Islah de voir Marib subir une offensive militaire majeure se sont renforcées après l’échec de la médiation du Hamas avec Ansarullah. Par cette démarche, le parti cherchait à neutraliser la ville, devenue un pôle logistique clé pour les factions pro-saoudiennes.
À Sanaa, plusieurs sources militaires informées affirment qu’aucune décision n’a encore été prise quant à une escalade à Marib. Elles n’excluent toutefois pas un tel choix en réplique aux récents combats sur le front sud.
De son côté, Mohammad Al-Bukhaiti, membre du bureau politique d’Ansarullah, a confirmé à la presse l’entrée du Hamas sur la ligne de la crise. Parallèlement, le ministère des Affaires étrangères à Sanaa a indiqué avoir reçu mercredi un message du chef du bureau politique du Hamas, Khalil Al-Hayya, selon l’agence officielle Saba (version Sanaa).
En contrepartie, le membre du « Conseil présidentiel », gouverneur de Marib Sultan Al-Arada, s’est entretenu jeudi lors d’un appel avec l’ambassadrice de France au Yémen, Catherine Corm-Kammoun, des derniers développements du terrain à Marib. Il a estimé que l’escalade en cours menace les intérêts économiques, en référence aux intérêts pétroliers français situés dans le périmètre du gouvernorat.
Cela intervient alors que les affrontements militaires se sont intensifiés entre les deux parties au cours des derniers jours, gagnant en intensité ces dernières heures, en particulier au sud de la ville de Marib.
Cette escalade a coïncidé avec la poursuite des attaques aériennes menées par les forces de Sanaa contre les centres d’approvisionnement militaire et logistique rattachés à l’Arabie saoudite au nord du gouvernorat de Marib, ainsi que dans la région d’Al-Abr rattachée au Hadramaout.
Alors que des sources militaires informées à Sanaa ont confirmé que plusieurs fronts de Marib connaissent des escarmouches depuis des jours, des sources locales ont indiqué que les récents affrontements, qui ont éclaté jeudi à l’aube, ont vu l’utilisation de différents types d’armes et se sont poursuivis pendant des heures, ce qui a renforcé les craintes d’Al-Islah quant à une chute de la ville.
Des observateurs estiment que l’élargissement du périmètre des affrontements aux abords du centre du gouvernorat pourrait pousser Sanaa à exécuter une vaste opération militaire se concluant par la prise du centre, d’autant que ces forces contrôlent 12 des 14 districts. Bien que les parties opposées au mouvement Ansarullah ne contrôlent que le district de la ville et Wadi Abida, elles restent positionnées dans des zones riches en pétrole et en gaz, produits depuis l’installation pétrolière de Safir située au nord de la ville.
Avec l’arrêt des affrontements à Marib début 2022, la carte du contrôle territorial est restée inchangée ; les forces de Sanaa demeurant en position d’attaque, tandis que les factions loyales à l’Arabie saoudite et celles rattachées à Al-Islah étaient et restent en position de défense à la périphérie de la ville.
Des observateurs considèrent que le changement majeur intervenu dans le rapport de forces à cette époque offre aujourd’hui le champ libre à Ansarullah pour réaliser une progression importante sur les fronts situés aux abords de la ville, et s’étendre au sud sur les fronts de Bayhan, qui mèneront le mouvement à prendre le contrôle des gisements pétroliers de Safir.
Les forces de Sanaa sont positionnées aux extrémités nord, ouest et sud de la ville de Marib, ainsi qu’aux alentours des montagnes stratégiques d’Al-Balaq qui surplombent la ville, outre leur contrôle sur des parties du barrage de Marib.
Elles contrôlent également les districts de Sirwah à l’ouest, et les lignes de contact avec le gouvernorat d’Al-Jawf, précisément près d’Al-Alamayn Al-Ahmar et Al-Abyad, et d’Al-Mahzamah au nord.
Ces forces avaient pris le contrôle, en 2021, des districts du sud et du sud-ouest tels qu’Al-Abdiyah, Harib et Al-Joubah.
Selon des sources locales, ces districts constituent la première ligne de défense et la profondeur sud de la ville de Marib où se retranchent les factions loyales à Riyad et rattachées à Al-Islah, ce qui donne à Ansarullah une large marge de manœuvre pour progresser vers le centre du gouvernorat depuis plusieurs directions simultanément, au cas où elle déciderait d’en prendre le contrôle.
Les affrontements aux abords de Marib ont coïncidé avec le renouvellement des attaques des forces de Sanaa contre des dépôts d’armes dans le camp de Sahn Al-Jinn, situé dans la périphérie ouest de la ville.
De même, ces forces ont riposté à la violation par Riyad de l’espace aérien des gouvernorats de Saada et d’Al-Jawf au moyen de ses drones, en ciblant la raffinerie de la compagnie pétrolière Aramco dans la région de Jizan au sud de l’Arabie saoudite, précisant, par la voix d’une source militaire, que l’opération a été exécutée au moyen de deux drones, et promettant de répondre à toute escalade par une riposte encore plus forte au cœur du territoire saoudien.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
