mardi, 11/08/2026   
   Beyrouth 09:12

Liban : Le ministre des Affaires étrangères avale sa langue face à une carte israélienne modifiant les frontières : le pouvoir osera-t-il suspendre le prochain cycle de négociations ?

Démolition de maisons par les bulldozers israéliens à Zawtar al-Sharqiyah, au sud-Liban (Ali Hashisho)

Il y a une différence fondamentale entre le retrait par ‘Israël’ d’une carte publiée sur le réseau X et le renoncement à la portée politique qu’elle véhiculait.

Le premier geste est d’ordre technique ; le second exige une position libanaise ferme capable d’en faire une affaire diplomatique qu’on ne saurait effacer d’un simple clic.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a en effet publié une carte statistique incluant des portions du Liban-Sud au sein du ‘territoire israélien’.

Le calendrier de cette publication ne peut être dissocié des négociations en cours entre le Liban et l’entité d’occupation, ni des discussions relatives au retrait et à l’avenir de la zone frontalière.

Bien que la carte ait été retirée ultérieurement de l’un des comptes israéliens, une version est restée en circulation sur le compte en langue arabe, sans que le Liban n’ait émis, jusqu’à présent, de protestation officielle et publique. Cet épisode n’a rien d’une simple erreur.

Pour ‘Israël’, les négociations ne remplacent pas les autres moyens de pression, elles en font partie. Il négocie tout en exerçant une pression, maintient ses troupes et ses positions là où il l’estime nécessaire, tente d’imposer des arrangements sécuritaires et conserve la plus large marge de manœuvre politique possible.

Le Liban, de son côté, semble aborder ce processus diplomatique avant tout pour complaire aux États-Unis.

Ce qui s’est produit dépasse pourtant ce cadre. Il demeure incompréhensible que le pouvoir libanais n’ait publié aucun communiqué officiel clair, se contentant de fuites médiatiques affirmant que l’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Mowaouad, a mené des démarches ayant conduit au retrait de la carte.

Or, cette initiative relève en premier lieu de la responsabilité directe du ministère libanais des Affaires étrangères, qui a avalé sa langue.

La publication de cette carte aurait dû donner lieu à une action diplomatique globale : l’envoi d’une note officielle du ministère au Secrétaire général de l’ONU à diffuser aux États membres, le dépôt d’une protestation auprès du Conseil de sécurité accompagnée des cartes et documents attestant des frontières libanaises, et la confirmation que toute négociation repose sur les frontières internationales existantes, et non sur les lignes de contrôle imposées par la guerre.

Le Liban dispose d’arguments juridiques solides. La frontière internationale entre le Liban et la Palestine sous mandat a fait l’objet d’un accord franco-britannique en 1923, et l’accord d’armistice israélo-libanais de 1949 a stipulé que la ligne d’armistice suivait cette frontière internationale.

En 1978, la résolution 425 du Conseil de sécurité a exigé le strict respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance politique du Liban dans ses frontières internationalement reconnues, demandant le retrait israélien.

Lors du retrait israélien en 2000, l’ONU s’est appuyée sur ces documents pour tracer une ligne conforme à ces frontières reconnues.

Pourquoi le ministère des Affaires étrangères n’exploite-t-il pas ces acquis ?

Des sources diplomatiques indiquent à Al-Akhbar : « Si Beyrouth a réussi à faire pression via Washington pour retirer la carte, ce ne doit être qu’un début. Une protestation limitée aux canaux bilatéraux s’oublie vite, tandis qu’un acte déposé à l’ONU s’inscrit dans le registre international. Le Liban aurait pu utiliser cette carte pour tester la médiation américaine : Washington accepte-t-il les frontières internationales comme référence, ou laisse-t-il la force militaire redessiner la géographie à la table des négociations ? »

Le problème réside dans l’attitude réactive de l’État libanais face à la politique du fait accompli d’Israël. Une telle carte exigeait une position officielle étayée par des documents internationaux pour contrer toute tentative de redéfinition des frontières.

Parallèlement, une tension est apparue, risquant de retarder le huitième cycle de négociations. Des médias israéliens rapportent que le Liban refuserait de négocier prochainement pour protester contre le refus d’Israël d’élargir les zones de retrait, tandis qu’Israël aurait protesté auprès de Washington concernant l’activité de l’armée libanaise au Sud.

Beyrouth se trouve face à un enjeu majeur : quelle est la valeur des négociations si l’une des parties peut modifier le terrain par la force sans devoir en débattre ?

Une décision de suspendre la participation libanaise ne signifierait pas l’abandon de la voie diplomatique, mais pourrait constituer une tentative de geler un processus déséquilibré. Toutefois, une telle suspension n’aura de valeur que si elle s’accompagne d’exigences claires et de nouvelles garanties.

L’État ne peut déployer l’armée au Sud et inciter les habitants à reconstruire sans garanties réelles contre de nouvelles attaques.

Le refus d’Israël de se retirer de points supplémentaires remet en question le principe même des « zones test » : s’agit-il d’une étape vers un retrait global ou d’une nouvelle formule pour maintenir une présence indirecte ?

En attendant, des proches du président de la République, Joseph Aoun, commencent déjà à faire fuiter l’idée qu’une suspension des négociations pourrait être un « piège » laissant le champ libre aux agressions israéliennes.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar