Les récents limogeages au sein du Mossad ne sont pas passés comme une simple mesure interne ordinaire. En quelques heures, l’affaire s’est transformée en l’une des questions les plus débattues en « Israël », après avoir touché deux hauts responsables : le chef du bureau Iran et la directrice de la division des renseignements.
Ce séisme intervient sur fond de ce que les rapports israéliens décrivent comme l’échec du plan élaboré pour renverser le pouvoir iranien lors de l’opération « Rugissement du lion ». Très vite, le sujet s’est hissé en tête des journaux télévisés et des réseaux sociaux, occupant une large place dans les débats des plateaux d’analyse et les principaux journaux israéliens.
L’importance de ces limogeages ne tient pas seulement au rang des deux responsables, mais à leur timing et à ce qu’ils révèlent de l’ampleur des répercussions internes de l’opération iranienne.
Le débat israélien aborde désormais ouvertement un échec majeur en Iran, mais la véritable discorde tourne autour de l’identité du responsable : le Mossad a-t-il échoué dans la planification, l’évaluation et la présentation d’une image irréaliste de la possibilité de renverser le régime ? Ou la responsabilité incombe-t-elle au pouvoir politique qui a adopté le plan et poussé à sa réalisation avant de se heurter aux limites de la préparation américaine, à la nature de la gestion de la guerre par le président Donald Trump, ainsi qu’à la nature, la résistance et la solidité du peuple iranien ?
L’opinion publique : les succès pour Netanyahu, les échecs pour les autres
Un échantillon des réactions de l’opinion publique israélienne montre clairement que les limogeages n’ont pas réussi à circonscrire la responsabilité au seul Mossad.
Ils ont au contraire déclenché des accusations inverses contre Netanyahu, perçues comme une tentative de lui faire porter la responsabilité politique du résultat.
Un commentateur a qualifié ce qui s’est passé d’exceptionnel par rapport aux crises sécuritaires précédentes, se demandant pourquoi deux hauts responsables sont limogés précisément maintenant, avant de conclure que Netanyahu « a besoin d’un bouc émissaire » après l’échec en Iran.
Les commentaires décrivent de manière récurrente ces limogeages comme une pratique basée sur la règle : « Les succès sont pour moi, les échecs pour les autres », ou comme une tentative de décharger le niveau décisionnel de sa responsabilité pour la rejeter sur le niveau professionnel.
Dans un autre commentaire, l’accusation est encore plus directe : « C’est le pouvoir politique qui a approuvé, poussé et conduit à un échec retentissant », tandis que les porteurs de la responsabilité politique restent à leurs postes et que l’échelon inférieur en paie le prix.
Une explication politique de l’échec du plan lui-même émerge également de cet échantillon : renverser un régime de la taille du pouvoir iranien exige du temps et de la continuité, alors que le projet a été lié à Trump qui incline, selon cette vision, vers des opérations et des guerres courtes interrompues rapidement. Il y avait donc un problème structurel dès le départ dans le fait de parier sur une opération à long terme au sein d’une telle équation.
Le Mossad ne sort pas blanchi
En revanche, le débat israélien n’exempte pas totalement le Mossad. Au sein de l’échantillon consulté, une autre tendance émerge, considérant l’opération en Iran comme un échec d’intelligence exceptionnel.
Elle attribue au chef du Mossad, David Barnea, et à ses plus proches adjoints la responsabilité d’avoir fourni à Trump des évaluations et des présentations qui s’avéreront irréalisables, tout en reconnaissant parallèlement la responsabilité de Netanyahu pour avoir adopté ces conceptions et les avoir appuyées politiquement.
C’est là que réside la portée de la « Tempête au Mossad » : l’affaire n’est plus une simple question de savoir qui a été limogé, mais s’est transformée en une bataille pour l’écriture du récit de l’échec iranien et la désignation de son responsable.
Une tendance place l’échec du côté de l’institution renseignement qui a planifié et évalué, tandis qu’une tendance plus large dans l’échantillon y voit le résultat d’une décision politique qui a adopté le plan, poussé à sa mise en œuvre, puis transféré la responsabilité au service de renseignement après son enlisement.
Ainsi, au lieu de clore le dossier de l’opération iranienne, les limogeages l’ont rouvert sous un jour encore plus sensible : si le plan de renversement du régime a échoué, qui a réellement failli : celui qui a conçu le plan, ou celui qui l’a approuvé, autorisé et y a entraîné « Israël » ? C’est précisément cette interrogation qui a fait sortir la « Tempête au Mossad » des murs du service pour la transformer en une affaire politique et médiatique au premier plan de la scène en « Israël ».
Source : Médias
