L’Arabie saoudite poursuit ses efforts pour renforcer sa sécurité par le biais de nouveaux accords de défense avec des puissances militaires, comme en témoigne l’accord signé hier à La Mecque par les dirigeants du Royaume, de la Turquie et du Pakistan, baptisé « Accord de défense conjointe de La Mecque ».
Si cette signature véhicule des messages divers à l’égard des parties concernées, il est peu probable que cet accord permette à l’Arabie saoudite de se sortir significativement de sa situation précaire actuelle. Le pays se trouve pris en étau entre une guerre majeure entre les États-Unis et l’Iran, où le Royaume, paradoxalement du fait de ses liens sécuritaires avec Washington, est un champ de bataille, et un conflit de moindre ampleur, mais non moins déterminant, avec Sanaa, qui vise à lever le blocus saoudien, lui-même fruit de ces mêmes relations sécuritaires.
Ce dernier conflit a peut-être accéléré la signature de l’accord, que ses signataires ont déclaré avoir négocié pendant un an. S’il est vrai que le Pakistan et la Turquie ne peuvent apporter de contribution substantielle à la protection du Royaume contre les attaques yéménites contre ses navires ou les frappes iraniennes contre les intérêts américains sur son sol, l’importance de cette évolution ne doit pas être sous-estimée. D’une manière ou d’une autre, cela marque l’aboutissement d’une stratégie saoudienne de diversification de ses protectorats, d’autant plus que le célèbre adage d’Hosni Moubarak, « Qui cherche refuge auprès des Américains se retrouve nu », s’est une fois de plus vérifié. En réalité, ce sont les accords avec les États-Unis qui ont fait du Royaume une cible pour les attaques iraniennes, puis yéménites, au lieu de le protéger. Et la stratégie israélienne de domination régionale vise ces trois pays, tout comme elle vise actuellement l’Iran.
Bien que l’accord tripartite intervienne peu après le lancement par le Yémen de sa stratégie de « siège contre siège » contre l’Arabie saoudite – une tentative de rompre les liens de cette dernière avec les États-Unis et ainsi ouvrir la voie à la levée du blocus, permettant de négocier une normalisation des relations avec le Royaume –, l’identité islamique des États signataires et la portée symbolique de la signature à La Mecque ne laissent pas penser que l’Iran, ni même le Yémen, soit la cible visée.
La Turquie et le Pakistan adoptent une position différente vis-à-vis de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, rendant leur implication improbable, même pour défendre l’Arabie saoudite, qui ne semble d’ailleurs pas intéressée par un conflit avec Téhéran. Concernant la question yéménite, Islamabad, par l’intermédiaire de son armée et de son parlement, a refusé de participer à la guerre en 2015, alors que le blocus auquel le Yémen est confronté aujourd’hui est une conséquence directe de ce conflit, qui se poursuit sans interruption depuis son début. Par ailleurs, la Turquie n’a jamais manifesté le moindre intérêt à s’enliser dans un bourbier comme celui du Yémen.
Aucune partie visée
De ce point de vue, on peut affirmer que le nouvel accord pourrait aider le Royaume à se désengager du conflit yéménite en créant un contrepoids politique aux pressions américaines, et par extension israéliennes, visant à maintenir le front yéménite dans l’impasse. Cela ouvrirait la voie à la levée du blocus par l’Arabie saoudite et à la mise en œuvre de la « feuille de route » élaborée par l’ONU et signée par Riyad et Sanaa. Le Pakistan et la Turquie sont des alliés régionaux majeurs des États-Unis, qui ont actuellement besoin de la médiation du Pakistan avec l’Iran, tandis que la Turquie joue un rôle de soutien dans plusieurs crises régionales, notamment en Syrie, au Liban et en Irak. Par ailleurs, le rôle important de la Turquie au sein de l’OTAN, que le président américain Donald Trump considère comme plus important encore que celui des principaux pays européens et occidentaux, mérite également d’être souligné.
En effet, l’accord insiste explicitement sur son caractère défensif, le fait qu’il ne vise aucune partie et son ouverture à l’inclusion d’autres États régionaux. Ces derniers mois, on a beaucoup parlé d’un accord de défense conjoint à quatre qui inclurait le Qatar, en plus des trois pays mentionnés. Ces discussions ont été largement interprétées comme un message adressé à l’Iran. Cette initiative s’inscrivait dans le cadre d’une restructuration du paysage régional après la guerre, un paysage qui devait évoluer en faveur de Téhéran. Il apparaît que l’Arabie saoudite, en particulier, plus encore que les deux autres signataires de l’Accord de La Mecque, souhaite éviter que la guerre ne se termine en position de faiblesse. Cette issue est présagée par le rapport de forces actuel, que les États-Unis s’apprêtent à accepter, comme en témoignent les réactions à l’accord irano-omanais sur les voies de navigation dans le détroit d’Ormuz, un accord que l’Arabie saoudite percevra sans aucun doute comme un affaiblissement de son rôle.
Mais l’un des messages les plus importants du nouvel accord, indépendamment de son efficacité sur le terrain, est que nous sommes entrés dans une nouvelle ère dans la région du Golfe après la guerre, une ère radicalement différente de la précédente. Cela reste vrai tant que nous attendons la conclusion d’un accord entre l’Iran et les États-Unis qui définira l’ampleur de cette différence. Naturellement, l’Amérique négociera âprement pour améliorer les termes de tout nouvel accord avec l’Iran. Ce n’est pas un hasard si Trump manipule les médias, répétant dix fois par jour avoir vaincu l’Iran, l’avoir écrasé et avoir anéanti son armée et sa marine, tout en appelant à un cessez-le-feu. Quant à Israël, il n’acceptera jamais aucun arrangement issu de la guerre et continuera de tenter de saboter tout accord que Washington pourrait conclure avec Téhéran, car ses pertes, dans ce cas de figure, deviendraient alors certaines.
Parmi les discussions relatives aux accords régionaux, l’éventualité d’une alliance régionale, peut-être à titre spéculatif, regroupant les pays signataires de l’Accord de La Mecque, ainsi que l’Égypte, le Qatar, l’Iran et d’autres, a été évoquée. Bien que cela puisse paraître irréaliste aujourd’hui, tout accord de sécurité régionale garantissant la sécurité des pays de la région nécessite une coopération entre ces pays et d’autres.
Par Hussein Ibrahim
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
