lundi, 02/02/2026   
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3 millions de pages dont 2.000 vidéos et 180 mille pages, l’administration Trump submerge le congrès avec les derniers documents du dossier Epstein

Faute de s’abstenir de les publier, par respect de la promesse électorale de faire toute la transparence de l’affaire Epstein, faite par Donald Trump, lui-même éclaboussé, son administration a opté pour la submersion en publiant une masse de documents de son dossier.

 « Aujourd’hui, nous publions plus de trois millions de pages, dont plus de 2.000 vidéos et plus de 180.000 images », a déclaré vendredi le numéro deux du ministère de la Justice, Todd Blanche, lors d’une conférence de presse.

Ancien avocat personnel de Donald Trump, proche de Jeffrey Epstein quand les deux hommes évoluaient au sein de la jet-set à New York et en Floride dans les années 1990, il a nié toute implication de la Maison Blanche dans ce processus.

« Nous nous sommes conformés à la loi et nous n’avons pas protégé le président Trump ni protégé ou omis de protéger qui que ce soit », a assuré Todd Blanche.

« Comme nous l’avons dit en juillet, si nous, au ministère de la Justice, avions des informations sur des hommes qui ont exploité sexuellement des femmes, nous les inculperions », a-t-il assuré.

« Mais je ne pense pas que la population, ou vous, en découvrirez dans les documents Epstein, hélas », a ajouté M. Blanche.

Il faisait référence à un mémorandum publié conjointement en juillet par le ministère et le FBI, la police fédérale, concluant à l’absence d’élément nouveau dans le dossier qui justifierait la publication de documents supplémentaires ou de nouvelles poursuites.

L’annonce avait enflammé la base « Maga » de Donald Trump qui accuse dans l’affaire Epstein, la dépravation et la corruption des élites.

Des victimes présumées de Jeffrey Epstein ont affirmé vendredi dans un communiqué que les derniers documents publiés « exposaient » les femmes exploitées « tandis que les hommes qui ont abusé de nous restent cachés et protégés ».

Bill Gates : « Un menteur patenté »

Les publications précédentes ont surtout éclairé le réseau spectaculaire de Jeffrey Epstein, richissime financier retrouvé pendu dans sa cellule en 2019 à New York avant de devoir être jugé pour avoir monté un système d’exploitation sexuelle de jeunes filles mineures.

Un brouillon de courrier électronique de Jeffrey Epstein diffusé vendredi évoque des relations extraconjugales de Bill Gates, dont le divorce avec son épouse Melinda avait notamment été motivé par sa relation avec le financier américain.

Le financier new-yorkais y affirmait que sa relation avec ce milliardaire allait permettre d' »aider Bill à trouver de la drogue, afin de faire face aux conséquences du sexe avec des filles russes, à faciliter des rendez-vous illicites avec des femmes mariées. »

La Fondation Gates a démenti dans un communiqué aux médias « des accusations absolument absurdes provenant d’un menteur patenté ».

Elon Musk : « La fête la plus déjantée »

Un autre document montre un échange d’e-mails entre Elon Musk et Jeffrey Epstein en 2012, dans lequel le magnat de la tech demande : « Quel(le) jour/soirée aura lieu la fête la plus déjantée sur ton île? »

Jeffrey Epstein possédait deux îles dans les Caraïbes. L’une d’elles serait, selon l’accusation, le lieu où il aurait agressé sexuellement plusieurs femmes et filles mineures.

Dans un message publié samedi sur X, Elon Musk a déclaré être conscient que cet échange pouvait être « mal interprété et utilisé par (ses) détracteurs pour salir (son) nom », avant d’appeler à la poursuite en justice de « ceux qui ont commis des crimes graves avec Epstein ».

Richard Branson : « Amènes ton harem »

Les fichiers mentionnent la relation amicale de Jeffrey Epstein avec le milliardaire britannique Richard Branson, cofondateur de Virgin Group.

Dans un email envoyé à M. Epstein en septembre 2013, il écrivait : « C’était vraiment sympa de te voir hier. Les gars de Watersports n’arrêtent pas d’en parler ! Si tu passes dans la région, je serai ravi de te revoir. A condition que tu amènes ton harem ! »

Les contacts entre Jeffrey Epstein et Richard Branson, ainsi que son ex-femme aujourd’hui décédée Joan, « n’ont eu lieu qu’à quelques occasions, il y a plus de 12 ans et se sont limités à des contextes de groupe ou professionnels », a réagi une porte-parole du groupe Virgin.

Elle a aussi assuré que M. Branson avait utilisé le mot « harem » parce qu’il était employé par Jeffrey Epstein.

« Richard estime que les actes d’Epstein ont été odieux et soutient le droit à la justice pour ses nombreuses victimes », a ajouté la porte-parole.

Princesse Mette-Marit : « Paris est bien pour l’adultère »

Le nom de Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon, apparaît au moins un millier de fois, selon le journal norvégien Verdens Gang (VG), dans les millions de pages diffusées vendredi par le ministère américain de la Justice.

Le contenu et le ton des échanges entre 2011 et 2014, publiés ce week-end dans la presse norvégienne, attestent d’une forme de complicité entre Mette-Marit et Jeffrey Epstein.

En 2012, alors que Epstein dit être à Paris « en quête d’une épouse », elle lui répond que la capitale française est « bien pour l’adultère » mais que « les Scandinaves (font) de meilleures femmes ».

En réaction à ces révélations, Mette-Marit a admis avoir « commis une erreur de jugement ». « Je regrette profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement embarrassant », a-t-elle dit dans une déclaration transmise par le Palais royal à l’AFP.

Démission du conseiller du Premier ministre slovaque

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a annoncé samedi sur Facebook avoir accepté la démission de son conseiller Miroslav Lajčák, ancien ministre des Affaires étrangères du pays accusé d’avoir échangé avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.

« J’accepte son offre de mettre fin à notre collaboration, même si nous perdons tous, pas seulement moi, une source incroyable d’expérience et de connaissances en politique étrangère », a dit le chef du gouvernement nationaliste dans une vidéo.

D’après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, le criminel sexuel promettait des femmes à M. Lajčák, à l’époque chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger.

Robert Fico juge que son conseiller s’est montré « grand diplomate » en démissionnant.

Le prince Andrew à quatre pattes

La publication de nouveaux emails et de photos compromettantes du dossier Epstein – qui le montrent à quatre pattes au-dessus d’une femme allongée – a encore fait monter la pression sur le prince déchu Andrew, que le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé à témoigner aux Etats-Unis sur les crimes du financier américain.

Une deuxième accusatrice de Jeffrey Epstein a affirmé que le criminel sexuel américain l’avait envoyée au Royaume-Uni pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, a rapporté la BBC.

L’avocat américain représentant cette femme, Brad Edwards, a affirmé samedi soir au média britannique que la relation présumée avait eu lieu en 2010, dans la résidence de l’ex-prince située dans le domaine de Windsor, à l’ouest de Londres, alors que sa cliente était âgée d’une vingtaine d’années.

Cette nouvelle accusation intervient plus de dix ans après celle de Virginia Giuffre, qui s’est suicidée en avril 2025 et qui était la principale plaignante de l’affaire Epstein.

Un échange datant de fin septembre 2010 met lui en lumière les liens entre Jeffrey Epstein et l’ex-prince Andrew, qui invitait alors le premier à Buckingham Palace, sans que les documents ne précisent si les deux hommes se sont vraiment rencontrés à cette occasion.

Donald Trump, pour sa part, reconnaît avoir fréquenté Epstein à l’époque mais assure avoir rompu avec lui avant qu’il ne soit inquiété par la justice. Des photos le montrent toutefois avec des adolescentes.

Le ministère de la Justice a justifié la diffusion au compte-gouttes et le caviardage de nombreux documents, autorisé sous conditions par la loi, par la nécessité de protéger les victimes.

Parmi les documents publiés en décembre, des photos de l’ancien président démocrate Bill Clinton en compagnie de Jeffrey Epstein ou de femmes aux visages dissimulés avaient en particulier retenu l’attention. Bill Clinton a également toujours nié avoir eu connaissance des crimes du financier.

« Fin du processus »

Au total, près de 3,5 millions de pages ont été publiées par le gouvernement depuis décembre sous la contrainte d’une loi, a relevé M. Blanche.

« La publication d’aujourd’hui marque la fin d’un processus très approfondi de recensement et d’analyse de documents pour garantir la transparence au peuple américain et le respect de la loi », a-t-il souligné en lisant une lettre au Congrès.

Une fois son rapport remis au Congrès et les justifications des caviardages des documents publiés au Journal officiel, « le ministère aura rempli ses obligations fixées par la loi », selon cette lettre signée par Pam Bondi, et M. Blanche.

Hormis la complice de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de 20 ans de prison, les images et vidéos de toutes les femmes ont été masquées, a précisé Todd Blanche.

L’élu démocrate Ro Khanna, un des coauteurs de la loi, s’est dit « content que ces documents soient publiés », après des semaines d’attente.

« Mais je ne pourrai pas dire qu’ils ont agi de bonne foi avant d’avoir vu les documents », a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision MS NOW.

Une tache certes ardue, compte tenu de la masse de documents à consulter.

Au lendemain de la publication des premiers documents de cette affaire, Jeffrey Epstein est retrouvé mort pendu dans la cellule de la prison fédérale de Manhattan où il est incarcéré. L’enquête officielle a conclu à un suicide, mais la concomitance des événements a nourri les théories selon lesquelles Epstein est mort pour qu’il ne parle pas.

Source : Avec AFP