mardi, 04/08/2026   
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« Peacebuilding Lab » comme tremplin vers un partenariat avec les institutions israéliennes : un projet international qui inclut une entité libanaise

Ces dernières années, les institutions israéliennes ont renforcé leur présence dans des projets transfrontaliers civils, universitaires et de jeunesse, utilisant les jeunes comme tremplin vers « l’engagement politique et s’appuyant sur le dialogue, les échanges culturels et la consolidation de la paix » alors qu’Israël, gouvernement et institutions confondus, consolide l’occupation, étend les colonies et ferme la porte à tout règlement politique, dans un contexte de rejet généralisé de l’idée même de « paix » au sein de la société israélienne.

Peacebuilding Lab : 5 pays

Selon l’enquête du quotidien libanais al-Akhbar, l’un de ces programmes est intitulé Peacebuilding Lab, le laboratoire de la consolidation de la paix. Il se définit comme une initiative rassemblant des organisations d’Europe et du sud de la Méditerranée dans le but de « promouvoir la paix, l’intégration et le dialogue interculturel » par le biais du sport et de l’engagement numérique.

Le projet comprend six institutions visant cinq pays, à savoir :

Orient Action (Chypre), L’ORMA et Impact Wave Communication (Italie), Support Youth Leaders (Jordanie), Orienteering Lebanon (Liban) et Gordon Academic College of Education (Israël).  Une sixième institution, Witness (Palestine) a été retirée de la page des partenaires du projet.

Le rôle de ces institutions ne se limite pas à une participation symbolique ; les documents officiels définissent clairement leurs responsabilités.

L’organisation chypriote coordonne et supervise la mise en œuvre du projet, tandis que l’organisation italienne L’ORMA élabore des méthodologies pour l’éducation non formelle et l’apprentissage par le sport. La jordanienne Impact Wave Communication gère la stratégie média du projet, le discours numérique et la production de contenu destiné au public. Elle prend en charge les programmes de formation des jeunes et des leaders.

Quant à l’institution libanaise, elle propose des activités sportives de plein air tandis que l’établissement d’enseignement supérieur israélien développe les aspects pédagogiques et méthodologiques ainsi que les ressources pédagogiques.

Bien que le projet ne se limite pas à l’organisation de rencontres de jeunes ou d’activités sportives, il vise à produire un ensemble de ressources éducatives numériques comprenant des manuels de formation, des ressources éducatives libres, des outils d’apprentissage à distance et des contenus médiatiques basés sur la narration, afin que ces ressources soient disponibles au téléchargement et à l’utilisation par les jeunes et les personnes travaillant dans le secteur de la jeunesse.

Le projet s’appuie également sur des réunions virtuelles rassemblant des participants des cinq pays, ainsi que sur des activités de terrain communes, notamment la course d’orientation, présentée comme un moyen de promouvoir le travail d’équipe et la communication entre les participants, favorisant ainsi la création de réseaux transfrontaliers.

Selon al-Akhbar, une série de réunions à distance ont été organisées en parallèle de la poursuite de la guerre israélienne au Liban et en Iran.

Partenaire israélien déclaré

Contrairement à ce que certains participants pourraient penser, constate l’enquête d’al-Akhbar, la présence de l’institution israélienne n’est pas une conclusion ou le résultat d’un suivi indirect, mais est clairement indiquée sur le site web officiel du projet, qui mentionne le Gordon Academic College of Education parmi les principaux partenaires.

L’établissement se définit comme une institution académique spécialisée dans la formation des enseignants et la recherche en éducation, et les documents du projet indiquent qu’il est chargé d’élaborer des programmes éducatifs combinant sport, dialogue et culture numérique, conformément aux objectifs énoncés de l’initiative.

Toutefois, un examen de l’historique de l’institution révèle qu’il ne s’agit pas d’un organisme éducatif isolé du contexte israélien. Reconnue par le Conseil de l’enseignement supérieur de l’État occupant, elle met en œuvre des programmes internationaux dans les domaines de l’éducation, des droits humains et de la formation des enseignants. De plus, elle porte le nom de Peretz Gordon, figure associée au mouvement sioniste lors de la création d’Israël, ce qui confère à son implication une dimension politique qui dépasse le cadre purement académique, notamment pour les institutions et les individus des pays arabes participant au projet.

Institutions internationales

Bien que le projet Peacebuilding Lab ne repose pas uniquement sur l’institution israélienne, il s’appuie sur un réseau d’institutions locales et internationales, chacune assumant un rôle spécifique pour atteindre les groupes cibles et mettre en œuvre des activités au sein de leurs communautés.

Il ne s’agit pas seulement de participer à des activités, mais aussi de développer des programmes tels que « Académie de consolidation de la paix et Laboratoires de paix pour les jeunes ». Dans une annonce récente, le centre a lancé un appel à candidatures pour recruter un consultant chargé d’élaborer un manuel de formation et un outil interactif pour le projet « Académie de consolidation de la paix : Autonomiser les jeunes et les femmes leaders au sein des Laboratoires de paix pour les jeunes et des Conseils de jeunes élus », expliquant que l’objectif est de former des « ambassadeurs de la paix » capables de mettre en œuvre des initiatives menées par les jeunes dans les gouvernorats du nord de la Cisjordanie.

Le Bureau de représentation finlandais en Palestine a également annoncé la signature d’un accord avec le centre pour la mise en œuvre d’un projet de dix-sept mois dans les gouvernorats de Naplouse, Jénine, Tulkarem, Qalqilya et Tubas. Selon cette annonce, le projet vise à promouvoir les concepts de consolidation de la paix, de dialogue, de médiation, d’action non violente et la création d’une académie de la paix pérenne.

« Du bon voisin » en Syrie

Le projet « Laboratoire de consolidation de la paix » s’inscrit dans un contexte plus large d’initiatives proposées par des institutions et des personnalités israéliennes comme modèles d’engagement auprès des sociétés arabes par des moyens non militaires. Parmi les exemples les plus marquants figure l’expérience du lieutenant-colonel (réserviste) Eyal Dror, fondateur et commandant du projet « Bon Voisin », lancé par l’armée israélienne à la frontière syrienne en 2016.

Israël a présenté à l’époque ce projet comme la plus grande opération humanitaire qu’il ait menée hors de ses frontières, et a déclaré qu’il comprenait des centaines de convois d’aide, le transfert de milliers de Syriens blessés et malades vers ses hôpitaux, la création d’un hôpital de campagne pour les femmes enceintes, en plus des opérations d’évacuation et de sauvetage menées pendant les années de guerre en Syrie.

Les documents publiés sur le site web de Dror montrent que ses conférences ne se limitent plus à l’expérience du « bon voisinage », mais s’étendent désormais à des sujets tels que la gestion de crise, l’innovation dans des environnements complexes et la construction de partenariats, en plus de conférences qui abordent ce qu’il appelle « l’axe chiite », au cours desquelles il présente une analyse sécuritaire israélienne de la menace que représente l’Iran au Liban, en Syrie et en Irak pour l’État occupant.

L’importance de cette expérience pour l’enquête réside dans la révélation d’un changement de discours en Israël : d’un projet militaire à visée humanitaire à la frontière syrienne, on est passé à un modèle présenté dans les milieux universitaires, les programmes de formation des cadres et les initiatives jeunesse comme une expérience réussie de « construction de la confiance » et de « gestion des relations avec les communautés locales ». Ce changement reflète le transfert des outils d’influence du champ militaire vers les domaines de l’éducation, de la formation et de l’engagement civique.

Selon al-Akhbar, l’interprétation la plus cohérente avec les faits observés par l’enquête est peut-être la tentative de réintroduire Israël au sein du monde arabe comme un partenaire naturel dans les projets universitaires, culturels et sociaux, de sorte que la communication avec ses institutions devienne progressivement une pratique courante, indépendamment de la poursuite du conflit et de ses enjeux fondamentaux.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar