Tout n’est pas sorti du Bureau ovale, où Netanyahu et Donald Trump se sont rencontrés cette semaine, en présence de tous les assistants du président (les indispensables comme les superflus), lors de l’une des réunions les plus courtes de l’histoire. Et ce qui en est ressorti n’était guère glorieux. Je n’ai pas le souvenir d’une telle humiliation pour un Premier ministre israélien à Washington, même durant les jours les plus sombres de Netanyahu avec Barack Obama. Personne ne l’a accueilli à l’aéroport. Aucun tapis rouge n’a été déroulé. Pas de journalistes, pas de caméras, pas de conférence de presse, et aucune occasion de faire des photos.
Netanyahu est entré à la Maison-Blanche comme un voleur dans la nuit, par la porte arrière, et en est reparti de la même manière. J’espère qu’il n’avait pas apporté ses sacs de linge sale avec lui. Car au lieu des sessions photos, les occasions d’humiliation ont été nombreuses, et Trump n’en a raté aucune : « Personne ne me dictera ce que je vends et à qui », a-t-il lancé après avoir entendu Netanyahu s’opposer à la vente de chasseurs F-35 à la Turquie. Il a également déclaré : « Je n’ai pas besoin qu’on me briffe sur des renseignements concernant le Mont des Haches », après avoir appris que Netanyahu venait avec des rapports de renseignements sur le Mont des Haches en Iran.
La réunion a été brève et n’a comporté aucun tête-à-tête. Y assistaient les détracteurs de Netanyahu, le vice-président J.D. Vance et son conseiller Steve Witkoff. À la décharge de Netanyahu, selon les rapports, il a agi avec sagesse cette fois-ci : il n’a rien exigé du président, n’a pas fait d’allusions à une attaque et ne s’est pas livré à des théories ou des déclarations creuses comme il le faisait auparavant. Il s’est au contraire montré extrêmement prudent, sachant que ceux qui l’écoutaient s’empresseraient d’accuser les médias américains de tenter, une fois de plus, de traîner le président dans une aventure.
Netanyahu s’est contenté d’exposer les différentes options et scénarios, laissant la décision à Trump. C’était une attitude sage et juste, mais venue trop tard. Il n’y a pas un enfant aux Etats-Unis qui ne pense pas qu’« Israël » a entraîné Trump de force dans l’aventure iranienne.
Il n’y a pas un enfant aux Etats-Unis — à l’exception peut-être du nôtre, qui passe son temps à Miami (Yaïr Netanyahu) — qui pense que cette aventure a été un succès.
D’un autre côté, c’est l’aventure de notre vie. Si elle ne réussit pas, il est fort probable qu’elle se retourne contre nous. Nous devons continuer de prier, car ce n’est pas encore terminé. Si le régime iranien finit par tomber, ou si le programme nucléaire iranien est détruit, ce sera plus grand que tout. Malheureusement, cela ressemble aujourd’hui à de la science-fiction.
Sur le plan stratégique, nous sommes incapables de trancher sur tous les fronts. Le Hamas résiste toujours, le Hezbollah est bien loin d’être désarmé, et concernant l’Iran, nous avons à peine retardé le programme nucléaire, tandis que Téhéran continue de négocier avec les Américains au sujet du détroit d’Ormuz, et pas du tout au sujet des armes nucléaires.
Tout cela alors que la position d’« Israël » est au plus bas historique et que ses relations avec les États-Unis ne sont pas au mieux de leur forme.
Ainsi, d’un point de vue stratégique, il nous manque l’action décisive. Nous avons investi une énergie cinétique gigantesque pour ne recueillir en retour qu’une énergie potentielle et, contrairement aux lois de la physique, nous sommes en train de gaspiller cette énergie, ce qui est bien regrettable.
Ben Caspit – Maariv
Source : Médias israéliens
